5.5/10La guerre intégrale - 1ère bataille, Dupuis

/ Critique - écrit par plienard, le 20/05/2011
Notre verdict : 5.5/10 - Petits hommes, petites histoires (Ecrivez votre critique)

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Nous allons consacrer quelques articles aux éditeurs qui nous proposent des intégrales. Moyen sûr de faire une collection rapidement et à moindre frais pour les lecteurs, c’est aussi l’occasion pour les éditeurs de faire œuvre de témoignage sur un passé quelquefois révolu. Ce premier dossier est consacré aux intégrales Dupuis.

Rassurez-vous, la guerre intégrale n’est pas l’œuvre d’un dirigeant excité à l’idée de pouvoir contrôler le monde. Celle-ci va, tout au plus, générer un peu de stress et certainement beaucoup de passion. Nous sommes dans le monde de la bande dessinée, la guerre est donc plutôt une guerre commerciale et l’intégrale un recueil de bande dessinées, regroupant généralement les albums d’une même série à un prix modique (par rapport aux albums à l’unité, évidemment). Notez que l’on trouve aussi des intégrales consacrées à des auteurs (Jijé par exemple) et regroupant les albums de l’auteur, mais aussi toutes sortes de parution. Mais cela correspond souvent à une bibliographie.

Depuis ce début d’année, quelques intégrales sont déjà arrivées sur les étals de nos libraires. Krinein a décidé de mettre l’accent sur quelques unes et vous verrez qu’il y en a pour tous les goûts.

Dans un premier temps, penchons-nous sur le maître es intégrale, les éditions Dupuis : pas moins de 14 intégrales sont parues ou vont paraître d’ici au mois de juin. Dans le désordre, on a Docteur poche n°2, Les petits hommes n°3,  Tif et Tondu n°9, Jessica Blandy n°2, les premières de Largo Winch, Protecto et Soda ainsi que de la patrouille des castorsBuck Danny 1 et 2 avant la n°3 prochainement. Viendront ensuite la seconde de Théodore Poussin, de Seuls, Jerry Spring 3.

N’écoutant que notre courage et notre abnégation devant l’adversité de ce flot de bande dessinée, on a décidé, chez Krinein, de vous faire partager quelques-unes des ces intégrales avec : La patrouille des castors, Buck Danny 2, Tif et Tondu n°9, Les petits hommes n°3.

1er round : La patrouille des castors – intégrale n°1

Regroupant les albums Le mystère de Grosbois, Le disparu de Ker-Aven et
Couverture de la première intégrale.
L’inconnu de la villa Mystère
, et Sur la piste de Mowgli édités respectivement en 1957 pour les deux premiers puis 1958 et 1959 pour les autres, on suit les aventures d’un groupe de scout confronté à des enquêtes du type du club des cinq. Écrites par Jean-Michel Charlier et dessiné par Mitacq (Michel Tacq), le sujet peut paraître vieillot voire dépassé. Pourtant à la lecture des histoires, un certain charme s’en dégage. Si à l’époque, le scoutisme était un mouvement connu et important au sein des éditions Dupuis – Jean Michel Charlier et Mitacq ont été scouts – et de la société belge en général, elle n’a plus actuellement la même importance. Pourtant, on se plait à suivre les personnages « Poulain perspicace », le chef de patrouille, « chat tout à tous », « Faucon discret », « tapir affamé » ou encore « mouche laborieuse » résoudre les enquêtes qui leurs sont soumises. On soulignera aussi la grande qualité des couleurs et ainsi le merveilleux travail de reconstitution qui a du être fait. L’intérêt des récits donnant aussi de la qualité aux albums, on admet volontiers que l’on puisse faire du neuf ave du vieux.


DR.
Chez Dupuis, cette intégrale aura surtout une valeur de témoignage et de restauration du passé. Elle s’agrémente donc d’un dossier assez complet décrivant les tenants et les aboutissants. Cela reste une marque de fabrique. Pourtant, ici, un défaut d’impression fait ressortir le texte en surimpression ce qui empêche de lire deux ou trois pages. Dommage.

 

2ème round : Tif et Tondu- intégrale  n°9

L’intégrale n°9 e Tif et Tondu reprend les quatre premiers albums scénarisés uniquement par Desberg.
Couverture de la neuvième intégrale.
Tillieux a définitivement laissé la place au petit jeune. Dans le monde de la bande dessinée, d’ailleurs, beaucoup de choses changent. Goscinny et Tillieux sont morts et une nouvelle génération d’auteurs français (Jean Giraud, Jean-Claude Mézières, Nikita Mandryka, Philippe Druillet, Robert Gigi) apparaissent, mettant à mal la forteresse de dessinateurs belges. Dans cette atmosphère, le premier album de Desberg se nommera Métamorphoses (album n°28, 1979)

Métamorphoses, 1980

Paru entre Septembre 1979 et Décembre 1979 dans les pages du journal Spirou, il sort en album en 1980 et débute par un beau paysage africain où le chasseur Ian Karn est pour le moins désappointé. Il n’a pas réussi à trouver un seul animal. Mais il lui reste encore un mois de chasse. Dans la nuit suivante, le camp est réveillé par des secousses. Tremblement de terre ? Peut-être, mais une étrange lueur apparaît à l’horizon ce qui effraie les guides qui l’accompagne. Pourtant, le lendemain, la chasse est miraculeuse. Les animaux effrayés par la lueur se laissent presque capturer. Quelque temps plus tard, on retrouve Tif et Tondu en train de faire du baby-sitting. Ils gardent Caroline, la nièce de la comtesse d’Yeu. Et ce n’est pas une mince affaire car la petite est une vraie peste insolente.

Voilà une bonne histoire classique dans les années 80 chez Dupuis. Du fantastique, de l’aventure, du mystère, de l’exotisme, le tout dessiné dans la pure tradition de la ligne claire.

Le sanctuaire oublié, 1981


DR.
Paru dans le journal de Spirou de Juin à Aout 1980, Tif et Tondu sont en vacances en Bretagne. Si le plaisir de Tif est de draguer toutes les jolies minettes en montrant son torse d’athlète viril (hum, hum...), Tondu lui s’intéresse plutôt aux deux morts qui viennent d’être retrouvés et qui semblent avoir un rapport avec l’île aux pirates.

Si pour une fois, on a une femme qui fait partie intégrante de l’histoire, son intérêt n’en est pas pour autant plus grand. Peu crédible, Tondu réchappe à la mort de façon miraculeuse et on ne comprend pas comment les brigands se sont mis en quête de retrouver un trésor.

Échecs et match, 1982

Tif et Tondu sont ruinés. De mauvais placements, une conjoncture défavorable font qu’ils vont devoir se remettre à travailler. C’est un réel traumatisme pour Tif qui va alors prendre quelques jours de congés sur la côte d’Azur (cela ne va pas si mal, finalement). En chemin, il s’arrête pour aider une superbe auto-stoppeuse. Celle-ci est la fille d’un riche industriel qui a créé un merveilleux procédé. Il a besoin pour cela d’un pilote pour conduire une formule 1 sur laquelle il a placé son invention. Pour les beaux yeux d’une jolie brune, Tif est capable de tout.

Desberg fait preuve de peu d’imagination pour mettre Tif à bord d’une Formule 1. Malgré cela, l’intrigue est plutôt sympa et il y a quelques rebondissements qui donnent de l’allant à l’histoire.

Swastika, 1983

Et si Hitler n’était pas mort ? Dans quel état serait-il en 1983 ? Desberg et Will répondent à cette question par le rire en le mettant dans une chaise roulante, à moitié gâteux. Ses sous-fifres, anciens SS, ne sont pas mieux. Tous devenus vieillards, vivant en Argentine, ils ne leur restent qu’une solution, trouver un mythique élixir de jouvence pour rajeunir et rehausser les valeurs nazies. Heureusement, Tif et Tondu vont se retrouver sur leur route avec l’aide d’une juive particulièrement acharnée.


DR.
Sur l’ensemble de l’intégrale, c’est sans doute l’histoire la mieux aboutie. Baladant nos héros d’un pays à un autre (Argentine, États-Unis, Grèce, France), c’est l’occasion d’avoir quelques rebondissements et de relancer l’intrigue. Bourré d’humour, les auteurs s’en donnent à cœur joie pour se moquer des nazis, mais aussi, et cela est plus osé, des juifs (avec leur sens du commerce et leur désir de vengeance contre les nazis). On sent aussi une certaine évolution du personnage de Tif, porté de plus en plus sur le beau-sexe. A chaque album, sa réussite grandie pour finir en apothéose avec les amazones. Heureux homme !

Assez inégales, les histoires de Desberg prennent de plus en plus de consistances. Le tout reste évidemment honorables et ravira les nostalgiques de cette époque.

3ème round : Buck Danny – intégrale n°2

Cette deuxième intégrale de Buck Danny nous montre enfin un héros avec des aventures un peu plus conséquentes.
Couverture de la deuxième intégrale.
Si l’on retrouve Buck Danny dans les pires conditions possibles et inimaginables, le cycle birman est bien plus intéressant que le précédent. Premièrement, Jean-Michel Charlier va abandonner le dessin pour se consacrer entièrement au scénario. Si cela peut paraître anecdotique, le changement est flagrant. Non pas au niveau du dessin, mais bien au niveau de scénario. Moins redondant, malgré la fâcheuse habitude de faire s’écraser l’avion de Buck dans l’eau ou la jungle, une sorte de fil rouge va s’étaler sur trois albums : faire parvenir les plans d’attaque américains sur la Birmanie.

Sur le premier tome, on découvre de nouveaux personnages qui vont revenir tout au long des aventures : Sonny Tuckson (le roux) – notez que l’orthographe du prénom va être changeante en commençant par Sony pour finir par Sonny – et Jerry Tumber (le brun). Les trois autres tomes verront la mise en place du fil rouge précédemment cité avec notamment la réapparition de l’infirmière Susan Holmes (vues dans Les mystères de Midway et les espions japonais Mo et Miss Lee.


DR.
Les trois dernières aventures sont sans nul doute celles qui ont lancées Buck Danny. Rapidité dans la parution, nombreuses péripéties, un héros infaillible à l’américaine, tout concourt à donner au public ce qu’il attend. Nous sommes tout juste après la seconde guerre mondiale et Buck Danny représente bien le héros américain comme on se l’imagine à l’époque.

4ème round : Les petits hommes  – intégrale n°3

Reprenant les parutions dans le Journal de Spirou entre 1973 et 1975, cette troisième intégrale nous offre pas moins de 9 histoires.
Couverture de l'intégrale n°3.
Le dossier, toujours complet et intéressant semble pour une fois hors-sujet. S’il fait bien référence au peu de femme dans la série, il fait aussi la part belle aux désaccords sur les scénarii entre Mittei (qui a remplacé Desprechins) et Seron. Hors, à part l’ermite de Rochafleur, les scénarii sont signés Hao.

L’ermite de Rochafleur, s’il est le 22ème album de la série, est paru en 1973 dans le magazine Spirou.

Petite histoire qui nous présente un nouveau personnage dans le monde des petits hommes : un ermite, nommé Quinquagésime. L’objet de cette histoire est un peu obscur. Renaud présente à Mirabelle l’ermite qui vit dans l’église de Rochafleur-sur-mer et qui dresse des souris. L’intrigue s’arrêtera là et on aura droit à la description des talents respectifs de ces animaux. On aura cependant le sourire à la suite de quelques jeux de mots, comme « un caractère infernal » ou « le rythme endiablé » tenu dans une église ou encore le clin d’œil au marsupilami.

Le lac et l’auto, paru entre 1973 et 1974 dans Spirou, c’est le tome 4 des albums paru en 1975.

Quand une automobile plonge intentionnellement dans un lac, Renaud s’étonne et surtout s’inquiète pour les passagers. Il cherche donc à savoir ce qu’il s’est passé.

Plus inspiré que la précédente histoire, on notera la petite allusion à une scène du Trésor de Rackham le Rouge, « et surtout n’oubliez pas de pomper ». Si cela fait sourire, on ne comprend pourtant pas pourquoi deux cases plus loin personne ne pompe !

Les corsaires du XVIIème, paru en 1974, sortira dans l’album n°15, Mosquito.


DR.
Renaud est tombé en panne d’essence avec son hors-bord en plein milieu de la mer. N’ayant pas d’autre choix que d’attendre une aide hypothétique, au bout d’un long moment, un bateau se profile à l’horizon. Mais comment faire pour être secouru sans se faire voir par les grands ? La question ne se posera finalement pas, car le bateau est en fait un vaisseau français du XVIIème siècle, rempli de petits hommes.

Le manoir de la dent verte, paru après Les corsaires du XVIIème dans le magazine, il fera aussi parti des histoires de l’album n°15.

Passant près du manoir de la dent verte à bord d’un coléoptère, Lapoutre aperçoit de la lumière. Cela est curieux, car normalement ce manoir est abandonné depuis de nombreuses années. En compagnie de Renaud, ils reviennent inspecter les lieux et surprendre deux personnes aux mines patibulaires qui préparent un mauvais coup.

Histoire courte avec un scénario plus que court. On s’étonne de ces histoires rapides, percevant trop de possibilités non exploitées. Au final, les deux petits hommes seront peu impliqués et seront plus témoins qu’acteurs.

L’œil du cyclope, passe dans le magazine entre 1975 et 1975 pour paraître en album en 1976 dans le tome 5 du même nom.

Divers cambriolages de grandes envergures se déroulent dans la même journée mais à des endroits forts éloignés. Si le temps entre chaque hold-up permettait aux malfaiteurs de se déplacer, les conditions dans lesquelles ils se sont déroulés paraissent étranges. A chaque fois, les victimes ont semblées être prises d’hallucinations incroyables. C’est d’ailleurs ce qui arrive à Renaud quand il voit Notre-dame-de-Paris en pleine campagne. Mais cette camionnette publicitaire située aux abords n’y serait-elle pour rien ?


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Si l’on comprend assez rapidement le modus operandi des hold-up, on était curieux de voir comment tout cela allait finir. Hao fait preuve d’un peu d’imagination et a le mérite de nous montrer des policiers moins bêtes que ce que l’on a l’habitude de voir (dans la bande dessinée, bien sûr).

Mosquito 417 vient compléter l’album n°15 et paraît dans le magazine en 1975.

Boisjoli raconte à Renaud la disparition de son père pendant la seconde guerre mondiale. Bien qu’il soit maintenant trop petit pour partir à sa recherche, il espère toujours pouvoir le faire. Renaud va l’y aider.

Quel dommage de vouloir faire des histoires aussi rapides. Du coup, peu de suspens, pratiquement pas d’action, pour une histoire avec des avions c’est dommage. Renaud fait preuve d’un tel pouvoir de déduction qu’il en est écœurant. En même temps, c’est le héros.

La maison vide est parue en 1975 et est une histoire inédite en album. On y voit Renaud et Lapoutre s’échouant après un saut en parachute dans une maison vide pour cause de départ en vacances des propriétaires. Comment vont-ils s’en sortir et éviter le chien et les cambrioleurs ? A vous de le lire.

Cette histoire est suivie d’une histoire inédite en album, sur deux pages. Les deux histoires sont en fac-similé, c’est-à-dire que les originaux n’ont pas été retrouvés.

Le vaisseau fantôme, paru en magazine en 1975, est sorti en album (n°6) en 1977.


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Dernier récit de l’intégrale, c’est l’une des rares histoires longues. Renaud va se retrouver à bord d’un vaisseau fantôme avec des zombies à bord et il va s’apercevoir que malgré leur état, ils ont un goût immodéré pour aborder les bateaux et voler leurs passagers.

Rocambolesques, le récit passionne. Au fil de l’histoire et des déductions de Renaud, on comprend ce que le bateau fantôme cache et ce qui se cache derrière.

Comme souvent pour ce type d’intégrale, on est un peu déçu par le contenu. S’il y a un réel intérêt, ce sera pour les nostalgiques de cette époque ou les collectionneurs. Et s’il est intéressant d’avoir les histoires dans leur ordre chronologique, on suppose que la vitesse de parution a pu être un frein à avoir des histoires plus abouties.

 

Pas moins de 16 albums sont ici recensés et ont donc été lus. Si on voulait classer les histoires par ordre de préférence, clairement celles de Buck Danny remportent la mise avec ces histoires plus complètes et plus réalistes. Concernant le dossier, celui de Tif et Tondu parlera plus à tout le monde avec ce petit jeune débutant prénommé Stephen Desberg. Mais cela reste, évidemment un avis subjectif.

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