Le Lombard : Tango T9, Les enfants de la Résistance T10
Tango – Tome 9 : Faux frères – note : 8/10
Neuf albums après le lancement de la série, Tango continue de s'imposer comme l'un des meilleurs thrillers d'aventure de la bande dessinée franco-belge. Avec Faux Frères, Matz et Philippe Xavier entraînent une nouvelle fois leur héros dans une mission où les frontières entre devoir, loyauté et manipulation deviennent toujours plus floues. Direction Porto Rico pour un récit nerveux qui conjugue espionnage, action et introspection.
Alors qu'il aspirait une nouvelle fois à une existence plus paisible, Tango est sollicité par Shannon pour une délicate opération d'infiltration. Une simple photographie suffit à le convaincre de reprendre du service. Dès lors, le lecteur est embarqué dans une intrigue parfaitement maîtrisée où chaque révélation redistribue les cartes. Fidèle à son écriture, Matz privilégie les personnages aux effets spectaculaires. Derrière les fusillades et les poursuites se cachent des enjeux profondément humains, nourris par les blessures du passé et des alliances constamment remises en question.
Le scénariste excelle une nouvelle fois dans l'art de construire un suspense progressif. Les rebondissements ne paraissent jamais artificiels et chaque scène fait avancer le récit avec une efficacité remarquable. L'univers de Tango conserve cette tonalité singulière, à mi-chemin entre le roman noir et le récit d'espionnage moderne, où les certitudes n'existent jamais très longtemps.
Au dessin, Philippe Xavier confirme tout son talent. Son trait réaliste donne une véritable présence aux personnages tandis que les décors de Porto Rico apportent une identité visuelle forte à l'album. Les séquences d'action bénéficient d'une mise en scène fluide et parfaitement lisible, sans jamais sacrifier les moments plus intimistes. Les couleurs de Jérôme Maffre renforcent l'atmosphère tropicale tout en accompagnant les changements de ton du récit.
Ce neuvième opus démontre que la série n'a rien perdu de sa capacité à se renouveler. Loin de reproduire une formule figée, Matz enrichit progressivement la psychologie de son héros, devenu plus vulnérable sans perdre son efficacité. Cette évolution contribue à maintenir intact l'intérêt d'une série qui privilégie les personnages autant que l'action.
Avec Faux Frères, Tango livre un nouvel épisode solide, rythmé et particulièrement immersif. Une aventure dense qui confirme la régularité impressionnante du tandem Matz-Xavier et qui séduira autant les fidèles de la série que les amateurs de thrillers modernes à l'ambiance internationale.
Les enfants de la Résistance – Tome 10 : La guerre n’est pas finie – note : 8/10
Après dix albums, Les Enfants de la Résistance demeure une référence incontournable de la bande dessinée historique jeunesse. Avec La guerre n'est pas finie, Vincent Dugomier et Benoît Ers abordent une période souvent moins mise en avant dans les récits consacrés à la Seconde Guerre mondiale : les semaines qui suivent le Débarquement de Normandie. L'espoir renaît, mais la Libération est encore loin d'être acquise, et c'est précisément cette attente, mêlée d'incertitudes et de dangers, qui constitue toute la force de ce nouvel opus.
François, Eusèbe et Lisa poursuivent leur engagement dans une France où les actions de résistance s'intensifient tandis que l'occupant devient toujours plus brutal. Les auteurs rappellent avec justesse que l'été 1944 ne fut pas une marche triomphale vers la liberté. Les représailles allemandes, les arrestations et les sacrifices continuent de marquer le quotidien, donnant au récit une tension permanente. Sans jamais céder au sensationnalisme, Dugomier fait ressentir toute la fragilité de ces jeunes héros confrontés à des choix toujours plus lourds de conséquences.
Comme depuis le début de la série, le scénario impressionne par son équilibre entre aventure et rigueur historique. Les événements majeurs s'intègrent naturellement au destin des personnages, permettant aux jeunes lecteurs de comprendre les mécanismes de la Résistance sans alourdir la narration. L'album rappelle également que la chute imminente du régime de Vichy ne signifie pas la fin immédiate des combats, un aspect historique parfois méconnu.
Le dessin de Benoît Ers demeure l'un des grands atouts de la série. Son trait clair, expressif et précis restitue aussi bien la campagne française que les scènes d'action ou les moments plus intimistes. Les visages traduisent efficacement les émotions, tandis que la mise en scène conserve une remarquable lisibilité, rendant l'ensemble accessible aux plus jeunes sans sacrifier la richesse du récit.
Si cette série possède une telle longévité, c'est aussi parce qu'elle refuse toute vision manichéenne. Les auteurs montrent des personnages confrontés à la peur, au doute et aux dilemmes moraux, offrant une représentation nuancée de cette période tragique. Cette approche pédagogique, portée par une narration captivante, explique pourquoi Les Enfants de la Résistance est devenue un support largement utilisé dans les établissements scolaires.
Avec ce dixième tome, Dugomier et Ers démontrent une nouvelle fois leur maîtrise du récit historique. Loin de relâcher la tension à l'approche de la Libération, ils rappellent que les dernières semaines de l'Occupation furent parmi les plus périlleuses. Un album poignant, intelligent et parfaitement documenté, qui confirme la qualité exceptionnelle d'une série devenue incontournable.

Les couvertures des 2 albums - © Le Lombard 2026.





