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8/10Akelarre

/ Critique - écrit par Maixent, le 31/12/2022
Notre verdict : 8/10 - Sabbat matter (Ecrivez votre critique)

Tags : sorcieres film akelarre saint basque aguero pablo

Gloire à Satan

Une chose est sûre avec Manolo Carot (qui signait auparavant simplement Man), aucun de ses albums ne laisse indifférent tant il prend le risque de tenter quelque chose de différent à chaque fois. Si sa renommée en Espagne n’est plus à faire, avec des publications érotiques ou non, en France il s’impose toujours un peu plus avec un style en perpétuelle évolution. Ici, on l’avait découvert grâce à Alice au Pays du Chaos, énième variation autour du personnage de Lewis Caroll dans un monde délirant et cauchemardesque proche de l’horror porn. Puis plus récemment avec La Chute de Dante et son approche maniériste très marquée. Avec Akelarre, on entre dans un moyen-âge fantasmé de sexe et de superstitions avec la présence accrue de démons, entités déjà présentes dans les autres œuvres. En effet, Akelarre est le terme basque pour désigner l’endroit où les sorcières célèbrent leurs réunions et rituels. On pensera également au terme plus connu de « sabbat » et aux nombreuses représentations de Goya qui, sans aucun doute, nourrissent le récit.


Voyeurisme

 

L'album est découpé en onze chapitres qui paraissent de premier abord indépendants mais se rejoignent pour créer un longue histoire cohérente de bout en bout. On découvrira ainsi une riche galerie de personnages qui prendront le temps de se développer ultérieurement. Tous ce récits convergent vers une identité malfaisante et fascinante, le Diable lui-même, véritable liant de ce récit décadent ainsi qu'un événement majeur, un concours de beauté.
Inceste

 

Le premier chapitre s’ouvre d’ailleurs sur la servante du tentateur cornu qui prélève « de la semence de voyageur recueillie au crépuscule sans qu’une seule goutte ait touché terre et servie alors que la vie l’anime encore » pour son maître. Un rituel extrêmement précis semblable à une incantation d’Evil Dead. Puis nous découvrirons un apprenti inquisiteur consciencieux dans son travail qui reniera sa foi pour une succube. Ou encore un frère et une sœur se révélant à eux-même les plaisirs de la chair sous l’œil impavide d’un cyclope mangeur de chair humaine. Mais aussi une Lady Oscar avant l’heure, un roi n’hésitant pas à forcer ses enfants à coucher ensemble avant de les passer au fil de l’épée pour invoquer le prince des ténèbres ou Maria, aubergiste conspuée pour son embonpoint. Un joyeux bordel organisé dont on ne perçoit pas toujours le lien à dessein, mais tout ce beau monde se retrouvera à la ville dans une magnifique scène d’orgie digne du Parfum de Süskind.


Orgie

 

On l’aura compris, le scénario est beaucoup plus riche et alambiqué qu’il n’y paraît au premier abord, nous entraînant dans un maelstrom démoniaque comme on avait pu le ressentir dans Alice au Pays du Chaos. Les destins se nouent et s’entrecroisent de même que les corps dans un ballet méphistophélique et gracieux. On ressent bien les effets de ce trip halluciné et inquiétant qu’évoque le sabbat des sorcières dans la narration même. Là où Raulo Caceres sur les même thèmes dans Les Saintes Eaux ou Elisabeth Bathory insistera plus sur l’aspect sombre et monstrueux dans un déluge de violence, ici, ces « histoires de sang et de sexe dans l’Espagne médiévale » sont plus proches de bacchanales comme décrites par Donna Tartt dans Le maître des illusions. Cette pulsion qui fait basculer dans la folie. Pour résumer, on est plus ici dans la moiteur des corps incontrolables qui exultent et du relachement de l'esprit que dans l’horreur pure. On peut même trouver certains traits d’humour.

De plus le dessin de Manolo Carot s’affine au fur et à mesure des albums. Akelarre est un savant mélange du trait maniériste de La chute de Dante et de celui plus moderne d’Alice au Pays du Chaos. Cela donne un mélange détonnant où l’on reconnaît toujours le style de l’auteur mais avec une qualité plus aboutie. Qui plus est, le choix des cadrages et le traitement des corps moites de plaisir frénétique contribue à cette atmosphère de sexe extravaguant et excitant qui parcours l’album.

Akelarre est un peu étrange au début comme lorsqu’on arrive au milieu de la nuit dans une soirée qui bat son plein. Au début on est un peu perdu et timide, ne comprenant pas très bien tout ce qui se passe, mais ensuite on entre de plein pied dans cette ronde hallucinée et on se laisse emporter par la folie ambiante avec plaisir.