9/10L'Ultime défi de Sherlock Holmes

/ Critique - écrit par riffhifi, le 22/07/2010
Notre verdict : 9/10 - 221b Butcher Street (Ecrivez votre critique)

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Sherlock Holmes contre Jack l'éventreur : le duel a déjà été imaginé à de nombreuses reprises, mais rarement avec autant de force et de malice... Les dessins vieillots et le choix du visage de Jeremy Brett constituent une approche intéressante de l'adaptation dessinée du roman de Michael Dibdin.

Depuis la sortie au cinéma du Sherlock Holmes de Guy Ritchie, on voit fleurir bon nombre de bandes dessinées consacrées au détective, aussi bien chez les anglo-saxons que dans le territoire francophone. Après le diptyque de Soleil Sherlock Holmes et les vampires de Londres, et en attendant un nouvel album de Baker Street qui finira bien par voir le jour, c'est dans la collection Rivages/Casterman/Noir que l'on trouve l'adaptation graphique d'un roman de Michael Dibdin : The Last Sherlock Holmes Story... Initialement paru en 1978, le livre n'est publié en France qu'en 1995, sous l'impulsion de Claude Chabrol qui en signait alors la préface. Mort en 2007, l'auteur n'aura pas eu le temps de voir l'adaptation qu'en livrent aujourd'hui Olivier Cotte (au scénario) et Jules Stromboni (au dessin) ; les deux zigs ont œuvré ensemble en 2008 sur Le Futuriste, déjà paru
chez Casterman.

En raison de leur cohabitation temporelle et de la nature de leurs activités respectives, il paraît évident d'opposer le détective fictif Sherlock Holmes à l'assassin réel Jack l'éventreur. Pourtant, Sir Arthur Conan Doyle s'est toujours refusé à orchestrer cette rencontre, bien qu'il se soit consacré à une étude du meurtrier dans laquelle il avançait l'hypothèse qu'il puisse s'agir d'une femme. Heureusement, d'autres que lui se sont emparés du personnage pour le mettre aux trousses de Jack, à travers romans et nouvelles (la première tentative remonte à la fin du XIXème siècle, alors même que Conan Doyle écrivait encore les aventures officielles de son personnage), films (A Study in Terror, Meurtre par décret), bandes dessinées et jeux vidéo. Le roman de Michael Dibdin, holmésien raffiné (ou plutôt sherlockien, comme on dit dans les pays anglo-saxons), offre une version originale et percutante de ce duel, que Cotte et Stromboni s'approprient en usant de deux partis-pris : d'une part un aspect visuel résolument rétro, qui rappelle les comics américains de la fin du XIXème siècle, d'autre part une identification de Holmes avec son fameux interprète télévisé des années 80-90 : Jeremy Brett. Considéré par une bonne partie des amateurs comme
la meilleure incarnation du personnage, l'acteur s'est éteint en 1995 des suites d'une longue maladie, et se contentera donc de lire la BD en compagnie de Michael Dibdin.

Retraçant avec précision les découpages de prostituées perpétrés par le Ripper, sans faire l'impasse sur les anecdotes périphériques (les lettres à la police, les inscriptions sur un mur) ni sur la réalité sordide de l'époque (les victimes sont des quadragénaires bouffies, pas des Megan Fox siliconées), l'album parvient à représenter l'horreur sans tomber dans le voyeurisme, grâce au décalage que procure le style visuel vieillot. Dense et précis sans être à proprement parler réaliste, s'appuyant sur de véritables expressions de visages, le dessin permet de vivre l'histoire comme un épisode spécial dans lequel jouerait un Jeremy Brett ressuscité. La force de l'intrigue originale, et le doigté avec lequel elle est adaptée, font de cet Ultime défi de Sherlock Holmes une réussite hautement recommandable - et pas seulement aux intégristes de Sherlock ou de Jack.

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