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Bande dessinée Critique

Yoko Tsuno - Tome 32 - L'intelligence intemporelle

Notre note : 3,25/5

Yoko, toujours dans les étoiles

Votre note pour Yoko Tsuno - Tome 32 - L'intelligence intemporelle :

Il y a des choses qui ne changent pas. Les Rolling Stones sont toujours en tournée, les franchises hollywoodiennes refusent de mourir et Yoko Tsuno continue de sauver l’univers avec une régularité qui force presque le respect.

Trente-deuxième album donc pour l'électronicienne japonaise créée par Roger Leloup. Et cette fois, pas de château écossais, de souterrain allemand ou de voyage temporel dans Bruges : direction l'espace, avec Khâny et les Vinéens. Parce qu'après trente-deux albums, autant ne pas faire dans le dépaysement timide.
L'histoire commence avec un sympathique vaisseau fantôme qui revient vers la Terre tous moteurs coupés. Rien de très rassurant. Khâny demande donc à Yoko de l'aider à explorer l'engin et, accessoirement, à neutraliser ses éventuels occupants.


 © Dupuis 2026.

Le problème, c'est que le vaisseau transporte un désintégrateur géant. Un appareil capable de pulvériser des astéroïdes.
Leloup reprend donc une recette qu'il connaît par cœur : un mystère technologique, une menace potentiellement catastrophique, les Vinéens, quelques gadgets dont on aimerait avoir le mode d'emploi et Yoko qui arrive pour remettre un peu d'ordre dans tout ça.
Et, mine de rien, ça fonctionne encore. La vieille dame fait de la résistance. Le plus étonnant avec Yoko Tsuno, c'est peut-être cette capacité à rester fidèle à elle-même sans complètement sombrer dans l'autoparodie.
Yoko est toujours aussi droite dans ses bottes. Khâny est toujours aussi élégante. Les machines sont toujours aussi incroyablement détaillées. Les dangers sont toujours aussi sérieux. Et Roger Leloup continue de raconter ses histoires avec ce mélange assez particulier de science-fiction, d'aventure et d'humanisme qui a fait le charme de la série.


 © Dupuis 2026.

On pourra évidemment reprocher à l'ensemble de ne pas beaucoup surprendre. Mais c'est aussi ce que viennent chercher les lecteurs.
Acheter un Yoko Tsuno en 2026, c'est un peu comme commander une crêpe au sucre dans une crêperie bretonne : on peut toujours espérer une révolution culinaire, mais si elle arrive avec du caramel, on ne va pas forcément protester.
Et puis il y a le dessin. Roger Leloup reste Roger Leloup. Ses décors sont toujours aussi minutieux, ses engins toujours aussi impressionnants et son goût pour les architectures futuristes semble ne connaître aucune limite. Là où certains dessinateurs feraient passer un vaisseau spatial pour une boîte à chaussures avec des réacteurs, Leloup semble capable d'en dessiner chaque boulon. C'est parfois un peu raide, parfois très classique, mais il y a derrière cette précision une véritable générosité graphique.
Surtout, le lecteur sait qu'il va trouver ce qu'il est venu chercher : de la belle mécanique, des décors fouillés et cette sensation agréable d'ouvrir un album qui appartient à une autre époque.
Le problème : Yoko ne vieillit pas, mais la série un peu. C'est ici que le bât blesse.
À force de vouloir préserver l'ADN de la série, Leloup donne parfois l'impression de tourner autour des mêmes préoccupations. L'aventure est sympathique, le contexte science-fictionnel toujours séduisant, mais le sentiment de découverte n'est plus tout à fait celui des grands albums de la série.
Le problème, c'est qu'après trente-deux aventures, on aimerait parfois que Yoko nous surprenne davantage. L'album reste très lisible, très propre et parfaitement maîtrisé, mais il donne parfois l'impression d'une machine parfaitement entretenue qui continuerait de fonctionner selon les plans de son concepteur depuis plusieurs décennies.
Et forcément, à côté des albums qui ont marqué l'histoire de la série, la comparaison est cruelle. Ce serait pourtant une erreur de regarder cet album uniquement avec les yeux du lecteur adulte venu chercher une révolution. Car Yoko Tsuno reste une BD profondément généreuse.
Pas de cynisme, pas de second degré obligatoire, pas de héros qui passent leur temps à expliquer qu'ils savent qu'ils sont dans une BD. Leloup raconte simplement une aventure. Avec des personnages qui prennent au sérieux l'amitié, la loyauté, la vie et la responsabilité liée à la technologie. Et cette sincérité fait du bien.
Dans L'intelligence intemporelle, la science-fiction n'est pas seulement un prétexte à sortir des lasers et des vaisseaux spatiaux. Elle sert une nouvelle fois à poser la question de ce que l'on fait de notre puissance technologique.
Le désintégrateur géant n'est donc pas uniquement un gros pistolet cosmique. Il rappelle surtout que, chez Leloup, la technologie est rarement totalement innocente.
Pas le meilleur Yoko. Pas le dernier non plus. Alors, faut-il encore lire Yoko Tsuno en 2026 ?
Si vous attendez que Roger Leloup transforme soudainement la série en space opera cyberpunk avec Yoko en blouson fluo et Khâny faisant du beatbox, passez votre chemin.
Si, en revanche, vous appréciez cette science-fiction à l'ancienne, sérieuse sans être sinistre, documentée sans être indigeste et humaniste sans sortir les violons à chaque page, ce trente-deuxième épisode fait parfaitement le travail.
L'intelligence intemporelle n'est probablement pas l'album qui fera redécouvrir Yoko Tsuno aux néophytes. En revanche, il constitue une nouvelle promenade agréable dans un univers que Leloup continue de maîtriser avec une impressionnante constance.
Et puis, soyons honnêtes : à l'heure où certaines séries sont capables de changer trois fois d'équipe créative avant leur deuxième tome, voir un auteur poursuivre seul son personnage après trente-deux albums a quelque chose de franchement sympathique.
Yoko n'a donc pas fini de voyager. Et  nous non plus.

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