Dargaud

/ Fiche - écrit , le 06/03/2009 - Mise à jour le 11/01/2011

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Site officiel

Fait partie du groupe "Média Participations"

Historique et descriptif

Dargaud, comme la plupart des maisons d'édition, c'est à la base un homme, qui a donné son nom à l'oeuvre qu'il a réalisé. Georges Dargaud, courtier commercial pour une agence de publicité, lance le 1er avril 1936 sa propre structure : "Dargaud S.A.". Les domaines abordés vont de la radio à la communication d'entreprise en passant par la presse. En 1943, Dargaud lance sa première revue de bande dessinée : Allo les jeunes. Deux ans plus tard paraissent cinq albums souples des aventures de Bob et Bobette de Loÿs Pétillot. En parallèle, tout au long des années quarante, Georges Dargaud lance toutes sortes de périodiques familiaux. En 1948, premier coup d'éclat, l'éditeur se charge de lancer la version française du Journal de Tintin, créé avec succès deux ans plus tôt (voir le Lombard). Dargaud se charge aussi de la diffusion des albums de bande dessinée du Lombard comme Blake et Mortimer, tout au long des années cinquante. En 1960, les éditions Dargaud prennent un tournant décisif en rachetant le journal Pilote, fondé l'année précédente et qui connaissait des difficultés financières.

Les années Pilote, les années Goscinny


Les années soixante sont les années d'arrivée à maturation de la bande dessinée franco-belge, avec une véritable explosion créatrice, notamment portée par la rédaction de Pilote. René Goscinny, tout au long des années soixante, s'impose à la direction de Pilote (tout d'abord secrétaire de rédaction, il devient par la suite rédacteur en chef). Il est épaulé d'Albert Uderzo et de Jean-Michel Charlier. Ces trois-là vont former le socle du journal, pendant ses années de grand succès. Une nouvelle vague de héros très en dehors des normes habituelles va faire son apparition : Astérix, Achille Talon, le Grand Duduche... On découvre alors que la bande dessinée n'est pas qu'une affaire d'enfants. C'est Astérix qui symbolise cette évolution. René Goscinny propose des scénarios à double lecture, avec un niveau de compréhension différent selon les âges (utilisation des anachronismes, allusions historiques, caricatures). En mars 1961, Dargaud propose à la vente les albums issus de sa propre création, avec la collection pilote, qui propose les premiers albums d'Astérix le Gaulois, Tanguy et Laverdure et du Démon des Caraïbes. Le journal Pilote, attirant adolescents et jeunes adultes, le fait aussi en surfant sur la vague "yé-yé", réservant ses unes à des Johnny Hallyday et autres "Salut les copains". René Goscinny fait revenir à lui, chez Pilote, ses personnages : Lucky Luke, qu'il rachète à Spirou et Dupuis en 1968, et Iznogoud, qui vient de chez Record. Aux Buck Danny et Barberouge, très tôt célèbres, s'ajoutent Achille Talon et toute une génération de nouveaux anti-héros.

La génération critique


Marcel Gotlib fait ses armes à Pilote en collaboration avec René Goscinny, ils réalisent ensemble les Dingodossiers. Le 11 janvier 1968, la première Rubrique-à-brac fait son apparition, Gotlib se lance comme auteur complet. Si Pilote s'impose sur les bancs de la fac tout autant que dans les cours d'école, c'est parce que le journal réussit à capter toute une nouvelle génération de dessinateurs de presse, souvent issue du corrosif Hara-Kiri. Ainsi, dans les pages d'actualités, de plus en plus importantes, on retrouve Alexis, Gébé, Mandryka, Christian Godard, Lob, Fred, Cabu, Guy Vidal ou encore, last but not least, Jean-Marc Reiser. Toute une nouvelle génération d'auteurs débute à Pilote. Claire Brétécher lance Cellulite. Jacques Tardi, alors inconnu, s'associe au déjà bien assis Jean Giraud (Blueberry) et réalise ses premiers récits. Nikita Mandryka donne naissance à son Concombre masqué, F'Murr met en scène ses Contes à rebours et Bilal, au style déjà fort reconnaissable, conçoit ses premières planches. De 1968 à 1972, le journal Pilote vit un véritable âge d'or, une effervescence créative. Nikita Mandryka, allant très loin dans l'humour absurde et décalé, se voit parfois refuser la publication de certaines planches par Goscinny. Ce dernier va perdre le contrôle d'une partie de ses auteurs, qui font prendre à Pilote une orientation différente de celle qu'il aurait souhaité. Mandryka, Gotlib et Brétécher, parmi les grands piliers du journal, étaient attachés tous trois par une forte cohésion. Ils réduisent peu à peu leur investissement pour Pilote, expérimentant notamment un projet nommé « L'écho des savanes ». La rédaction de Pilote s'allourdit d'un climat pesant, les dissenssions se faisant de plus en plus sentir, au sein d'une équipe dont les aspirations divergent.

Pilote est mort, vive Pilote mensuel

1974 est une année de scission. Tandis qu'une nouvelle génération d'auteurs fait son apparition dans les pages de Pilote (René Pétillon, Serge Le Tendre, Patrick Cothias, Régis Loisel), le journal effectue une mutation difficile. La nouvelle formule, mensuelle, est lancée en juin et ne connaît qu'un succès mitigé. Pilote s'affirme comme un mensuel destiné à un public adulte, collant à l'actualité politique et culturelle de manière critique. Les unes détournant les politiciens et l'actualité de l'époque se multiplient. Au bout du troisième numéro, René Goscinny quitte Pilote, le scénariste s'éteindra trois ans plus tard. Après des premiers moments difficiles, Pilote version mensuelle trouve le succès (1,124 millions de lecteurs en 1974, 1,892 en 1975 selon le C.E.S.P.). Suite aux créations de Métal Hurlant et de Fluide Glacial, aux débuts des éditions Glénat, Pilote doit évoluer dans un environnement de plus en plus concurrentiel.

Fin des années 1970 émergent de nouveaux auteurs, parmi lesquels Jean-Claude Denis, Martin Veyron et Annie Goetzinger. En septembre 1978, le numéro 53 de Pilote défraie la chronique par une couverture épurée, presque vidée, au titre provocateur : « Pilote n'est plus un journal ». La commission paritaire des publications et des agences de presse a en effet radié Pilote, sans aucun avertissement préalable, au motif d'un manque de respect permanent à l'égard des gouvernants. Une censure, donc, ou, comme l'explique Guy Vidal dans son éditorial, « un assassinat par le fric ». Devant la levée de bouclier de la presse, la commission paritaire fait finalement machine arrière. En février 1979, la commission paritaire admet la bande dessinée comme un moyen d'expression à part entière.

Les années quatre-vingt


Contribuant à légitimer encore un peu plus la bande dessinée comme un art, Enki Bilal réalise début des années quatre vingt La foire aux immortels, son chef d'oeuvre. Druillet, dans le même temps, met en image Salammbô de Flaubert. En 1982, Dargaud rachète Charlie Mensuel (anciennement Hara-Kiri) et les éditions du Square. Jean-Pierre Gibrat donne naissance à sa première série avec Goudard, Baru réalise Quéquette Blues, Max Cabanes poursuit sa série Dans les villages. La BD érotique connaît un essor, avec ses deux chantres Manara et Serpieri. Milieu des années 1980, la crise touche la presse spécialisée. Dargaud décide d'amoindrir les coûts et de faire fusionner Pilote et Charlie Mensuel : Pilote et Charlie voit le jour en mars 1986. Pilote n'échappe pas à la grande mutation de la bande dessinée, qui se vend dorénavant mieux en albums que dans la presse. En avril, Dargaud lance Spot BD, un journal d'information sur la BD, qui sert surtout d'outil de communication et de prépublication en librairie. Spot BD évolue ensuite peu à peu sur le même terrain que Pilote et Charlie. Mauvaise stratégie éditoriale : en des temps de crise, les deux magazines proposent un contenu de plus en plus similaire. Spot BD disparaît en juin 1988, au 23ème numéro. En octobre 1989, Pilote et Charlie fête les trente ans d'Astérix et de Pilote. Un mois plus tard, le magazine s'éteint, les ventes devenant catastrophiques. Jérôme Malavoy, alors PDG des éditions Dargaud, assure : « Le journal Pilote est une institution de la bande dessinée et il fallait pour l'arrêter que la situation soit vraiment grave ».

Une page se tourne

La fin des années quatre-vingt marque véritablement l'achèvement d'une époque. Non seulement Pilote tire sa révérence, mais Georges Dargaud cède à Médias Participations, le 7 décembre 1988, la totalité de son entreprise. Georges Dargaud décède deux ans plus tard, le 18 juillet 1990. Dargaud est alors l'une des maisons d'édition BD les plus influentes : en 1984, nous a-t-on révélé, son catalogue éditorial comporte près de 1 500 titres, représentant 40% du marché francophone de la bande dessinée. Leader du marché dans les années 1980, Dargaud se laisse finalement distancer par Dupuis dans les années 1990, avant que cette dernière ne soit à son tour absorbée par Média Participations. En 1991, Claude de Saint-Vincent, totalement étranger au monde de la BD, arrive à la tête de Dargaud. « J'ai été recruté par des actionnaires dont la maison perdait 5 millions d'euros par an. En 1990, Dargaud avait un passif cumulé de 20 millions d'euros. Les actionnaires voulaient stabiliser puis relancer leur entreprise, il leur fallait un management durable », rapporte de Saint-Vincent à Thierry Bellefroid. A son arrivée, Claude de Saint-Vincent fait de XIII, la seule BD qu'il connaissait avant d'atterrir à Dargaud, un blockbuster du neuvième art, par une campagne de pub au cinéma. Claude de Saint-Vincent donne aussi l'impulsion à une autre grande série de chez Dargaud : Blake et Mortimer. Edgar Pierre Jacobs décédé depuis 1987, la série avait vu son onzième et dernier album, Les trois formules du professeur Sato, tome un, être publié en 1977. La suite de cette aventure parait en 1990, dessinée par Bob de Moor. Mais la véritable relance survient en 1996, avec la sortie de L'affaire Francis Blake, scénarisé par Jean Van Hamme et dessiné par Ted Benoit. La sortie de l'album permet de relancer les ventes de tous les albums de la série, parmi lesquels La marque jaune, par exemple. En 1996, les deux meilleures ventes livresques se nomment Astérix et Blake et Mortimer. Malheureusement pour Dargaud, en 2000, la maison d'édition perd en procès les droits d'exploitation du plus célèbre des gaulois.

« V'là du mieux sous les mers »

Courant des années 1990, Dargaud réussit à attirer chez elle la nouvelle vague de la BD hexagonale : Christophe Blain, Manu Larcenet, Lewis Trondheim, David B. Après avoir publié Slaloms à l'Association en 1993, Trondheim compose la première aventure de Lapinot pour Dargaud, Blacktown, en 1995. En 1999, quand l'idée germe de rassembler tous les auteurs de cette nouvelle vague sous la même bannière, au sein des éditions Dargaud, Trondheim accepte que les formidables aventures de Lapinot soient réédités dans cette nouvelle collection. Clin d'oeil au patrimoine de Dargaud, le nom choisi pour cette collection rend hommage à la prestigieuse revue longtemps tenue par Goscinny : "Poisson Pilote". Les succès vont s'enchaîner. Parmi les plus marquants : Le chat du rabbin de Sfar, Isaac le pirate de Blain, Le retour à la terre de Ferri et Larcenet ou encore Les Pauvres aventures de Jeremy de Sattouf. Le succès est au rendez-vous, mais malgré cela, Dargaud peine à rentrer dans la danse des collections, qui se multiplient dans les années 90 et 2000. La collection Fictions, lancée dans les années 2000, ne rencontre pas son public. Dargaud, à l'inverse de Casterman (Ecritures), ne pénètre pas dans la brèche "roman graphique" et bouscule ses formats sur le tard. Très orientée série, Dargaud crée finalement fin des années 1990 une collection de one-shots, plus auteuriste, au format plus imposant : Long courrier. On y retrouve Wyoming Doll de Franz ou encore Lie de vin de Corbeyran et Berlion. Milieu des années deux-mille, Dargaud propose une bande dessinée métissée, sous le coup de l'influence manga et comics, avec sa collection Cosmo : format moyen double pagination. Parmi les derniers grands succès de la maison Dargaud, on note Blacksad de Juanjo Guarnido et Juan Diaz Canales et Le combat ordinaire de Manu Larcenet.


Les collections

Poisson Pilote La collection phare des éditions Dargaud, qui ont réussi à capter chez elle la nouvelle vague. Depuis le 1er avril 1999, Poisson pilote réunit David B., Manu Larcenet, Frank et Pierre Le Gall, Fabrice Parme, Lewis Trondheim ou encore Joann Sfar. « La collection Poisson Pilote a été créée pour eux » peut-on lire sur le site officiel des éditions Dargaud.

Cosmo Une collection lancée en 2005 avec Feux de Tome et Marc Hardy. La ligne éditoriale de cette collection est d'emblée très précise : dans une époque d'ouverture culturelle mondiale, il s'agira de donner naissance à une bande dessinée métissée, qui puise son inspiration non seulement dans la patrimoine franco-belge, mais aussi dans les influences manga et comics. Une volonté de faire évoluer la BD par l'innovation narrative et la mutation des formats.

Long courrier C'est un peu le pendant d'Aire Libre de chez Dupuis. Il s'agit d'histoires en un ou deux albums, de récits aux tempéraments très variés. « Seul point commun : la densité de lecture et sa qualité » peut-on lire sur le site de Dargaud. Où le regard ne porte pas d'Abolin et Pont et Lie de vin de Corbeyran et Berlion figurent parmi les ouvrages les plus marquants de cette collection.

Fictions Une collection dédiée à la science-fiction, au fantastique et à l'héroïc fantasy. Lancée avec vigueur et conviction, elle ne semble pas avoir trouvé son public.


Auteurs symboliques René Goscinny, Albert Uderzo, Jean-Michel Charlier, Victor Hubinon, Greg, Cabu, Gotlib, Claire Bretécher, Jean-Jacques Sempé, Jacques Tardi, Philippe Druillet, F'Murr, Enki Bilal, Fred, Mandryka, Jean Solé, Jean Giraud, René Pétillon, Serge Le Tendre, Patrick Cothias, Régis Loisel, Max Cabanes, Jean-Pierre Gibrat, Jean Van Hamme, William Vance, Christophe Blain, Lewis Trondheim, Manu Larcenet, Riad Sattouf, Eric Corbeyran, Juanjo Guarnido, Juan Diaz Canales, Jean Dufaux

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