4/10Achille Talon - Tome 47 - Achille Talon crève l'écran

/ Critique - écrit par riffhifi, le 23/08/2007
Notre verdict : 4/10 - Petit écran (Ecrivez votre critique)

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L'album se lit sans déplaisir intense mais ne trouve pas vraiment sa place aux côtés de ceux de Greg.

Achille Talon a 44 ans cette année. Un âge respectable pour un héros de bande dessinée, qui implique malheureusement sa condition d'orphelin : son créateur Greg est mort en 1999, laissant vide de mots le plus érudit des chauves à gros nez du paysage français. Vide de mots, car si le trait de crayon de Greg s'avère assez facile à imiter (pour un dessinateur de BD bien sûr, n'essayez pas à la maison), la verve de ses personnages et son sens de la construction impeccable sur presque tous les gags est un Everest de l'écriture moderne. Pas découragés, plusieurs scénaristes ont tenté depuis la mort de Greg de faire revivre Achille Talon : Christian Godard (Achille Talon a la main verte), Brett (Tout va bien !) et Herlé (Le monde merveilleux du journal Polite) se sont successivement cassés les dents sur le sujet, aidés en cela par le dessin respectueux mais bizarrement modernisé de Widenlocher (la mise en couleur inutilement sophistiquée n'arrangeait rien).
Aujourd'hui, c'est le scénariste Pierre Veys qui s'y colle, avec la complicité cette fois du dessinateur Moski. Voyons voir ce que nous réserve l'opuscule. Hop.

Achille Talon et Hilarion Lefuneste
Achille Talon et Hilarion Lefuneste
Première constatation, avant même de lire une ligne : le dessin et les couleurs sont plus proches de ceux de Greg. A l'exception de quelques cases bizarrement conçues, on pourrait presque croire à de l'authentique Achille Talon du créateur. Un bon point à Moski donc, qui connaît son classique et le ressuscite avec talent.
Mais comme on l'a dit plus haut, la difficulté ne réside pas tant dans le dessin que dans le scénario. Et c'est là que le bât blesse : passé les quelques premières planches sincèrement amusantes, Veys se lance dans la fausse bonne idée de l'album : faire du journal Polite une chaîne de télé. Un concept improbable, développé au travers d'un personnage inutile et vite expédié de medlar-manager branchouille, qui sert également à introduire une série de gags un peu forcés mettant en scène la galerie de personnages habituels. Si on peut trouver étrange de voir subsister en 2007 des personnages tels que Goscinny ou Charlier (les dirigeants du vrai journal Pilote dans les années 60, morts respectivement en 1977 et 1989 - année de fin de Pilote), le plus agaçant est surtout le traitement grossièrement caricatural qui est fait de leur personnalité. Ainsi, Goscinny n'est plus une cocotte-minute à explosions sporadiques, mais un fou sadique qui braille sans arrêt des menaces de mort sans en avoir de réelles raisons. Papa Talon, quant à lui, a certes toujours été un grand buveur de bières : était-il pour autant indispensable de lui faire évoquer le sujet dans chaque phrase qui sort de sa bouche ?...

Alambic Dieudonné Corydon 'Papa' Talon
Alambic Dieudonné Corydon 'Papa' Talon
Autre tentative de Pierre Veys : en sa qualité de membre de la Société Sherlock Holmes de France, il s'est cru un devoir de mettre en scène Talon et Lefuneste dans les rôles de Holmes et Watson. Une idée - disons-le - éculée, déclinée à l'infini depuis 150 ans au travers d'un nombre incalculable de personnages plus ou moins célèbres, et qui n'est réduite ici qu'à quatre planches sans saveur, où seuls les costumes victoriens justifient l'analogie Holmes-Talon. Bof.

A l'arrivée, l'album se lit sans déplaisir intense mais ne trouve pas vraiment sa place aux côtés de ceux de Greg. Visuellement, l'illusion est créée, mais le texte contenu dans les phylactères trahit la non-authenticité de la création. Et si on laissait Chichille tranquille ?

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