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9.5/10Elisabeth Bathory

/ Critique - écrit par Maixent, le 30/01/2022
Notre verdict : 9.5/10 - La ballade des vampires (Ecrivez votre critique)

Tags : bathory comtesse elisabeth chateau histoire sang erzsebet

Mystique, folklore, sexe et vampirisme

La tristement connue Elisabeth Bathory est la plus célèbre meurtrière de l'histoire hongroise et slovaque. Née en 1560 et décédée en 1614, elle a été accusée de nombreux sévices et meurtres de jeunes femmes. Même s'il n'existerait pas de preuves formelles de ses méfaits, à l'instar de son homologue Dracula, la légende a pris le dessus sur l'histoire, notamment celle selon laquelle elle se baignait dans le sang de ses victimes pour garder une jeunesse éternelle. Un mythe qui persiste dans l'imagerie populaire, source de nombreuses inspirations à l'époque contemporaine. Sans doute l'imagination de Raulo Caceres a été alimentée par ce croquemitaine, ce qui a permis la naissance de cet album mettant en scène la comtesse sanglante des Carpates mais aussi toute l'imagerie liée au vampirisme dans une totale débauche de sexe et de violence.


Sans tête

 

Bien que publié récemment en France, la vision d'Elisabeth Bathory par Caceres fait partie de ses premières œuvres, et la série voit le jour à la fin des années 1990 soit avant Justine et Juliette, Les Saintes Eaux ou Légendes perverses. C'est pourquoi on pourra parfois y noter quelques légères maladresses anatomiques mais déjà on se rend compte de l'immense talent de l'auteur et d'une qualité graphique grouillante tant dans la composition des planches que dans le choix des cadrages ou la narration elle même, riche et foisonnante. En effet, chaque planche est d'une très grande complexité avec un travail de recherche très minutieux et s'il est difficile de trouver un centimètre carré sans sexualité explicite ou sans hémoglobine cela n'enlève rien à la qualité.

Découpé en vingt chapitres et un épilogue pour un total de près de deux cent pages, le récit est centré sur le personnage d'Elisabeth Bathory mais est inutile d'y chercher une réalité historique. Elle est ici un vampire qui consacre son existence à la luxure et à la violence. Ainsi, le récit s'ouvre sur une scène de cannibalisme dans un cimetière où la comtesse initie une jeune nubile. Les deux femmes sont rejointes par Akew, un vampire africain ou adze, une légende du Ghana ou du Togo voulant que des scarabées hématophages prennent forme humaine. S'en suivra une scène de sexe assez dérangeante où Akew et Bathory s'arrachent la peau et s'étreignent tels deux écorchés dans une débauche de sexe et de mort. Ce premier chapitre inaugure très bien de la suite et notamment du fait que différentes formes de vampires issus de diverses cultures vont se croiser pour un inventaire assez riche de ce mythe qui trouve des formes différentes à travers le monde. Un véritable travail ethnologique et mystique qui nous permet de découvrir des formes autres de lycanthropie comme le Vercolaci ou vampiriques comme la Langsuir de Malaisie.
Le bain

 

Dans le récit présent, le Vercolaci sera l'objet de la quête, passerelle entre la nuit et le jour, le vampirisme et la lycanthropie, il est objet d’inquiétude au sein de la communauté mystique que ce soit du côté des chasseurs, de sorciers ou des monstres. La comtesse partira donc à ses trousses dans un long périple à travers l'Europe, croisant des entités démoniaques telles que Bune, mi-centaure, mi-dragon, mais aussi des humains dévoyés dans ce monde sombre et violent. Dans ce périple, une multitude de personnages se croisent dans une véritable épopée empreinte de beaucoup de violence et de sexe mais aussi d'humour, de trahison et d'aventure. Tout l'art de Caceres est déjà présent avec une érudition et une richesse incomparable mais aussi un sens de la narration et du dialogue alternant langage soutenu et cru et jouant des codes comme cette scène rendant hommage au petit chaperon rouge.

 

 

Blasphématoire, mélangeant les styles et les époques, Caceres nous emmène dans un monde horrible et excitant. Sur l'ensemble de l'album il ne doit y avoir que quelques cases exempte de foutre ou de sang. A peu près tous les tabous sont mis en image que ce soit l'inceste ou la nécrophilie avec des trouvailles toujours plus audacieuse comme le personnage de Gorunta, la langsuir qui s'est entaillé les seins, transformés alors en vulve qu'elle tente de remplir de foutre démoniaque pour satisfaire son désir d'enfants. Et on ne parlera pas de viol de têtes coupées ou de sodomie à base de pieu et de maillet.


Gorunta

 

L'opéra wagnérien dans sa vision épique, lyrique, mis au service d'une sexualité BDSM faisant passer Sade pour un enfant de choeur. On pensera ainsi au chapitre quatorze où Estruch, qui a dominé le char de la mort et le Varcolaci rencontrent Xanina et Juana,sa mère, deux sortes de fée avant que le mari de cette dernière, un nuageur ne vienne tel un Thor déchaîné faire éclater une tempête laissant prise à sa colère face à ses deux femmes souillées. Avec autant d'emphase et de grandiloquence que la chevauchée des Walkyries le récit explose dans des combats titanesques et sublimes.

On l'aura compris, Elisabeth Bathory n'est pas pour tout le monde avec son dessin dérangeant et son absence de morale, allant toujours plus loin dans l'horrible. Il n'empêche que l'album est sublime, le récit riche et prenant et confère à son héroïne toute la force d'un folklore puissant, allant dans la légende jusqu'à l'extrême.