Dargaud en Août : Mort au tsar, Le perroquet des Batignolles T2, L’expédition T2, le nouvel Achille Talon, Sortilèges cycle 2

/ Critique - écrit par plienard, le 28/08/2014

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En ce mois d’Août, les sorties Dargaud que nous avons pu découvrir pour l’instant, se comptent au nombre de cinq ! Le premier album Mort au tsar, sort le 22 août et les quatre suivants le 29 août. Petit état des lieux pour, peut-être, vous donner l’envie de les lire.

Mort au tsar, tome 1 – note 7/10 : Aller-retour dans le passé russe

Fabien Nury serait-il dans sa période russe ? On pourrait le penser avec ce premier album de Mort au tsar qui suit le diptyque La mort de Staline, le tout chez Dargaud. Après un aller dans l’ère soviétique, voici donc un retour dans l’ère de l’empire russe.


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Le grand-duc Serguei Alexandrovitch est gouverneur de Moscou et est au balcon de son palais. Il assiste à la manifestation de mécontentement de la population. Un mouchoir à la main, il peut à tout moment, en l’agitant, donner le signal de tirer à l’armée. Le mécontentement monte. Une tomate atteint le grand-duc. Le mouchoir tombe. L’armée tire. Nous sommes le 17 septembre 1904. Il y a 47 morts.

Avec le dessin expressionniste assez séduisant de Thierry Robin (déjà à l’œuvre sur la mort de Staline), on suit la schizophrénie d’un homme menacé de mort à en croire les services secrets russes, l’okhrana. Le grand duc (qui n'a rien à voir avec celui de Lucky Luke) perd pied peu à peu devant les événements qu’il a provoqué bien malgré lui (quoique) et devant la menace qui plane sur sa tête. Le personnage est à la fois touchant et émouvant, terrible et cruel, autoritaire ou obéissant. Un homme complexe que le récit et le dessin rendent parfaitement et auquel Thierry Robin a donné les traits de Fabien Nury.

Un (très) bon album, dans la droite ligne du premier diptyque.

 

Sortilèges, cycle 2, tome 1 – note 8/10

Déjà impressionné par le premier cycle, le second cycle qui débute avec ce livre 3 nous emmène, une nouvelle fois, sur les chemins du plaisir.


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Une double guerre fratricide va éclater, entre frères et sœurs d’Entremonde et d’En-bas. Des unions d’intérêts et d’amour vont alors se former. Maldoror, ancien prince du monde d’En-bas et Blanche, ancienne princesse d’Entremonde sont amoureux et vont devoir réunir des alliés pour retrouver le pouvoir. La redoutable Miranda, qui a des vues sur le beau Maldoror, va les y aider.

Après la mort de la reine Sophora, tuée par sa fille Blanche, c’est Ogier, le fils, qui hérite du pouvoir. Mais les ambitions du reste de la famille ne sont pas pour autant éteintes. Perfidies et meurtres sont à prévoir, en particulier avec Saumure le plus fourbe d’entre tous. Quant à Aldoror, la sœur de Maldoror, elle propose une alliance pour éliminer le couple d’amoureux.

Le trio Dufaux-Munuera-Sedyas – scénario, dessin, couleurs – continue à nous en mettre plein les mirettes. Intrigue, humour, jeux de lumière,  cet album offre le paradoxe d’être un récit dur fait dans la légèreté. Mais à vouloir faire trop de compliments, on en devient mielleux. Je me contenterais donc d’un : lisez-le, les yeux fermés !

 

Achille Talon, tome 1 – note 6/10 : Le talent d'Achille, l'humour !

Apparu pour la première fois le 7 Novembre 1963 dans le journal Pilote n°211, Achille Talon est un classique de la bande dessinée en même temps qu’une icône. Créé par Greg,  la série Achille Talon était orpheline depuis le 29 octobre 1999, date de la disparition de l’auteur. Ses parents adoptifs, Brett (scénario) et Roger Widenlocher (dessin) continueront de donner vie au pourfendeur des mots jusqu’en 2004 avant de laisser la main à Moski (dessin) et Pierre Veys (scenario). Depuis 2009, nous n’avions plus de nouvelles fraîches de ce gros bourgeois à la langue acérée, à l’exception de l’édition d’intégrales ou autre best of. C’est donc avec une certaine surprise que nous retrouvons ce personnage ancien (de la BD) revenir, toujours fidèle aux éditions Dargaud, avec ce titre provocateur s’il en est : Achille Talon est un homme moderne !


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Il est en effet paradoxal d’asséner une telle vérité. Et ce n’est pas forcément l’image que l’on se fait de ce personnage qui a une caractéristique, autre que celle de son physique au gros ventre et au gros nez, assez évidente celle de joutes verbales et prolixes, notamment avec son voisin souffre-douleur, Hilarion Lefuneste.

La série, cependant, avait un petit goût de vieille série avec un vieux héros. Elle avait besoin d’un petit coup d’aspirateur et ce sont le scénariste Fabcaro et le dessinateur Serge Carrère qui s’y attèlent. Deux auteurs que l’on a eu l’occasion de rencontrer au travers des albums comme le récent Amour, passion & Cx Diesel ou plus lointain L’art de la winne pour Fabcaro et Léo Loden ou Les Elfées pour Serge Carrère.

Le but est donc de dépoussiérer la série tout en gardant la moelle essentielle de son humour, les dialogues et les tirades humoristiques de leur personnage. Le pari apparaît comme réussi, à mon sens. Les personnages comme la marquise Virgule de Guillemets et la camériste Hécatombe Susure, son voisin Lefuneste, le papa d’Achille Alambic Dieudonné Corydon ainsi que sa maman sont aussi de retour. Ainsi, ce qu’on peut appeler la famille, est bien présente. On est dans un environnement familier et les auteurs jouent sur le côté vieille école de leur personnage principal pour le faire rentrer dans le XXIème siècle. C’est drôle, mais c’est long à lire. Car Achille n’a rien perdu de son talent oratoire. On garde donc l’essence de la série tout en jouant sur le paradoxe vieux personnage dans un monde moderne.

 

L’expédition, tome 2 – note 6/10

Richard Marazano est capable de tout. Entendez par cela, capable de tous les styles : récits d’anticipation (complexe du chimpanzé, protocole pélican), histoire enfantine (le monde de Milo), et récit historique avec cette série prévue en quatre albums L’expédition aux éditions Dargaud.


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Déjà au tome 2, dans lequel on retrouve Marcus Livius et ses dix légionnaires à la recherche d’une cité inconnue pleine de richesse. Ils plongent au cœur du continent africain, conduits par le mystérieux Dukaku, à travers la jungle et ses dangers encore inconnus pour les romains. Leur détermination va être mise à rude épreuve et leur déception va être à la hauteur de leur soif de récompense et de reconnaissance : immense.

Ce deuxième volet va voir en effet le groupe soumis à des difficultés qu’il n’avait pas prévues. Des dissensions vont apparaître et le doute s’installer quant à la qualité de Marcus Livius à pouvoir continuer à commander. Les conquérants vont tomber de leur piédestal.

Un récit puissant que le dessin renforce par son graphisme. On regrettera cependant l’abus des ombres portées qui, si elles offrent cette ambiance mystérieuse et lourde, nuisent aussi à l’identification des personnages, romains en particulier.

 

Le perroquet des Batignolles, tome 2 – note 6.5/10 : Il est où Coco ?

Feuilleton radiophonique sur France Inter en 1997, Le perroquet des Batignolles est maintenant adapté en bande dessinée. Rien d’étonnant à cela quand on sait qu’il a été imaginé par le renommé Jacques Tardi, l’auteur d’Adèle Blanc-Sec, Nestor Burma ou encore la guerre des tranchées. Il était associé à l’époque de Michel Boujut, le producteur de l’inoubliable émission Cinéma cinémas entre janvier 1982 et novembre 1991 sur Antenne 2 (France2 maintenant).


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Pour cette adaptation au neuvième art, les deux auteurs s’octroient la participation de Stanislas (Barthélémy), un des fondateurs de l’Association en 1990. Un choix payant tant il parvient à donner une identité contemporaine et toute parisienne à cette enquête toute tintinolesque.

Pour rappel, Oscar Moulinet est preneur de son à la maison de la radio. Edith, sa compagne, est en maison de repos. Les derniers événements l’ont en effet mise à bout après avoir appris que son vrai père était Emil Schmutz, un faussaire international et que le canard à musique en sa possession contenait un bout de bande magnétique que le psychopathe meurtrier nommé Le Fâcheux convoite. Il veut réunir les différents morceaux pour connaître le secret du faussaire.

Si l’intrigue est toujours aussi prenante, elle pêche par excès d’explications et de dialogues. Au point que les phylactères prennent quelques fois trop de place et nuisent au dessin. Il n’en reste pas moins qu’on reste accroché à l’histoire avec des personnages hauts en couleurs comme cet inspecteur Lépidon ou l’acrobate de cirque Zita Calamar. De plus, à l’image de ce que l’on pouvait retrouver dans les albums de Tintin, il y a une ambiance saine et une bonne humeur communicative qui fait du bien. À l’exception de Le Fâcheux, les personnages sont positifs et ce, malgré le côté énigmatique de certains.

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