7/10Spirou et Fantasio - Tomes 20 à 22

/ Critique - écrit par riffhifi, le 28/02/2010
Notre verdict : 7/10 - Fournier aux fourneaux (Ecrivez votre critique)

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A la fin des années 60, Jean-Claude Fournier succède à Franquin au poste de marionnettiste spirovite. Cette intégrale réunit ses trois premiers albums, qui constituent la période de rodage.

Les personnages de Spirou et Fantasio, aujourd'hui encore, restent intimement
liées dans l'inconscient bédéphile à la signature d'André Franquin. Pourtant, il ne fut pas leur créateur, ni même celui de Spip l'écureuil, et ne prenait qu'un plaisir sans cesse décroissant à la réalisation de leurs aventures. Après plus de vingt ans passés à leur service pour le plus grand bonheur des lecteurs de Spirou (le magazine), l'auteur décide enfin de les laisser à d'autres mains pour pouvoir se consacrer exclusivement à son vrai bébé : Gaston Lagaffe. Pour le remplacer, Charles Dupuis choisit un petit nouveau, un protégé de Franquin appelé Jean-Claude Fournier. A l'inverse de son prédécesseur, Fournier est enchanté de s'occuper de Spirou et Fantasio, et leur consacrera neuf albums. Dupuis réédite ici les trois premiers, dans la foulée des volumes consacrés à Franquin... Inutile de dire que le travail éditorial est toujours fameux, et comporte ici une biographie fouillée du nouvel auteur.

Le faiseur d'or

Episode de transition, vingtième album de la série (la numérotation a commencé au début du "règne" de Franquin), Le faiseur d'or est bancal à plus d'un titre. Réalisé
pendant l'année 1968, il souffre à la fois de la fin du service militaire de Fournier et de l'anarchie générée par les évènements de mai 68 (plus de transports, notamment). Cerise sur le gâteau : le Marsupilami y est dessiné par Franquin lui-même, qui désire garder le contrôle de la bestiole qu'il a créée ; il en profite pour prodiguer un certain nombre de conseils à son disciple, et encre même certaines cases. Le résultat est bancal, on y sent à la fois la volonté de caser un maximum de personnages franquiniens (le comte de Champignac, le maire, Zorglub, Zantafio...) et une incapacité à proposer une intrigue qui dépasse l'accumulation de péripéties poussives, malgré les prémisses intéressantes que constituent l'alchimie et le changement de plomb en or. Le dessin lui-même recèle bon nombre d'imperfections et d'hésitations, qui s'effaceront dès le tome suivant. En guise d'introduction à l'aventure en préparation, Fournier, propose une courte histoire appelée Le champignon nippon, dans laquelle on fait la connaissance du vénérable Itoh Kata, homologue japonais de Champignac...

Du glucose pour Noémie

Dans la lancée du Champignon nippon, ce deuxième album permet à Fournier
d'installer ses propres repères : exit le Marsupilami (qu'est devenu l'animal ? il s'en est allé vivre des aventures solo, qui n'atteindront jamais le niveau de ses années Spirou), et bienvenue au TRIANGLE, l'association criminelle internationale qui évoque immédiatement le SPECTRE auquel James Bond fait face. Nous sommes en 1970, la Bondmania bat son plein (Sean Connery s'apprête à reprendre le rôle une sixième fois, après l'avoir laissé pour un film à George Lazenby), et le choix de cet ennemi tentaculaire paraît un peu facile. Pourtant, le scénario s'avère largement supérieur à celui de Faiseur d'or, et fait la part belle à l'impayable Itoh Kata, décidément plein de ressources. Les gags sont nombreux et bien maîtrisés (Fantasio passe une partie de l'album à fulminer dans un kimono rose), et le dessin s'est stabilisé sous une forme satisfaisante, bien que foncièrement identique au style Franquin.

L'abbaye truquée

Satisfait de ses trouvailles, Fournier les ressort pour le troisième album : on
retrouve donc des agents du TRIANGLE déchaînés (« Longue vie au TRIANGLE ! »), et surtout le facétieux Itoh Kata dont le rôle s'étoffe encore davantage, volant littéralement la vedette à Spirou et Fantasio. Après tout, quel besoin y a-t-il de sauver un homme qui mystifie à longueur de temps ses ravisseurs ?... Le dessin se fait plus libre, les cases s'étirant occasionnellement à la taille d'une demi-page : l'artiste est à l'aise, il est désormais chez lui. Tant mieux, car il signera six autres albums jusqu'en 1979, qui feront l'objet des deux prochains volumes de l'intégrale.


Le recueil contient également plusieurs histoires courtes : Un Noël clandestin plein de bons sentiments, Un faux départ consacré à Spip, et le plus émouvant Joyeuses Pâques Papa, inédit en album, qui constitue un hommage direct de Fournier à Franquin.

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