Morris en solo livrait en moyenne un album par an. A partir du moment où René Goscinny s'occupa des scénarios, le tandem fut en mesure de livrer deux, voire trois albums par an pendant une vingtaine d'années, qui constituèrent de toute évidence l'âge d'or du personnage. Jonglant au fil du temps avec différentes séries majeures du journal Pilote (Astérix, Iznogoud...), Goscinny finissait par avoir une maîtrise du scénario qui confinait parfois presque à la formule. S'il n'a pas inventé Lucky Luke ni les Dalton, il a toutefois ressuscité ces derniers sous la forme de 
Lucky Luke contre Joss Jamon (1958)leurs cousins Joe, Jack, William et Averell, et leur a collé aux chaussures le chien le plus bête de l'Ouest, Rantanplan, et la mère la plus castratrice de l'univers criminel, Ma Dalton. Reprenant par ailleurs l'ensemble des personnages-types créés par Morris (le croque-mort, le tailleur chinois, le joueur de cartes...), il les décline à travers une série de récits westerniens, s'attachant la plupart du temps à une figure ou un fait historique pour en tirer une vision déformée et humoristique, qui restera dans l'esprit du grand public comme la référence absolue (Billy the Kid était pourtant loin d'être un gamin rigolard avec des taches de rousseur !).
Pendant que Goscinny s'amuse avec l'Histoire, Morris affine son style, allonge la silhouette du héros et prend l'habitude d'habiller régulièrement les personnages d'une seule couleur correspondant à leur humeur ou contribuant à donner une impression de changement brutal de lumière. En quelques albums, le dessinateur trouve le style définitif de Lucky Luke, celui qu'il entretiendra jusqu'à sa mort et que ses successeurs s'emploient à perpétuer.
On notera qu'à partir de 1968, les albums cessent d'être édités chez Dupuis et passent chez Dargaud. La raison est simple : Goscinny avait invité le héros (et Morris) à quitter le Journal de Spirou pour emménager chez Pilote, son propre magazine de bande dessinée...
Lucky Luke croise du beau monde
Les légendes de l'Ouest, l'amateur de western n'a qu'à se baisser pour les 
Billy the Kid (1962)ramasser. Buffalo Bill, Wyatt Earp... Si Morris a montré la voie en représentant les vrais frères Dalton et en évoquant quelques desperados célèbres, Goscinny va pousser plus loin l'idée en consacrant des albums entiers à certains personnages : le Juge Roy Bean (qui sera interprété au cinéma en 1972 par Paul Newman dans Juge et hors-la-loi), Jesse James, Calamity Jane, Billy the Kid... Certains d'entre eux ne font qu'une apparition, comme Black Bart le poète hors-la-loi dans La diligence.
Chaque fois, Goscinny s'attache à un trait de caractère réel du personnage, et le presse pour en tirer le maximum d'effet comique : la jeunesse de Billy the Kid, le paradoxe fondamental du juge Roy Bean, etc. Lucky Luke doit faire preuve d'ingéniosité pour ne pas se faire voler la vedette par ces personnages hauts en couleur !
Lucky Luke traverse l'Histoire de l'Ouest
Assez souvent, Lucky Luke est confronté à un aspect pittoresque de la vie au Far-West, ou à un événement représentatif de l'arrivée de la "civilisation" : la ruée vers l'or dans Ruée vers l'Oklahoma (1960), l'arrivée du télégraphe dans Le fil qui 
Le fil qui chante (1977)chante (paru en 1977, l'année de la mort de Goscinny)...
Dans Le pied-tendre, non content d'évoquer l'accueil réservé aux immigrés par les cow-boys, Goscinny réussit une nouvelle fois à brocarder gentiment nos voisins britanniques, deux ans après Astérix chez les Bretons : le flegmatique héros ne se déplace jamais sans son majordome et ne se départit jamais de son calme, quelles que soient les vexations que les brutes locales lui fassent subir !
Dans Chasseurs de primes (1972), il est question de cet étrange métier qui consiste à capturer des hors-la-loi morts ou vifs par goût du lucre plus que par soif de justice. Malicieusement, Morris donne au personnage principal les traits de Lee Van Cleef, resté célèbre pour son rôle de chasseur de primes dans le film Et pour quelques dollars de plus (1965) de Sergio Leone.
Lucky Luke, conforme aux standards du héros de western, est là pour pacifier les situations, aider à l'implantation de la civilisation tout en protégeant les populations indiennes de la violence de l'homme blanc ; il se fait systématiquement le défenseur de la veuve et de l'orphelin, sans pour autant quitter la placidité amusée qui lui permet de jouer de toutes les situations avec un aplomb et une assurance qui font envie. Et sans oublier de vider les lieux sitôt sa mission accomplie, fredonnant « I'm a poor lonesome cow-boy » aux oreilles d'un Jolly Jumper qui doit souhaiter en secret que son cavalier apprenne une autre chanson un jour...
Lucky Luke et Les Dalton
Sur les 36 Lucky Luke écrits par Goscinny, onze sont dédiés aux Dalton (sans compter les albums dans lesquels ils ne font qu'une apparition). On remarquera que le personnage de Ma Dalton, bien qu'indissociable désormais de ses quatre 
Les cousins Dalton (1958)rejetons n'est introduit qu'assez tard (Ma Dalton, 1971), et qu'inversement, on ne cite quasiment plus jamais les authentiques Dalton : ils ne sont évoqués que dans Les cousins Dalton (1958), où Joe et ses frères se jurent de venger leurs prestigieux cousins.
Par la suite, les Dalton mettront Luke sur leur piste, s'évaderont, traverseront le blizzard, courront toujours, se rachèteront, mangeront des tortillas, prendront possession d'une ville, retrouveront leur mère et guériront, sans que le jovial cow-boy ne se formalise de leurs frasques (à sa place, un Clint Eastwood leur aurait collé trois pruneaux à chacun dès le début !). Après Lucky Luke et Jolly Jumper, les frangins sont assurément les personnages principaux de la série, bien qu'ils ne figurent même pas dans la moitié des épisodes. « Tais-toi, Averell », « Du calme, Joe » peuvent être employés hors contexte et évoquer à n'importe quel auditeur l'ensemble de la carrière du cow-boy solitaire et chanceux.
La carrière parallèle de Lucky Luke à l'écran commence en 1971 avec le dessin animé Daisy Town, dirigé par Morris et Goscinny eux-mêmes, avec l'aide de Pierre Tchernia. Le résultat est savoureux, et constitue probablement la meilleure version animée de la bande dessinée. La suite ne viendra qu'après la mort de Goscinny, chaque production étant plus faible que la précédente, une déchéance culminant dans les récents Les Dalton et Tous à l'Ouest...
Sur papier néanmoins, Luke reste un héros de légende, et les 36 albums de la période 1958-1977 constituent une page majeure de l'histoire du neuvième art.
Chez Dupuis :
Tome 11 - Lucky Luke contre Joss Jamon (1958)
Tome 12 - Les cousins Dalton (1958)
Tome 13 - Le juge (1959)
Tome 14 - Ruée sur l'Oklahoma (1960)
Tome 15 - L'évasion des Dalton (1960)
Tome 16 - En remontant le Mississipi (1961)
Tome 17 - Sur la piste des Dalton (1962)
Tome 18 - A l'ombre des derricks (1962)
Tome 19 - Les rivaux de Painful Gulch (1962)
Tome 20 - Billy the Kid (1962)
Tome 21 - Les collines noires (1963)
Tome 22 - Les Dalton dans le blizzard (1963)
Tome 23 - Les Dalton courent toujours (1964)
Tome 24 - La caravane (1964)
Tome 25 - La ville fantôme (1965)
Tome 26 - Les Dalton se rachètent (1965)
Tome 27 - Le 20ème de cavalerie (1965)
Tome 28 - L'escorte (1966)
Tome 29 - Des barbelés sur la prairie (1967)
Tome 30 - Calamity Jane (1967)
Tome 31 - Tortillas pour les Dalton (1967)
Chez Dargaud :
Tome 32 - La diligence (1968)
Tome 33 - Le Pied-Tendre (1968)
Tome 34 - Dalton City (1969)
Tome 35 - Jesse James (1969)
Tome 36 - Western Circus (1970)
Tome 37 - Canyon Apache (1971)
Tome 38 - Ma Dalton (1971)
Tome 39 - Chasseur de primes (1972)
Tome 40 - Le grand duc (1973)
Tome 41 - L'héritage de Rantanplan (1973)
Tome 42 - 7 histoires de Lucky Luke (1974)
Tome 43 - Le cavalier blanc (1975)
Tome 44 - La guérison des Dalton (1975)
Tome 45 - L'empereur Smith (1976)
Tome 46 - Le fil qui chante (1977)
riffhifi []

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