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8/10La chute de Dante

/ Critique - écrit par Maixent, le 03/07/2022
Notre verdict : 8/10 - Descente en Enfer (Ecrivez votre critique)

Tags : dante carot livre manolo chute prix manga

Artiste maudit

La Divine Comédie reste sept siècles après sa publication un texte majeur qui continue d’inspirer artistes et auteurs. Poème épique et allégorique phare de l’Italie médiévale, il en existe pléthore d’interprétations diverses dans les Arts, en particulier en ce qui concerne la première partie du triptyque, l’Enfer. La bande dessinée n’en est pas exempte que ce soit dans les mangas avec Dante Shinkyoku, une adaptation fidèle du récit original, ou dans les comics comme Spawn. Évidemment la bande dessinée européenne ne déroge pas à la règle et de nombreuses œuvres sont à rapprocher de celle de Dante Alighieri. Ici, pas d’adaptation fidèle mais c’est l’âme de la Divine Comédie et de son auteur dont Manolo Carot tente de dévoiler l’essence dans un récit résolument moderne où l’artiste torturé a toute sa place, rappelant l’émotion puissante du Désespéré de Gustave Courbet.


Judith

 

Dante et Beatriz, sa femme, vivent dans une petite maison isolée à la campagne. Mais ce cadre idyllique ne suffit plus face à un amour qui s’étiole et l’ambition artistique de Dante, désespérant de ne pas atteindre le divin par sa peinture. Figure parfaite de l’artiste maudit, les joies terrestres n’ont plus de prise sur lui, entraînant des questionnements métaphysiques abscons où son existence n’est plus que vide. Dans son errance intérieure, il rencontre Judith, figure de la femme fatale sortie tout droit d’un tableau de Tamara de Lempicka.
Orgie démoniaque

 

Ce Virgile infernal va guider notre héros non pas vers la Lumière mais dans les tréfonds du stupre et de la décadence. Une fausse promesse de félicité qui, sous des dessous aguicheurs, cache une vision démoniaque et destructrice, comme une vision du monde de l’Art dans ce qu’il peut avoir de plus sordide, heureusement contré par l’Amour et l’Amitié.


Tentation

 

Plusieurs lectures sont possibles, le scénario offrant divers sous-textes, de la place de l’artiste dans le monde à celle de la pornographie. Mais l’album est surtout remarquable par son graphisme. Rendant hommage à l’art du vingtième siècle, de Giorgio de Chirico à Otto Dix, le maniérisme que l’on retrouve dans le trait est ici allié à une modernité de la forme, convoquant des images puissantes et marquantes. Que ce soit dans la scène orgiaque, véritable pandémonium angoissant et attirant ou lorsque Judith emmène un modèle plus que troublant à Dante, la chair devient instrument de vie et de mort, le dessin s’incarnant véritablement dans ces corps offerts, source de la plus grande félicité et de la pire souffrance. Symbolique et grouillante, l’œuvre impacte durablement le lecteur qui se noie dans les turpitudes de l’artiste comme dans un maelström, perdu dans sa recherche du Beau.

Œuvre choc, elle incarne avec brio la notion d’érotisme et de pornographie à celle de création, ramenant de facto ce qui est considéré comme une déviance dans le monde de l’Art et interrogeant sa place dans le monde. Avec La chute de Dante, la collection Porn’pop, toujours menée par Céline Tran, continue de creuser un genre dans toute sa diversité avec intelligence.