Thorgal -

> >
par - le 05/10/2007

Thorgal Aegirsson, dernier enfant du peuple des étoiles, envoyé de Thor, dieu de la foudre, fils d’Aegir, grand dieu des océans et maître de la mer, Thorgal Aegirsson, bien aimé et tout à la fois maudit des dieux de la terre et du ciel, vainqueur de la mort, la grandeur de ta tragique destinée n’a d’égale que le succès retentissant de la bande-dessinée qui conte tes aventures.

Thorgal, BD à nulle autre pareille, pourrait se définir en un seul terme qui est peut-être la recette de son succès : éclectisme. Alors qu'elle puise ses racines et son univers dans la fascinante mythologie germano-scandinave et peint son héros au milieu de l'impitoyable monde Viking, l'œuvre parvient par un tour de force assez surprenant, parfois même dérangeant aux yeux de certains lecteurs, à se glisser, dès les premiers tomes, sur des classiques de la science-fiction (L'Ile des Mers Gelées) pour mieux rebondir dans le fantastique (Alinoë) et la fantasy, puis revenir avec plus de force encore à un autre type de SF, celui des voyages dans le temps (La Couronne d'Ogotaï) préfiguré dans Le Maître des Montagnes. Bien peu de BD peuvent se targuer d'avoir tenté un tel pari de mélanges de genres et de l'avoir en définitive aussi bien réussi, si l'on en juge par son succès tant en France qu'à l'étranger (la série a été traduite en 12 langues au moins, notamment en coréen).

Des Albums explicatifs clés
Des albums explicatifs clés
Fondée sur un scénario extrêmement bien bâti, où chaque pierre qui se pose dans un tome retrouve son explication ou ses conséquences bien des tomes plus tard, en particulier s'agissant de la constante des origines extra-terrestres du héros laquelle prend toute son acuité dans Les yeux de Tanatloc, la série Thorgal captive puissamment le lecteur par son suspense implacable et la force de ses émotions. Traçant à la manière d'une saga, et parfois dans le plus grand désordre chronologique, la vie de Thorgal et de son épouse Aaricia, depuis leur venue au monde en passant par leur mariage, la naissance de leurs 2 enfants, leurs désaccords, leurs doutes, leurs fautes respectives voire leurs trahisons, nous dresse le portrait psychologique et émotionnel de personnages auxquels l'on finit inéluctablement par s'attacher au fur à mesure de leurs longues et tragiques aventures, où transparaissent le sens profond de l'humanité et de la liberté de l'auteur, qui n'hésite pas à prendre quelques positions engagées sur bien des questions.

La rupture: le cycle de Shaïgan sans Merci
La rupture : le cycle de
Shaïgan sans Merci
Jonglant de tomes isolés classés dans le type "Aventure indépendante" (Les 3 Vieillards du Pays d'Aran, Alinoë, Le Maître des Montagnes) en longs cycles (le cycle du pays Qâ ou celui de "Shaïgan sans merci"), Thorgal offre gracieusement quelques moments de repos entre les innombrables moments de désespoir qu'il nous fait ressentir. Car si un second mot devait définir Thorgal, ce serait effectivement tragédie. Toute la noirceur de l'âme humaine qui peut être dénoncée ne nous est absolument pas épargnée, en particulier au travers de la terrible Kriss de Valnor, mais pas seulement. Des fautes les plus anodines qui engendrent les conséquences les plus terribles, aux trahisons les plus noires, les autres hommes que Thorgal et Aaricia croisent sur leur chemin tombent malheureusement et trop souvent bien bas pour le plus grand malheur du héros, lequel finit par douter des ses propres convictions. Tombant alors lui-même dans le piège du désespoir, jetant à terre tous les idéaux qui ont animé sans faille ses actes jusqu'ici, il prend la plus terrible des décisions sans se douter de l'effroyable mal qu'il va causer. Cette soudaine faiblesse de l'irréprochable Thorgal vient comme un poignard frapper le lecteur, créer rien de moins qu'une rupture au sein de la série et lui donner ce qui sera peut-être sa dernière apothéose. Après 18 tomes sans faille, après 18 tomes de parfaite conduite, voilà que Thorgal, devenant Shaïgan sans Merci, devient le plus vulgaire des barbares pour laisser la place à un nouveau héros, son fils Jolan. Certains lecteurs ne se remettront jamais de cet épisode. Cette rupture vaudra à la série bien des scepticismes et des critiques, d‘autant que Jean Van Hamme choisit ce moment précis pour réintroduire une importante dose de science-fiction dans le scénario. Bien que la déception de certains lecteurs soit compréhensible, il apparaît cependant que faire le choix de rendre Thorgal finalement faillible était bien plus intéressant. Outre que cette rupture permît de casser la lassitude que pouvait entraîner la longévité de la série, elle donnait surtout bien plus de relief à Jolan et Aaricia restés un peu trop dans l'ombre jusqu'ici. A partir du moment où les enfants de Thorgal naissent et grandissent, leur donner un rôle croissant devenait inéluctable.

Ce n'est de ce fait peut-être pas un hasard si l'auteur a récemment annoncé qu'il signerait au tome 29, le dernier volet des aventures de Thorgal. L'on se demande effectivement comment il sera possible de faire plus, de faire mieux et surtout de continuer à convaincre le lecteur, devenu sceptique après ce cycle. Yves Sente, en reprenant la suite de Jean Van Hamme et de Thorgal, ne s'engage pas dans une voie facile. Mais qui souhaite vraiment voir s'arrêter les aventures de celui-ci ?

Alors bien sûr, la BD n'est pas exempte de défauts. Toutes les histoires ne suscitent pas le même intérêt et certaines pourraient presque s'avérer quelconques. Notamment, la conclusion de la série "Shaïgan sans merci" par la narration des états d'âme d'Aaricia sur un tome entier (La Cage) était particulièrement décevante. En outre, l'on peut comprendre que le mélange de genres aussi variées que les voyages spatio-temporels et la fantasy puisse créer une gêne.

Par ailleurs, le trait de Rosinski n'est pas des plus séduisants. Même si l'on constate sans nul doute de nets progrès au fur et à mesure des tomes, une impression de brouillon et de fouillis persiste toujours plus ou moins dans l'esprit du lecteur. Les personnages ne se reconnaissant pas forcément d'un tome à l'autre, si ce n'est par leurs tenue vestimentaire ou par la narration. Les scènes d'action manquent de mouvement et surprennent par leur fixité. Quant aux expressions de visages, elles s'avèrent ternes et décevantes même quand elles sont au cœur d'une intensité extrême dans le scénario. Rosinski ne manque pas d'un certain talent, mais son style est peut-être trop particulier pour faire l'unanimité.


Conclusion

Des tomes isolés non moins excellents
Des tomes isolés non moins excellents
Thorgal est une BD unique à bien des aspects. Unique par la variété de ses genres, unique par la variété de la façon dont il est conté, unique par sa longévité et le nombre de ses tomes (30 tomes pour 30 années !), unique enfin parce qu'elle est la création d'un des plus grands maîtres de la BD à qui l'Europe ait pu donner naissance, Jean Van Hamme. Seul un Maître tel que lui, capable de produire des œuvres aussi diverses que la saga familiale historique (Les Maîtres de l'Orge), le policier-espionnage (XIII, Blake et Mortimer), la fantasy (Jon le Chninkel) ou le western (Western) avait la carrure pour créer une des plus grandes œuvres de toute l'histoire la BD, j'ai nommé Thorgal Aegirsson, dernier enfant du peuple des étoiles, envoyé de Thor, dieu de la foudre, fils d'Aegir, grand dieu des océans et maître de la mer, Thorgal Aegirsson, bien aimé et tout à la fois maudit des dieux de la terre et du ciel et vainqueur de la mort.

"Thorgal, les dieux ont mis un homme à l'épreuve".


Liste des albums (mise à jour au 5 décembre 2008)

Cycle de la Reine des Mers Gelées
Tome 1 : La Magicienne trahie (janvier 1977)
Tome 2 : L'Île des mers gelées (octobre 1980)

Album indépendant
Tome 3 : Les 3 Vieillards du pays d'Aran (octobre 1981)

Cycle de Brek Zarith
Tome 4 : La Galère noire (mai 1982)
Tome 5 : Au-delà des ombres (août 1983)
Tome 6 : La Chute de Brek Zarith (juin 1984)

Album indépendant (album clé)
Tome 7 : L'Enfant des étoiles (septembre 1984)

Album indépendant
Tome 8 : Alinoë (février 1985)

Cycle du pays Qâ
Tome 9 : Les Archers (septembre 1985)
Tome 10 : Le Pays Qâ (avril 1986)
Tome 11 : Les Yeux de Tanatloc (octobre 1986)
Tome 12 : La Cité du dieu perdu (octobre 1987)
Tome 13 : Entre terre et lumière (novembre 1988)

Album indépendant (album clé)
Tome 14 : Aaricia (mai 1989)

Album indépendant
Tome 15 : Le Maître des montagnes (octobre 1989)

Album indépendant
Tome 16 : Louve (novembre 1990)

Album indépendant
Tome 17 : La Gardienne des clés (juin 1991)

Cycle de Shaïgan sans Merci (officiellement appelé cycle de la Forteresse Invisible)
Tome 18 : L'Épée-soleil (avril 1992)
Tome 19 : La Forteresse invisible (novembre 1993)
Tome 20 : La Marque des bannis (septembre 1994)
Tome 21 : La Couronne d'Ogotaï (novembre 1995)
Tome 22 : Géants (novembre 1996)
Tome 23 : La Cage (novembre 1997)

Album indépendant
Tome 24 : Arachnéa (avril 1999)

Album indépendant
Tome 25 : Le Mal bleu (novembre 1999)

Album indépendant
Tome 26 : Le Royaume sous le sable (novembre 2001)

Cycle : Le barbare
Tome 27 : Le Barbare (novembre 2002)
Tome 28 : Kriss De Valnor (octobre 2004)
Tome 29 : Le Sacrifice (novembre 2006)

Tome 30 : Moi, Jolan (5 octobre 2007)
Tome 31 : Le bouclier de Thor (novembre 2008)

Islara [8.5/10]

Kei - 04/10/2007 à 09h31

A noter tout de même que si thorgal possède sa part de défaut, ce n'est pas le cas du Grand Pouvoir Du Chninkel. Mêmes auteurs, mais moins loing et tout aussi éclectique.


Pour un appercu du talent de rosinscky, je ne peux que recommander la vengeance du comte starbeck, qui est tout simplement extraordinaire, et donc le premier tome est scénarisé par -oh surprise- yves sente, le reprenneur de Thorgal.

Répondre

iscarioth - 04/10/2007 à 09h37

les deux tomes de Skarbek sont scénarisés par Yves Sente. Thorgal était une série excellente jusqu'au cycle de Qâ. Après quoi, le niveau a baissé d'un cran pour ensuite atteindre progressivement de très faibles performances, tant graphiques que scénaristiques (vers les albums 20, le barbare ou "les aventures fabuleuses de Thorgal et sa superbe famille")... A lire les premières pages du dernier Thorgal (le premier "jolan"), on poursuit sur les mêmes éceuils : scénarios expositionnels et polis, grandiloquence et grandeur d'âme bien pesants.

Répondre

Kei - 04/10/2007 à 09h42

Va falloir éditer la fiche de Starbeck alors, parce que yves sente n'est pas mentionné sur le second tome :p


Quand je lisais thorgal (il y a déjà 10 ans...) je trouvais ça tout à fait génial. J'avais lu un des derniers tomes qui m'avait un peu agacé par sa pauvreté. Résultat : lu en 10 minutes. Donc je n'ai pas insisté. Quitte à lire du Van Ham et du Rosinscky, je préfère aller piocher dans leurs choses moins connues, qui sont généralement plus que bon. 

Répondre

riffhifi - 04/10/2007 à 10h03

Euh... si, Sente est crédité sur les deux fiches. Tu bois quoi le matin Kei [img]/bd/../forum/images/smilies/gloups.gif"%20border="0[/img]

Répondre

Islara - 04/10/2007 à 10h15

J'en viens à me demander si je vais la lire la suite... Je me suis arrêtée au Barbare. Je crois que je vais attendre encore un peu.


Pour beaucoup de gens, c'était effectivement le pays Qâ qui était le meilleur cycle de Thorgal. Ayant un faible pour les voyages dans le temps, j'avais quand même beaucoup apprécié la série des Shaïgan, d'autant qu'il y en avait un peu marre du beau et parfait Thorgal. Mais c'est vrai qu'après ce cycle, jamais je n'ai retrouvé la magie des anciens tomes.

Répondre

Umbriel - 04/10/2007 à 10h51

Je viens de passer sur la critique du 29eme.. J'ai vu un 9/10, moi j'aurais mis à peine 5. Certes c'était joli, mais je trouve que ça s'essoufle et manque d'idée.


Il est temps que ça se termine.


Mes 3 préférés : Au delà des ombres, les archers, le maitre de montagne.

Répondre

Kei - 04/10/2007 à 16h10

Sur le deuxième volume, il est crédité comme coloriste. Donc je bois pas tant de lait que ça :p

Répondre

riffhifi - 04/10/2007 à 16h26

Mmmmhnon, il est crédité comme scénariste sur les deux tomes. Conclusion : tu bois le matin ET le midi

Répondre

iscarioth - 04/10/2007 à 16h36

Pareil qu'Umbriel pour les tomes préférés, en rajoutant la Galère
noire et son final apocalyptique (et ce fabuleux travelling avant, dans
les dernières planches, qui progresse à mesure que Thorgal bande son
arc).


Effectivement, les derniers albums sont scénaristiquement
très bâteaux. Coté graphismes, c'est pas si merveilleux que ca. Sur
Kriss de Valnor, Rosinski est bcp moins performant que sur Skarbek.


Et
si, Kei boit. Rosinski, Van Hamme et Skarbek, ca s'écrit... bah, comme
je viens de l'écrire. Je me permets de le reprendre parce qu'il ne se
gène pas avec moi ^^ (inside joke : l'emménagement) 

Répondre

Kei - 04/10/2007 à 17h12

Bon, j'ai ma réponse. Non, je ne bois pas. C'est juste que je ne sais pas écrire. Et pour la confusion, je sais d'où ça vient : les champs scénariste/coloriste/dessinateur n'apparaissent pas dans le même ordre sur les deux albums, d'où mon problème.


Un jour je lirais la page au lieu de rechercher l'information de manière logique :) 

Répondre

riffhifi - 04/10/2007 à 17h22

Argh, l'attaque perfide sur le défaut de la cuirasse : la technique.


Mais tu as raison, il faudrait que les champs apparaissent partout dans le même ordre (idéalement scénariste - dessinateur - coloriste)

Répondre

Anonyme - 14/10/2007 à 00h04

"Rosinski ne manque pas d'un certain talent" ...


cet homme est un génie.

Répondre

Laissez votre commentaire

Articles :