9.5/10Spirou et Fantasio - Tomes 18 et 19

/ Critique - écrit par riffhifi, le 16/11/2009
Notre verdict : 9.5/10 - Le Gaston monte (Ecrivez votre critique)

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Les dernières années de Franquin sur les aventures du groom et du reporter sont marquées par la présence grandissante de Gaston Lagaffe, auquel son créateur se consacrera entièrement par la suite.

En 1968, André Franquin disait adieu à Spirou et Fantasio pour pouvoir offrir toute son attention à sa propre créature : Gaston Lagaffe, héros-sans-emploi introduit
aux lecteurs dix ans plus tôt. La matière des deux derniers albums, les tomes 18 et 19, a mis sept ans à être produite. Flemme de l'auteur ? Pas vraiment, non : gravement malade et sévèrement déprimé, Franquin dut faire une pause d'environ un an en plein milieu de QRM sur Bretzelburg (qui devint finalement QRN lors de sa publication en album). Au cours des années suivantes, il respecta un rythme de travail plus raisonnable sur Spirou, mais se fatigua d'autant plus à travailler sur Gaston. Ce dernier avait d'ailleurs tendance à s'inviter chez Spirou et Fantasio, un moyen pour l'auteur de faire la transition entre l'univers qu'il se contentait de gérer et celui qu'il possédait totalement. On remarquera que chez Gaston, Fantasio finira par disparaître totalement.

Titrer ce recueil "Aventures humoristiques" a quelque chose d'étonnant, dans la mesure où QRN sur Bretzelburg et Panade à Champignac comptent parmi les plus inquiétantes (toutes proportions gardées) du petit groom. Mais il est vrai que Bravo les Brothers tire l'ensemble vers le burlesque le plus échevelé...

QRN sur Bretzelburg

Publiée initialement de mai 1961 à décembre 1963, en raison de son interruption forcée d'un an (au milieu d'une scène de torture !), cette aventure épuisante de 61 pages, d'une densité incroyable, est probablement la dernière de Spirou. Les suivantes seront des histoires sans voyage exotique, sans grand méchant machiavélique, sans véritable complot à déjouer. Ecrit dans la douleur, à travers une difficile collaboration entre Franquin et Greg, le scénario s'avère dans la lignée des Zorglub pour son approche anti-militariste et sa dynamique impeccable. Une
fois encore, Fantasio trouve le moyen d'être fait prisonnier - et de se montrer peu coopératif. Le talent de l'artiste ne réside pas tant dans le traitement des thèmes abordés (un roi manipulé par ses fourbes conseillers, un peuple affamé par un régime militaire) que dans la puissance graphique dont il fait preuve : les mouvements sont parfaitement étudiés, d'une énergie constante, et les expressions des personnages sont irrésistibles, dessinées avec une précision et un sens de la caricature qui culminent dans la représentation des deux animaux vedettes : l'écureuil Spip et le marsupilami. On note également la présence d'un duo de policiers germaniques très "Dupond et Dupont", comme les agents anglais de l'album Le prisonnier du Bouddha.

Les Robinsons du rail

En 1964, un récit hors-série est publié par épisodes dans Spirou, avant d'être édité en album aux éditions de l'Atelier. Commandité par la SNCF, Les Robinsons du rail est un suspense humoristique qui marque, mine de rien, le premier gros crossover entre Spirou et Gaston : prisonniers d'un train fou qui file à plus de 80km/h sans pouvoir être arrêté, Fantasio et Gaston Lagaffe ne peuvent compter que sur l'aide extérieure de Spirou et de l'ingénieur ayant conçu le véhicule révolutionnaire. Il ne s'agit pas à proprement parler d'une bande dessinée, mais d'un texte illustré, à la narration parfois un peu poussive. Assisté de Delporte pour le texte et de Jidéhem pour les dessins, Franquin semble avoir exécuté la chose sans grande passion, malgré l'introduction de quelques bons gags dus au caractère placide et décalé de Gaston.

Bravo les Brothers


Parue entre octobre 1965 et mars 1966, cette histoire peut être considérée comme le seul récit complet de Gaston davantage que comme une spirouterie. Ayant décidé de faire une surprise à Fantasio pour son anniversaire, l'homme au pull vert lui offre trois singes savants, véritables tornades rompues à tous les tours de cirque et de magie, ayant à la fois le sens du spectacle et une lourde propension à baffer les insolents qui ne les applaudissent pas. Dans une frénésie de gags désopilants, Franquin aligne la plupart des personnages réguliers de Gaston (Prunelle, Lebrac... et surtout Monsieur de Mesmaeker !) et s'amuse à persécuter Spirou et Fantasio, terrassés par cette énième idée saugrenue de l'impossible anti-héros.

Les bouilles des singes sont impayables, le rythme est irréprochable, et Franquin sait faire bifurquer le ton de la drôlerie à la tendresse quand on s'y attend le moins. Dommage que l'épisode soit trop longtemps resté relégué au rang de bonus de l'album Panade à Champignac : il s'adresse moins aux fans de Spirou qu'aux amateurs de Gaston.

Panade à Champignac

Dernier tour de piste de Spirou sous le crayon de Franquin : Panade à Champignac, paru d'octobre 1967 à février 1968, ressort assez logiquement le méchant le plus marquant des années précédentes : le sieur Zorglub. Mais cette fois, il ne se pose plus en aspirant maître du monde, dirigeant une troupe de zorglhommes militarisés : non, le pauvre zèbre est resté décérébré et se comporte comme un enfant de huit mois, pouponné par un comte de Champignac que
l'exercice épuise. Le concept peut paraître grotesque, mais il s'avère surtout infiniment grinçant : d'une part dans sa représentation angoissante d'un adulte totalement invalidé par une régression mentale (« Dis-moi quelle créature peut émettre ce hurlement à vous glacer les sangs ? »), d'autre part dans son évocation de l'irresponsabilité des hommes et de leurs armes : la Zorglonde passe à deux doigts de doter nos héros d'une fin funeste, simplement parce qu'un zombie l'a confiée à un fou...

Franquin profite de ces derniers moments pour recaser Gaston le temps de quelques pages, et pour glisser des clins d'œil à ses principaux confrères du moment : on croise ainsi Astérix, Tintin et les Schtroumpfs essaimés dans le décor, comme si l'auteur avait subtilement invité quelques potes des héros à cet agréable pot de départ.


Divorcé de Spirou, Spip et Fantasio, Franquin ne délaissera pas pour autant le Marsupilami, bestiole issue de son imagination et exportable à loisir. Les aventures de la bestiole feront l'objet d'une série indépendante à partir de 1987, sans toutefois générer le même plaisir que sa présence chez ses compagnons d'origine.

Les huit tomes de l'intégrale ne remplissent pas complètement votre étagère ? Pas d'inquiétude : Dupuis embraie dès l'an prochain sur la compilation des albums suivants, signés Jean-Claude Fournier.

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