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9.5/10Légendes perverses

/ Critique - écrit par Maixent, le 02/12/2018
Notre verdict : 9.5/10 - N'est pervers que la perversité (Ecrivez votre critique)

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Le mythe dans tous ses états.

Avec son style si reconnaissable fait de noirs profonds, renvoyant à une sexualité visqueuse et violente et des planches aussi surchargées que le tryptique du Jardin des délices de Jérôme Bosch, Raulo Caceres plonge ici dans les mythes et légendes populaires. Dans un mélange de bestialité et de romantisme gothique fait de mysticisme et de fantasmagories, il présente au lecteur une sexualité extrême qui lui est propre, le menant dans des chemins sinueux tel Virgile guidant Dante en Enfer.

Si le style est parfois un peu changeant, au niveau du dessin, c'est parce que ce volume est une compilation de diverses publications dans plusieurs magazines et que le style de l'auteur a évolué avec le temps ou s'est adapté à la ligne éditoriale demandée. En tout, ce sont douze récits qui sont regroupés ici que l'on peut définir en quatre sous-ensembles : Le serpent blanc, récit mythologique en couleur, Sexotérique centré également sur des récits mythologiques ou des contes, parfois modernisés ; Légendes perverses, mixant cryptogéologie, exorcisme, porno-SF-nazi et légendes urbaines ; et enfin Laura, récits pornographiques plus classiques même si surprenants dans leur traitement. Le tout forme une cohérence mais il sera plus aisé de traiter chaque partie séparément, afin de mettre en relief la richesse de ces récits qui en seulement quelques pages, transposent le lecteur dans un univers fantastique empreint de baroque et de sexualités extrêmes.
La demi-poulette

 

Le premier récit - seul élément en couleur de l'album - reprend le mythe de La Méduse créature fascinante et ensorcelante. Ici, contrairement au reste de l'album, ce n'est pas Eros qui est mis en avant, mais Agapé, cette forme amoureuse plus proche du divin et de l'universel. Caceres nous parle de passion inconditionnelle, au-delà de la condition humaine. C'est un récit bouleversant d'un homme amoureux d'un monstre prêt à sacrifier son humanité et sa liberté. Et même si l'utilisation de la couleur est surprenante, dénotant un peu avec le reste et perdant en force gothique, il faut reconnaître que là aussi Caceres maîtrise son sujet à la perfection et sait toucher aussi le coeur des hommes. 

Le recueil Sexotérique regroupe trois histoires. La première est inspirée d'un conte anglais dans lequel un demi-poulet (mais ça aurait tout aussi bien pu être un poulet entier), cache une série d'adjuvants dans son cou sur la route pour aller voir le roi qui lui doit de l'argent. Ces derniers l'aideront alors à déjouer les ruses de ce roi pingre et il finira par monter sur le trône. La structure est quasiment la même, la demi-poulette, offrant son cul à la reine pour un demi-écu et se faisant fister copieusement, sans être payée. Elle décide alors de se rendre à la Cour pour récupérer son dû, rencontrant en chemin quelques amants à tendance zoomorphique qui restent cachés dans son cul et l'aideront à se venger. Graphiquement irréprochable, ce personnage impossible en négatif et à la chevelure de plumes est représentatif du travail de Caceres. A la fois belle, déterminée et différente, la demi-poulette traverse les horreurs du monde avec un sourire empreint de luxure.


Exorcisme

 

Suivent deux histoires inspirées respectivement des mythes de Narcisse et Sisyphe. Si la première n'apporte rien à la version courte que l'on avait déjà pu découvrir dans Little Ego soit une Narcisse modernisée finissant par se dédoubler et à coucher avec elle même, la relecture du mythe de Sisyphe est plus intéressante. Albert Camus nous disait qu'il fallait que l'on imagine Sisyphe heureux, et il l'est sans doute lorsque les Erinyes (Mégère, Tisiphone et Alecto) se jettent sur son corps nu au milieu de son supplice, lui offrant un plaisir tellement intense qu'il en oublie sa tâche, laissant retomber son rocher, vaincu par sa propre vanité et condamné à répéter inlassablement cette action absurde. Cette relecture permet une nouvelle vision du mythe, y incluant la luxure et la faiblesse de l'homme face à cette dernière car même l'homme le plus ingénieux de la Terre ne peut rivaliser avec la concupiscence de créatures rejetées des Dieux qui n'obéissent qu'à leurs pulsions.

Hommage à la nazisploitation des années 70, genre qui revient à la mode notamment avec le film Overlord, la première histoire du recueil Légendes perverses, Psychogénésis, est un hommage direct aux films de série Z. On y retrouve le thème du cobaye dans une ambiance poisseuse et fétide d'un Frankenstein râté. Dans cette prison sordide, tous les types de paraphilies sont traitées dans le but avoué de permettre à la race aryenne de soumettre la psyché humaine par le sexuel. Une parodie grotesque qui vire vers le gore lorsque les patientes nourris à la chair humaine deviennent cannibale. Tous les ingrédients donc d'un excellent nanard avec ce que cela comporte de ridicule mais toujours avec un sens du détail et un graphisme irréprochable.
La passion de la sirène

 

Car le talent de Caceres est aussi de mêler les genres, le Beau et l'Horreur. Il peut ainsi rendre désirable cette sirène aux pieds et aux mains griffues, loin de la vision idyllique d'Ariel dans le dessin animé. Bizarrement, aussi bien dans L'île des sirènes que dans d'autres récits mythologiques, Caceres est plus proche des récits originels que la plupart des adaptations, même s'il laisse libre court à son imagination et à une sexualité débridée. Mais ne dit on pas que sur ces îles situées près de la côte amalfitaine, les sirènes attiraient les marins pour les séduire ? La seule différence ici c'est que le récit ne s'arrête pas là et se transforme en passion tellement violente entre le marin et la sirène que plus rien n'est sale, ni le sang, ni les urines, ni la violence des serres qui déchirent le visage de l'homme. Ni même la Mort qui est vaincue par la puissance amoureuse. 


Mademoiselle baxajan

 

Ce sera tout pour la mythologie grecque dans ce volume. Même si un autre mythe est présent, celui du yeti ou plutôt du Baxajaun, présent dans le Pays Basque. Là le talent de Caceres pour les monstres sexy prend toute sa mesure. Le couple de Baxajans est tout simplement sublime, aussi bien dans leurs physiques poilus et leurs grands pieds que dans la déchirure de leur amour perdu. La femme ayant été abattue par un chevrier du coin. La jeune étudiante sur la trace du mythe se convertira alors à la cryptosexologie, se prêtant avec délices aux avances des trois mâles subsistants, prêtant son corps de bonne grâce jusq'à devenir mère porteuse de grand singe même sià la vue des litres de spermer deversés sur sa tête on se demande bien comment ils font les enfants. 

Pour ce qui est des deux derniers récits de cette partie, le premier reprend celui de la dame blanche guettant l'automobiliste égaré dans une passion mortelle rappelant la férocité de Crash tandis que l'autre est une relecture de L'exorciste et l'on se dit que finalement William Friedkin est resté très soft car ici, la jeune fille possédée va vraiment sucer des bites en enfer.
Prendre le taureau par les cornes

 

La dernière tranche du volume met en scène Laura dans des récits primesautiers et impudiques en compagnie de son cousin et de Carlos. Et si la remière partie est juste un très bon récit pornographique avec ce qu'il faut d'excitation, le second est plus surprenant. Lors d'un fête où le taureau est lâché dans la ville, ce dernier va violer Laura, ce qui se transformera en plan à trois avec Carlos dans un combat titanesque rappelant Thésée affrontant le Minotaure. Les fêtes de Bayonne version bacchanales si l'on veut.. 

Légendes perverses est ouvrage remarquable sur tous les points. Aussi bien la qualité du dessin, que celle des dialogues ou la composition des cases. Mais le plus surprenant reste ce regard de Caceres qui réussit à détourner les mythes et légendes en les respectant et à éviter les pièges du burlesque tout en étant de plein pied dans la série Z et l'impossible. Il avait déjà réussi ce tour de force avec Juliette et Justine, adapté de Sade mais là on est tout simplement bluffés.

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