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Bande dessinée Dossier

Les meilleures BD de tous les temps : le top 50 de nos archives

2 836 albums franco-belges notés depuis 2001, cinq notes parfaites, et cinquante-cinq albums à égalité juste derrière…

C’est le plus gros rayon de la maison : 2 836 albums franco-belges notés depuis 2001, plus que le cinéma et le manga réunis. Et c’est aussi celui où la note est la plus impuissante à classer quoi que ce soit.

Cinq albums seulement ont décroché un 5 sur 5. Juste derrière, une cinquantaine sont exactement à 4,75. Autrement dit, sur un fonds de près de trois mille albums, la note fixe cinq rangs et laisse tous les autres indéterminés. Ce classement est donc, plus qu’aucun autre, un classement fait de textes.

Comment c’est calculé

Moyenne, sur 5, de toutes les critiques publiées sur un même album. Au-delà de la cinquième place, les albums sont à égalité : passent devant ceux dont la critique lâche un mot définitif (chef-d’œuvre, magistral, incontournable, indispensable), puis les plus anciens. Périmètre : la BD franco-belge tout public. Les comics ont leur propre classement, et la bande dessinée adulte en est écartée.

Le top 50

  • Le Contrat / Un pacte avec dieu5,00/5 · 2006
    Will Eisner invente le roman graphique en 1978, et l’album n’a pas pris une ride. Quatre récits dans un immeuble du Bronx, dont celui d’un homme qui rompt son contrat avec Dieu.
  • Gai-Luron5,00/5 · 2006
    Le canidé le plus apathique de la bande dessinée ressort ses cartons. Gotlib avant la Rubrique-à-brac, et un personnage dont la personnalité unique se résume à un regard fixe.
  • Persepolis5,00/5 · 2008
    Le récit d’un peuple à travers une enfance : la révolution islamique, la guerre, l’exil, en noir et blanc et à hauteur de gamine. Une œuvre majeure de ces dernières années.
  • Les Passagers du vent, tome 1 : La fille sous la dunette5,00/5 · 2008
    La traite négrière et le XVIIIe siècle en bande dessinée, à une époque où le genre n’osait pas ça. Épique, grandiose, romanesque, haletant : un chef-d’œuvre.
  • Fables Amères : Détails Futiles5,00/5 · 2019
    Onze histoires en cent quatre pages, avec un léger goût de Black Mirror : un raciste face à sa propre bêtise sous la pluie, un jeune homme et ses silences. Chabouté et son art du blanc.
  • Le Sursis4,75/5 · 2005
    Un déserteur de 1943 qui se cache dans son propre village en se faisant passer pour mort, et regarde vivre les siens depuis un grenier. Une perle rare, et pourtant méconnue du grand public.
  • Silence4,75/5 · 2005
    Dans la campagne ardennaise, un jeune homme muet et simple d’esprit rencontre une sorcière qui l’éveille à son passé. L’un des premiers one-shots à prouver ce que la bande dessinée savait faire.
  • C’était la guerre des tranchées4,75/5 · 2005
    Tardi hurle 14-18 avec toutes ses tripes, sans héros et sans récit d’ensemble : juste des hommes dans la boue. Un document d’exception contre l’oubli, même pour ceux qui croient avoir tout lu.
  • Le Feul, tome 1 : Valnes4,75/5 · 2005
    Superbement dessiné, finement scénarisé, l’une des grandes révélations de son année. Un scénariste rompu au fantastique et un jeune dessinateur dont les couleurs emportent tout.
  • Sasmira, tome 1 : L’Appel4,75/5 · 2005
    La BD qu’on montre au voisin sceptique pour lui prouver que c’est un art. Un musicien projeté dans les années 20, et un album resté inachevé pendant vingt ans.
  • Pilules Bleues4,75/5 · 2005
    Un dessinateur tombe amoureux d’une femme séropositive, et de son fils qui l’est aussi. La plus belle et la plus forte autobiographie que le neuvième art ait produite.
  • Gros dégueulasse4,75/5 · 2006
    Le grand philosophe de la beaufitude déballe ses répliques terribles. Reiser, qui reste le plus grand aux yeux de beaucoup, et un véritable chef-d’œuvre de poésie bien grasse.
  • Idées noires4,75/5 · 2006
    Corrosif, antimilitariste, anticlérical, écologique et désabusé : le pamphlet de Franquin, alarmiste et désespéré, et pourtant très drôle. Son chef-d’œuvre, dit-on souvent.
  • Spirou et Fantasio, tome 12 : Le nid des Marsupilamis4,75/5 · 2008
    Franquin pilote Spirou depuis dix ans et devrait fatiguer ; au lieu de ça, il invente le Marsupilami et Champignac. Un classique indispensable de l’histoire de la bande dessinée.
  • Ma vie mal dessinée4,75/5 · 2009
    Gipi creuse dans sa propre chair et nous emmène dans les tréfonds de l’âme humaine, prix Goscinny en poche et sans avoir pris la grosse tête. Une œuvre magistrale.
  • Les Grands Bâtisseurs du Sagamore4,75/5 · 2009
    Paru en 1988 dans un format de 44x32 centimètres si encombrant qu’il a coulé le livre, réédité enfin lisible et augmenté d’inédits. Un ouvrage magistral, un chef-d’œuvre.
  • Rose Profond4,75/5 · 2015
    Le monde de Disney n’est pas si rose. Une œuvre majeure de 1989 enfin rééditée dans un album cartonné à la hauteur de ses qualités graphiques et narratives.
  • Il faut flinguer Ramirez : Acte 14,75/5 · 2018
    Ramirez est le meilleur réparateur d’aspirateurs de son entreprise, admiré de tous sauf de son supérieur. Ça ne va pas durer. Un petit chef-d’œuvre.
  • Revolutionary Road4,75/5 · 2018
    Phénomène des réseaux sociaux devenu artiste incontournable de la pop culture, Luis Quiles dénonce les travers de notre époque dans la tradition des dessinateurs engagés.
  • Sambre, tome VIII : Celle que mes yeux ne voient pas...4,75/5 · 2019
    La guerre des yeux poursuit les Sambre de génération en génération. Huitième tome d’une tragédie romantique commencée il y a trente ans : le chef-d’œuvre d’un auteur d’exception.
  • Le château des animaux, tome 1 : Miss Bengalore4,75/5 · 2019
    Attention, chef-d’œuvre. Une ferme dirigée par un taureau et sa milice, une chatte blanche qui n’en peut plus, et la désobéissance non violente comme sujet. La Ferme des animaux continuée.
  • Le Combat ordinaire, tome 14,75/5 · 2003
    Un photographe de trente ans quitte Paris pour la campagne, avec un père qui perd la mémoire et un chat. Léger et bouleversant en même temps, ce qui est très difficile à tenir.
  • Rubrique-à-brac, tome 2 : Taume 24,75/5 · 2004
    « J’aimerais vous parler du pélican. Car je suis sûr que vous ne savez rien du pélican. » Le non-sens et l’absurde à côté de la poésie la plus délirante, page après page.
  • Lou !, tome 1 : Journal infime4,75/5 · 2005
    Cent fois moins pipi-caca que Titeuf, mille fois plus ancré dans le quotidien que Cédric. Une gamine, sa mère qui écrit de la science-fiction, et beaucoup de bonne humeur.
  • Requiem Chevalier Vampire4,75/5 · 2005
    Les damnés renaissent en enfer dans l’ordre inverse de leur mort, et un soldat allemand de 1944 s’y réveille en vampire. Mills et Ledroit brisent des conventions que personne n’osait toucher.
  • Kid Congo4,75/5 · 2005
    Loustal, dont le style se reconnaît au premier coup d’œil, raconte une histoire d’une tristesse et d’un sens tragique rares. Une belle réussite qui marque durablement.
  • Le Sourire du clown, tome 14,75/5 · 2005
    Dans une cité HLM, un garçon passe ses journées avec deux clowns itinérants. Un jour sa mère en abat un d’une balle dans la tête. Futuropolis annonce la couleur de son catalogue.
  • Juanalberto dessinator4,75/5 · 2007
    Une pépite comme on n’en avait pas lu depuis des mois, voire des années. Un éditeur qui aime tellement ce dessinateur qu’il a créé une collection pour lui seul.
  • Lucille4,75/5 · 2008
    Lucille a seize ans, elle est anorexique et ses parents divorcent. Arthur en a dix-sept, son père boit, et il compte : ses pas, les battements de son cœur. Un conte rude et poétique.
  • Les Bidochon, tome 19 : Internautes4,75/5 · 2008
    Le chaînon manquant entre le beauf franchouillard détestable et le beauf franchouillard sympathique découvre Internet. Drôle, fin, un peu grinçant, et beaucoup trop proche de nous.
  • Mattéo : 1ère époque (1914-1915)4,75/5 · 2008
    Traiter de la guerre après Tardi est un exercice périlleux, et l’auteur le dit lui-même. Il s’en sort par les passions et les déchirements individuels : une vraie fresque.
  • Spirou et Fantasio, tome 15 : Z comme Zorglub4,75/5 · 2009
    L’arrivée de Zorglub marque un pic dans la carrière du groom et du reporter. Franquin et Peyo dans le même bureau à la fin des années 50 : la magie frappe certains espaces-temps.
  • Tueur de cafards / New York mi amor4,75/5 · 2009
    Tardi, Grange et Legrand autour de New York, dans une réédition qui remet la main sur trois histoires devenues rares. Saisissant.
  • Himalaya Vaudou4,75/5 · 2009
    Trois personnalités envoyées dans l’Himalaya pour interviewer le père Noël, qui n’est pas celui que vous croyez et s’appelle Noël Bodombossou. Un one-shot à la limite de l’essai de psychologie.
  • Spirou et Fantasio, tome 19 : Panade à Champignac4,75/5 · 2009
    Les dernières années de Franquin sur la série, marquées par un Gaston Lagaffe de plus en plus envahissant, jusqu’à ce qu’il parte s’y consacrer entièrement.
  • Bill Baroud, tome 2 : A la rescousse4,75/5 · 2010
    À en croire les femmes et les ours polaires, Bill Baroud est une merde ; à l’écouter, il est l’as des as du FBI. Larcenet, un brushing ridicule, et la guerre froide en caricature.
  • Mammouth & Piston4,75/5 · 2010
    Moto, alcool, bouffe, Harley, potes, irresponsabilité et nihilisme. Coyote hors du champ de Litteul Kevin, et une intégrale que l’auteur lui-même trouve trop petite pour ses yeux.
  • Au bord de l’eau, tome 24,75/5 · 2010
    Croquer une centaine de héros chinois d’un des grands romans légendaires du pays n’est pas une mince affaire, et le duo s’en sort avec brio, porté par le dessin de Wang Peng.
  • Carmen Cru4,75/5 · 2011
    La vieille peau la plus sympathique de la bande dessinée, réunie en quatre tomes. Une réussite de l’humour noir, et une héroïne que personne n’a osé imiter depuis.
  • Coyote et Litteul Kevin4,75/5 · 2011
    Vingt ans de métier, un bilan, et une déclaration d’amour à ceux qu’il aime. Ni un album ni une biographie ni un art-book : autre chose, et c’est bien quand même.
  • De cape et de crocs, tome 10 : De la Lune à la Terre4,75/5 · 2012
    Le dernier acte des aventures d’un renard et d’un loup, entièrement dialoguées en alexandrins. Une série à part dans la bande dessinée, et qui manque déjà au moment où elle s’achève.
  • Les Contes Mécaniques : Silences... + Entretien avec l’auteur4,75/5 · 2018
    Une ville pleine de merveilles où chaque habitant est un pantin mécanique, et un homme qui déambule sans émotion vers un triste destin. De la poésie pure, entretien avec l’auteur en prime.
  • Le Spirou de …, tome 15 : L’espoir malgré tout (deuxième partie)4,75/5 · 2019
    Émile Bravo fait traverser la Seconde Guerre mondiale à Spirou, et il n’y a plus moyen de se taire : le groom entre dans l’Histoire, et le personnage n’en ressort pas indemne.
  • Achille Talon4,50/5 · 2003
    Un bourgeois insupportable et sympathique au nez généreux, apparu dans Pilote en 1963. Une bande dessinée comique à part, pour qui aime autant la lecture que les belles lettres.
  • Largo Winch, tome 13 : Le prix de l’argent4,50/5 · 2004
    Le milliardaire en blue-jeans dans ce que notre critique tient pour le meilleur épisode de la série, celui qui lui manquait pour devenir vraiment splendide. À se procurer de toute urgence.
  • Horologiom4,50/5 · 2004
    Une cité régie par les lois de la mécanique où chaque habitant porte une clé en forme de cœur sur le crâne, qui annihile tout comportement problématique. Comment peut-on vivre sans l’avoir lu ?
  • Blacksad, tome 1 : Quelque part entre les ombres4,50/5 · 2005
    Un chat détective, la clope au bec, appelé à reconnaître le corps de son ex-petite amie. Une série animalière en polar noir qui pouvait marquer la décennie, et qui l’a fait.
  • Aquablue, tome 1 : Nao4,50/5 · 2005
    Un enfant recueilli par un peuple d’une planète océan, devenu adulte et pris entre les siens et les industriels venus piller. Le premier cycle est indispensable ; notre critique conseille franchement de s’arrêter au cinquième tome.
  • Le Monde d’Arkadi4,50/5 · 2005
    Une histoire en chapitres plus qu’une série, où Caza sait exactement où il va depuis 1989. De la science-fiction graphique comme les Humanoïdes en publiaient alors.
  • L’Aigle sans orteils4,50/5 · 2005
    Un auteur arrivé à pleine maturité, seul aux commandes du scénario, du découpage, du dessin et des couleurs. Le Tour de France de 1910 et les Pyrénées, par un raconteur complet.

Ce que ce classement dit de nous

Le sommet est irréprochable : Eisner, Gotlib, Satrapi, Bourgeon, Chabouté. Suivent Larcenet, Tardi, Gibrat, Franquin, Reiser, Loustal, Gipi. Sur ce plan, le rayon BD ressemble à ce qu’on attend d’une rédaction qui a lu, et le fait qu’aucun de ces noms n’ait été poussé par une actualité aide beaucoup.

Ce qui frappe ensuite, c’est l’absence de mode. Aucune de ces cinquante entrées n’est là parce qu’elle était le livre de la rentrée : on y trouve Horologiom et Le Monde d’Arkadi à côté de Franquin et de Tardi, un one-shot de Christian Lax sur le Tour de France 1910, et deux tomes de Spirou et Fantasio des années 50. C’est ce que donne un classement fait de critiques écrites une par une, sur vingt-trois ans, sans que personne ne repasse derrière.

Enfin, la coupure, et elle est plus arbitraire ici que partout ailleurs. Sur un fonds de 2 836 albums, cinquante places ne représentent même pas deux pour cent du rayon, et des dizaines d’albums notés exactement comme les derniers classés restent à la porte. Prenez cette liste pour ce qu’elle est : une porte d’entrée dans nos archives, pas un palmarès qui prétendrait clore le débat.

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