Delcourt : What a wonderful world T2, 7 cannibales, Champs d’honneur T3

/ Critique - écrit par plienard, le 13/12/2016

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Le monde de Zep n’est pas si merveilleux que cela mais qu’est-ce qu’il est drôle. Ce qui n’est pas le cas de la nouvelle histoire de Sylvain Runberg et Tirso pour la série Sept, qui frôle le thriller horrifique. Enfin, Thierry Gloris et Andrea Mutti reviennent sur une bataille du passé, La bérézina et rétablir une vérité historique.

What a wonderful world – Tome 2 – note : 7.5/10

Le blog de Zep sur Le Monde.fr a continué entre 2015 et 2016 et c’est tout naturellement qu’on le retrouve chez Delcourt en feuilles et en dessins pour un tome 2 de What a wonderful world (Tome 1 ici). Une sorte de journal de bord de notre ami suisse sur ses angoisses et sa vision du monde.


©Delcourt édition 2016.

Deux sujets ressortent de ce nouvel opus : le sexe et la calvitie. Pour le premier, on aura droit au questionnement sur la longueur de son sexe, à un relookage du préservatif plutôt réussi et imaginatif. Pour le second, la perte des cheveux semble un peu tracasser Zep. Au point qu’il imagine son crâne vu du dessus pour un des sketchs les plus drôles qui soit (et qui rejoint le premier thème).

Mais résumer ce deuxième opus à deux sujets serait un poil réducteur. Car Zep a aussi une explication sur le fait que les Suisses soient si forts au tennis, regrette le temps du brushing ou peut faire preuve d’intolérance pendant une minute.

Et une fois n’est pas coutume, Zep démarre l’album avec une histoire forte et qui n’est pas franchement drôle mais qui nous pousse à réfléchir sur le problème de la guerre et des migrants. Personne n’est à l’abri de se retrouver dans une telle difficulté. Il faudrait peut-être faire lire cet album à nos dirigeants européens et anti-européens, si vous voyez de qui je veux parler. Mais je suis sûr qu’ils trouveraient plus facilement une solution pour les cheveux de Zep que pour les gens obligés de fuir leur pays.

 

7 cannibales – note : 8/10

Attention, âmes sensibles s’abstenir ! Dans la série Sept, parmi les trois saisons, c’est sans doute l’album le plus violent qui soit. Sept cannibales, c’est son titre, ne fait pas dans la demi-mesure et aurait très bien pu s’appeler sept salauds.


©Delcourt édition 2016.

Ce sont sept copains de l’université, des fils à papa, bourrés de fric, qui traitent leurs congénères comme des moins que rien, surtout lorsque vous êtes une femme. Tout démarre en 2005, une fête étudiante où ils ont sélectionnés trois jeunes bachelorettes et qu'ils humilient jusqu’à ce que l’une d’entre elles se rebelle. La sanction est immédiate : ils se mettent à la frapper et lui pissent dessus. Ils y prennent un plaisir monstre. C'est le point de départ de leur ignominie. Et années après années, leur désir d’humiliation devient plus fort. Ils repoussent les limites toujours un peu plus loin, jusqu’à l’irréparable, jusqu’à l’horreur.

Sylvain Runberg signe une histoire à glacer le sang. Et, si dans ce type d’histoire, on a l’habitude de voir qu’il y en a un qui finit par flancher et par reprendre ses esprits, ici, il y a ceci d’original qu’il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. Ses mecs sont abjects et se croient au-dessus du lot.

Tirso, le dessinateur, parvient à donner à cette histoire toute son horreur sans en montrer plus que cela. Tout est dans la suggestion. Le dessinateur du Manoir des murmures et des chroniques de Légion joue avec les époques pour un récit papillonnant entre présent et passé, le tout dans une montée de l’horreur pratiquement insoutenable, dévoilant petit à petit les abominations commises par ces sept cannibales.

L’album n’est pas à mettre entre toutes les mains, d’autant que les personnages sont répugnants, n’ont aucune morale, mais c’est peut-être bien cela qui plait.

 

Champs d’honneur – Tome 3 : La Bérézina, novembre 1812 – note : 7/10

Il semblerait qu’il soit à l’ordre du jour de remettre les pendules à l’heure sur la valeur historique de l’épisode de la Bérézina et le sens dévoyé dans le langage populaire actuel. Pour le commun des français, la Bérézina est synonyme de défaite, voire même de déculottée. Alors si la campagne de Russie de notre empereur Napoléon est un échec, il apparaît que le passage de la Bérézina par les troupes françaises n’est pas loin d’être un petit exploit.


©Delcourt édition 2016.

Le troisième tome de la série Champs d’honneur chez Delcourt revient sur un des plus célèbres événements de la campagne de Russie de notre empereur Napoléon : la traversée de la Bérézina par la grande armée. Si cet épisode marque la fuite de l’armée napoléonienne devant celle de Russie, l’album veut revenir sur la réalité historique de ce moment bien particulier.

Champs d’honneur n’est pas une série comme une autre. Elle a pour ambition de mettre en lumière des batailles, connues ou moins connues, qui ont construit notre identité française et qui reflètent notre nation et ses hommes et ses femmes qui la composent.

Au travers de deux personnages, le médecin Berget et le soldat Amaury de la Buissonière, nous allons suivre la bataille pour que l’armée française puisse se sauver. Le premier est amené à guérir le second bien que celui-ci soit un soldat de l’armée ennemie. Bien que français, Amaury, d'une famille d’ancienne noblesse, a en effet choisit l’autre camp pour rétablir un régime monarchique. Mais un lien va se tisser entre les deux hommes, qui va aller jusqu’à l’amitié. C’est la première partie de l’album avant que les deux hommes ne doivent à nouveau être ennemis. Et chacun au travers de leurs correspondances vont nous exposer les mouvements militaires de cette fameuse retraite. On y découvre les conditions dantesques que l’armée a subi avec des dessins d’Andrea Mutti qui enchainent les tableaux de batailles. Cette seconde partie apparaît moins agréable à lire et est plus didactique avec des cases descriptives de scènes sans réels liens à l’exception de la chronologie des faits.


Les couvertures des 3 albums - ©Delcourt édition 2016.

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