9.5/10Spirou et Fantasio - Tomes 11 à 13

/ Critique - écrit par riffhifi, le 19/06/2008
Notre verdict : 9.5/10 - Comme un coup de marsu (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 5 minute(s) - 2 réactions

Qu'on soit marsupilami, dinosaure ou héros-sans-emploi comme Gaston, on est chouchouté par Franquin du moment qu'on est hors-norme et plein de caractère. Dans cette galerie unique, Spirou et Fantasio jouent les gardiens de musée amusés.

En 1956, Franquin pilote Spirou depuis 10 ans. On pourrait croire que la fatigue
pointe le bout de son nez ; et bien, tintin ! les années 56 et 57 voient naître deux des meilleurs crus des aventures du groom. Dans l'intégrale publiée ce mois-ci par Dupuis sous le titre Mystérieuses créatures, on retrouve ces deux récits intitulés Le nid des marsupilamis et Le voyageur du Mésozoïque ; le volume est complété des traditionnels bonus d'ouverture (parfaits une fois de plus), et de plusieurs récits courts parus initialement dans les albums Le gorille a bonne mine (tome 11) et Le nid des marsupilamis (Tome 12). On peut d'ailleurs regretter que ces multiples (cinq !) récits courts soient réunis pour la plupart après les deux histoires les plus longues et les plus réussies : imaginez qu'une salle de cinéma programme ses courts métrages après la projection du long !... On accordera à Dupuis le respect de la chronologie : la plupart de ces mini-histoires se situent dans une continuité articulée autour de la « grève de Fantasio », qui se situe elle-même dans la suite du Voyageur du Mésozoïque. N'empêche qu'on aurait pu sans peine garder pour la fin le Nid des marsupilamis...

Le nid des marsupilamis

La parade amoureuse du marsu...
La parade amoureuse du marsu...
Fraîchement revenus de leur périple en Afrique, Spirou et Fantasio tentent d'organiser une projection du film qu'ils ont réalisé sur les gorilles. Mais ils sont coiffés au poteau par le reportage de la mutine Seccotine, qui s'est rendue en Palombie et a filmé... des marsupilamis sauvages ! Le fidèle compagnon des deux aventuriers n'est donc pas seul de son espèce, et ses congénères ont tous le même caractère en acier trempé. Durant 32 pages incroyables, le documentaire animalier de Seccotine va remplacer la traditionnelle aventure de Spirou : le marsupilami et sa compagne, anthropomorphes mais dotés d'une personnalité inimitable, tiennent la vedette sans une ligne de dialogue (autre que « houba houba » et « houbi houbi »), et se révèlent prodigieusement expressifs et attachants. Franquin, c'est bien connu, s'est toujours plus projeté dans le Marsupilami et dans Gaston, deux facettes de sa propre personnalité, que dans les plus lisses Spirou et Fantasio. Ceux-ci, en spectateurs attendris, se contentent de rendre hommage à leur confrère Seccotine, qui conduit son scooter comme une patate (ah, les femmes au guidon !... ce stéréotype valut à l'auteur quelques remarques amères) mais a su capter la magie des marsus dans leur habitat naturel... Un récit unique, classique indispensable de l'histoire de la bande dessinée.

Le voyageur du Mésozoïque

Où est Spielberg ?
Où est Spielberg ?
En 1957, le comte de Champignac joue les John Hammond avant l'heure : près de 35 ans avant la sortie du livre de Michael Crichton Jurassic Park et plus de 35 ans avant le film, Franquin met entre les mains de son savant fou un œuf datant de l'ère mésozoïque, et en fait sortir une grosse bestiole (heureusement herbivore) qui va entreprendre de coller les miquettes aux Champignaciens. On peut se demander si la sortie cinématographique française de Godzilla, qui a lieu cette même année 1957, est pour quelque chose dans le choix du sujet...

Si l'histoire du dino est éminemment agréable et montre une fois encore le goût de Franquin pour la marginalité, l'album vaut également le coup d'œil pour ses détails : la pique de l'auteur contre l'usage guerrier de la science (son pacifisme militant deviendra particulièrement visible dans les dernières années de Gaston, ainsi que dans ses excellentes Idées noires), et surtout l'apparition fugace (une case) de Gaston Lagaffe, personnage à peine éclos qui fait ses premières armes dans les pages de Spirou (il n'est au début qu'un remplisseur de vide, un pourvoyeur de gags bouches-trous). Le héros-sans-emploi sera amené, on le sait, à occuper sa propre série régulière, mais aussi à croiser plusieurs fois le chemin de Spirou.

Fantasio et le siphon + Les patins téléguidés + Le homard + Vacances sans histoires + La foire aux gangsters

Le judo est moins sucré que le jus de fruit
Le judo est moins sucré que le jus de fruit
Les deux premières histoires courtes, Fantasio et le siphon et Les patins téléguidés, ne font qu'une page et sont simplement incluses dans les bonus en début d'album, essentiellement par souci de complétisme. Les trois autres sont proposées en fin de volume, après les deux longs morceaux de bravoure précédemment décrits. Si Le homard, avec ses deux pages rigolardes, fait surtout office d'intermède (et amène l'histoire de la grève de Fantasio, retracée grâce à plusieurs reproductions des pages du Journal de Spirou de l'époque), Vacances sans histoires et ses 19 pages s'attachent à remettre les deux héros au centre de l'intérêt, sans pour autant les violenter (comme le titre l'indique) ; l'occasion est surtout bien trouvée pour recaser Gaston, qui est devenu très populaire auprès des lecteurs, et Seccotine pour un bref clin d'œil. Les péripéties elles-mêmes sont largement oubliables, surtout si on ne fantasme pas particulièrement sur la turbo-traction de Fantasio... Le tout se termine sur les 21 pages de La foire aux gangsters, une petite enquête d'un classicisme qui confine à l'anecdotique. Un petit cours de judo dispensé à Spirou et Fantasio ne fera que confirmer ce que l'on savait déjà : le Marsupilami se battra toujours mieux que le plus grand des spécialistes en arts martiaux...

Au bout du compte, l'objet vaut surtout pour ses deux premiers récits (qui représentent les deux premiers tiers), mais l'ensemble est présenté avec un tel soin de reconstitution qu'on ne saurait conseiller de faire l'impasse dessus. On se prend même à rêver que tous les éditeurs se mettent à proposer d'aussi belles éditions intégrales de leurs classiques (n'épiloguons pas sur la qualité des bonus proposés pour Astérix, par exemple)...

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