Les meilleurs comics de tous les temps : le top 50 de nos archives
468 comics notés depuis 2001, deux notes parfaites en vingt-trois ans, et un podium sans le moindre super-héros…
La bande dessinée est le plus gros rayon de Krinein, et il se coupe naturellement en deux : le franco-belge d’un côté, les comics de l’autre. Voici les comics : 468 albums notés depuis 2001, essentiellement chroniqués entre 2007 et 2013, quand la rédaction recevait les parutions Panini et Delcourt au fil de l’eau.
Deux albums seulement ont décroché un 5 sur 5, douze autres un 4,75. Pour les trente-six places restantes il a fallu départager cinquante-cinq albums tous notés 4,50, et c’est ce que disent les textes qui a tranché, pas la note.
Comment c’est calculé
Moyenne, sur 5, de toutes les critiques publiées sur un même album. Au-delà de la quatorzième place, les albums sont à égalité à 4,50 : passent devant ceux dont la critique lâche un mot définitif (chef-d’œuvre, culte, indispensable, œuvre majeure), puis les plus anciens. La bande dessinée adulte est écartée du classement.
Le top 50
V pour Vendetta5,00/5 · 2003
Une Angleterre sous dictature après que l’Europe et l’Afrique ont été rayées de la carte à coups de gomme nucléaire, et un homme masqué qui répond par le théâtre et la bombe. Six actes d’un lyrisme stupéfiant.
Maus5,00/5 · 2008
Un artiste contemporain, pas un auteur de bandes dessinées, raconte son père rescapé d’Auschwitz en dessinant les juifs en souris et les nazis en chats. Notre critique avoue qu’on ne peut pas vraiment le critiquer, seulement le ressentir.
Calvin et Hobbes4,75/5 · 2003
Un gamin de six ans à l’imagination monstrueuse et son tigre en peluche qui n’en est peut-être pas un. Drôles et touchants, dingues et réfléchis, et absolument inégalables dès qu’ils partent en vrille.
From Hell4,75/5 · 2004
Jack l’Éventreur, cinq prostituées, et une lettre qui vient en droite ligne de l’enfer. Alan Moore vous tient en haleine jusqu’au bout d’un crime que l’histoire officielle n’a jamais résolu.
Blankets4,75/5 · 2005
L’enfance et l’adolescence de l’auteur, une famille dévorée par la religion et un premier amour intense. Deux Eisner Awards aux États-Unis, le prix de la critique en France : le roman graphique dans toute son ampleur.
De mal en pis4,75/5 · 2006
Épaisseur du scénario, profondeur des personnages, profusion des idées, intelligence de la mise en page : tout atteint l’excellence. On croit ouvrir une autobiographie, ce n’en est pas une.
Derniers rappels4,75/5 · 2007
Le même auteur, deux ans plus tard, et la confirmation. Parmi les plus brillants de la bande dessinée mondiale actuelle, dit notre critique, à découvrir de toute urgence.
Bone4,75/5 · 2007
Quelque part entre Calvin et Hobbes et Le Seigneur des anneaux, et tout en haut des deux échelles. Une saga d’heroic fantasy, un drame et une œuvre comique à la fois.
Bitch Planet : Extraordinary Machine4,75/5 · 2016
Les femmes non conformes sont déportées sur une planète-prison, parce qu’il faut bien éradiquer ce germe de révolte. Une dystopie féministe qui cogne, et qui ne s’excuse jamais.
Lady Mechanika : La Dama de la Muerte4,75/5 · 2017
Une femme cyborg qui cherche son propre passé, un Mechanika City qui ressemble au Londres de l’Éventreur, et un détour par la fête des morts mexicaine. Deux aventures pour le prix d’une.
Legenderry : L’aventure steampunk4,75/5 · 2017
Nos grands héros de fiction réunis dans un univers steampunk. On pense à la Ligue des gentlemen extraordinaires pendant trois pages, puis la virtuosité du trait règle la question.
Wolverine : Les Origines4,50/5 · 2005
Depuis 1972, Wolverine est un mystère ambulant, amnésique jusqu’au bout des griffes. Trois scénaristes et un dessinateur d’exception osent enfin raconter l’enfance de Logan.
Batman : Dark Knight4,50/5 · 2005
Un Batman vieilli qui reprend la cape, et l’idée peu réjouissante qu’on ne change jamais vraiment : seuls les masques changent. Publié en même temps que Watchmen, et tout aussi durable.
Strangers in Paradise : Mon autre vie4,50/5 · 2005
Katchoo a l’enfer aux trousses en permanence et n’arrive pas à vivre son amour pour Francine quand ça se calme. Une œuvre culte, en marge de toute la production, à découvrir à tout prix.
Les Aventures de Luther Arkwright4,50/5 · 2006
Salué par Eisner, Gaiman, Moore et Ennis, et pourtant mal connu chez nous. Des univers parallèles, un mélange étourdissant de références et d’univers personnel. Indispensable.
Black hole4,50/5 · 2006
Une petite ville américaine, une maladie qui ne touche que les adolescents, et des symptômes imprévisibles : une éruption pour les uns, des membres en trop pour les autres. Un bijou méconnu du neuvième art.
American Born Chinese4,50/5 · 2007
Un sujet cent fois traité, l’identité et le passage à l’âge adulte, dont l’auteur tire une fable d’une subtilité déconcertante. Le premier album de BD finaliste du National Book Award.
Sandman4,50/5 · 2008
Morphée, roi des rêves, et une série que Neil Gaiman a menée jusqu’au bout sans jamais baisser. Une des œuvres majeures de la bande dessinée américaine, qui ne dépareille pas à côté d’Alan Moore.
Britten et associé4,50/5 · 2009
Une enquête policière dans un contexte historique, un nouveau venu qui signe scénario, dessin et couleurs. Ce qui en fait un incontournable, c’est le talent fou avec lequel c’est tenu.
Walking Dead : Une vie de souffrance4,50/5 · 2009
La guerre ouverte entre la prison de Rick et la ville du Gouverneur, et des têtes qui tombent pour de bon. Le plus beau travail du duo, et l’album indispensable de la série.
Iron Man : La Guerre des armures4,50/5 · 2010
Iron Man découvre que ses inventions ont servi à faire le mal, et part en croisade contre tous ceux qui portent une armure, amis compris. Un album culte, aussi bon sur le fond que sur la forme.
Star Wars Invasion, tome 14,50/5 · 2010
Le Nouvel Ordre Jedi face aux Yuuzhan Vong, dont la férocité n’a rien à envier au pire des Sith. Le conflit existait en romans, c’est la première fois qu’il passe en comics.
Wolverine Noir : Péché originel4,50/5 · 2010
Wolverine version Marvel Noir, entre le polar des années 30 et les origines du héros. Un album culte, où le scénario n’a d’égal que la partie graphique.
Le Projet Marvels4,50/5 · 2010
La Torche humaine, Captain America et les autres pendant la Seconde Guerre mondiale, vus d’en bas. Comment des idoles combattent dans un conflit qui les dépasse, illustré magistralement.
Walking Dead : Point de non-retour4,50/5 · 2011
Après la paranoïa viennent l’acceptation et la reconstruction, et les zombies eux-mêmes finissent par ressouder le groupe. Une saga devenue culte bien au-delà du monde des comics.
Les Chroniques de Conan4,50/5 · 2011
Le géant brun né sous la plume de Robert E. Howard, dans un recueil aussi puissant que son héros. Indispensable pour tout amateur d’épée, de sorcellerie et de demoiselle en détresse.
Spider-Man : La dernière chasse de Kraven4,50/5 · 2012
Kraven le chasseur décide d’en finir, et Spider-Man n’est même pas le personnage principal de sa propre histoire. Une partie de chasse devenue culte, d’une noirceur rare pour l’époque.
Secret War : 20054,50/5 · 2012
Avant Civil War, il y a eu Secret War, et presque personne ne le sait. Nick Fury monte une opération que le monde n’était pas censé connaître, avec les conséquences qui vont avec.
Wolverine : 1991 : Arme X4,50/5 · 2012
Le programme qui a greffé l’adamantium sur son squelette, raconté au début des années 90 et devenu depuis l’un des pivots du personnage. À la fois violent et poétique.
Batman : Arkham Asylum4,50/5 · 2004
L’action ne se passe pas dans les poings mais dans les têtes : la genèse du Joker d’un côté, celle de Batman de l’autre, dans un asile où l’on ne sait plus qui soigne qui.
Watchmen4,50/5 · 2003
Des super-héros vieux et fatigués, une conspiration pour éliminer les derniers en activité, et douze minutes avant minuit. Une œuvre qui renferme plus qu’elle ne contient.
Garfield4,50/5 · 2004
Cynique, paresseux, goinfre, égocentrique, cruel. La vie d’un chat n’a jamais paru aussi peu active ni aussi caustique, et Jim Davis tenait son idée de génie dès 1978.
Sin City, tomes 1 à 44,50/5 · 2005
Basin City, fondée pendant la ruée vers l’or et reconvertie dans un commerce plus lucratif quand l’or a manqué. Tout un patrimoine de romans noirs convoqué et fantasmé.
Strangers in Paradise : La rage au ventre4,50/5 · 2005
À la croisée du soap, du polar, du drame et de la comédie acide, un neuvième chapitre qui clôt la troisième partie. Terry Moore fait tout, tout seul, et maîtrise tout.
Le Cancer de maman4,50/5 · 2007
Le témoignage d’un fils dont la mère tombe malade, né de quelques planches faites par besoin d’extérioriser. Une réussite sur le thème de l’épreuve, et un véritable outil pour ceux qui la traversent.
100 Bullets : Dos rond pour le daron4,50/5 · 2007
Une seule histoire cette fois, celle de la jeune Loop dans un environnement de drogue et de mafia, pendant que l’agent Graves se dévoile un peu plus. Violent, graphique, parfaitement maîtrisé.
Spider-Man : La mort de Gwen Stacy4,50/5 · 2008
Le moment où le héros échoue, et où le comics de super-héros cesse d’être pour les enfants. Sam Raimi en a fait sa fin de film, en version adoucie.
Civil War4,50/5 · 2008
Les super-héros doivent-ils être fichés par l’État ? Le camp d’Iron Man dit oui, celui de Captain America dit non, et Marvel se coupe en deux. Deux cent quatre-vingt-dix pages qui dépotent.
Bottomless Belly Button4,50/5 · 2008
Des parents divorcent après quarante ans de mariage, et leurs trois enfants adultes reviennent une semaine dans la maison de famille. L’auteur les range dans la catégorie des « trous noirs ».
Y le dernier homme : No man’s land4,50/5 · 2008
Tous les mammifères porteurs d’un chromosome Y meurent en même temps, sauf un homme et son singe. Il traverse une Terre de femmes à la recherche de la sienne.
Iron Man : Extremis4,50/5 · 2008
Le reboot qui a servi de base au film de Jon Favreau, par Warren Ellis. Le graphisme réaliste peut rebuter ; les convertis en font un livre de chevet.
Sandman : Veillée mortuaire4,50/5 · 2009
Le dixième et dernier tome. Morphée est mort, mais peut-on tuer le rêve lui-même ? Gaiman parle de la difficulté d’écrire et de faire rêver, et Shakespeare passe par là.
Brooklyn Dreams4,50/5 · 2009
Quatre cents pages sur la vie de Vincent Santini, librement tirée de celle du scénariste, lycéen dans le Brooklyn des années 70. Sans doute l’un des meilleurs comics de son année.
Green Lantern / Green Arrow4,50/5 · 2009
On les croirait tous les deux écolos ; en réalité l’un est plutôt de droite et l’autre franchement de gauche. Deux auteurs ont transformé cet antagonisme en road trip politique à travers l’Amérique.
Strangers in Paradise : Fleur et flamme4,50/5 · 2009
Un treizième recueil recentré sur les deux héroïnes au détriment des seconds rôles, et qui brûle d’un feu ravivé. Des idées de narration à chaque page.
X-Men Noir : Qui a tué Jean Grey ?4,50/5 · 2010
Les mutants transposés dans les années 30, entre polar et hommage au cinéma de l’époque. Un très bon album, et l’un des meilleurs de la collection Noir.
Walking Dead : Les chasseurs4,50/5 · 2010
Un nouvel ennemi, humain celui-là, et deux auteurs qui préfèrent disséquer l’âme plutôt que d’offrir un abri. Cruel, envoûtant, et à glacer le sang.
The Losers : 2006 : Fin de la partie4,50/5 · 2011
Une unité des forces spéciales trahie par sa propre hiérarchie et officiellement morte, qui remonte la piste jusqu’en haut. Deux Eisner Awards, et une intrigue menée jusqu’au bout.
Freak angels, tome 44,50/5 · 2011
Douze adolescents télépathes ont noyé Londres et vivent dans les ruines de Whitechapel, en essayant de faire mieux que ce qu’ils ont fait. Un web comics devenu album, à deux tomes de sa fin.
Brit : 2007 : Baroudeur4,50/5 · 2011
Un vieux baroudeur indestructible envoyé sur les missions dont personne ne revient. Signé par les deux pères de Walking Dead, et à peu près inconnu en France.
Ce que ce classement dit de nous
Les deux seules notes parfaites du rayon vont à Alan Moore et à Art Spiegelman, c’est-à-dire aux deux albums qui ont servi à faire admettre que la bande dessinée pouvait être de la littérature. Suivent Watterson, Moore encore deux fois, et Craig Thompson. Sur le podium, aucun super-héros.
Ils arrivent juste après, et en masse. Wolverine occupe trois places, Walking Dead trois, Strangers in Paradise trois, Spider-Man deux, Iron Man deux, Batman deux, Sandman deux. C’est le portrait d’une rédaction qui recevait des services de presse par cartons entiers et qui les a tous chroniqués, avec autant de sérieux pour un tome de Wolverine Noir que pour Maus.
Reste ce que le classement ne dit pas, et j’ai vérifié plutôt que de supposer. Preacher a bien une fiche chez nous, mais pas un seul article : jamais chroniqué. Hellboy, en revanche, l’a été, et Les germes de la destruction est à 4,25, c’est-à-dire un cran sous la barre de ce classement. Deux façons différentes de manquer à l’appel : ne jamais avoir été ouvert, ou avoir été ouvert et jugé un peu moins haut. On a chroniqué ce qui arrivait dans la boîte aux lettres, pas ce qu’il fallait avoir lu. À vous de nous dire par quoi commencer le rattrapage.





