7.5/10Yoko Tsuno - Tomes 9, 12 et 19

/ Critique - écrit par riffhifi, le 07/06/2009
Notre verdict : 7.5/10 - Complote de poires (Ecrivez votre critique)

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Yoko au Japon, Yoko en Ecosse, Yoko en Allemagne... Suspense et aventure sont largement présents dans ces péripéties "terrestres" de l'héroïne Leloupienne.

L'intégrale Yoko Tsuno arrive bientôt à son terme. Son approche thématique et ses
introductions par l'auteur Roger Leloup lui-même en font une des plus intéressantes, et c'est avec un plaisir entier qu'on se plonge dans cette pénultième compilation regroupant trois intrigues "terrestres" de la jeune héroïne japonaise : La fille du vent situé au Japon, La proie et l'ombre en Ecosse, et L'or du Rhin en Allemagne.

Espionnage, action, suspense, surnaturel, Leloup n'est pas pingre, et justifie l'agrégation de ces trois récits par l'usage du titre Sombres complots. Un peu vague, mais deux d'entre eux abritent l'antipathique Ito Kazuky, et le climat des trois albums s'avère bien plus cohérent que ceux du précédent volume. En attendant le dernier morceau de cette collection intégrale, intitulé Menaces pour la Terre...

La fille du vent (1979)

Connaissant ses doubles origines chinoises et japonaises, on ne s'étonne pas de voir Yoko faire escale à Hong Kong pour finalement arriver à Tokyo : La fille du vent est un album qui confronte la jeune femme à ses racines, et l'oblige à faire le tri entre ses sentiments et sa raison. De retour à Tokyo sur la demande du savant Tchen Wou-Tcheng, elle apprend que son père se livre à de dangereuses expériences sur les typhons. Engagé dans un bras de fer avec le peu scrupuleux industriel Kazuky, le papa de Yoko ne réalise pas qu'il dérègle méchamment le climat, mettant en péril les récoltes côtières du Japon et de la Chine. Sa fille saura-t-elle le raisonner ?...


Le récit est prenant, misant à la fois sur le suspense de l'histoire et sur le retour de Yoko à ses origines : malgré l'urgence de sauver le monde, elle trouve le temps de vivre quelques moments avec son père, et surtout avec Aoki, l'homme vers qui elle se tournait quand son vrai père était trop occupée pour faire attention à elle ; ancien kamikaze, Aoki est un personnage intrigant, et loin du manichéisme que l'on pouvait craindre d'une bande dessinée franco-belge dans les années 70. Leloup a toujours fait preuve d'une subtilité et d'une sensibilité aussi affûtées que la rigueur de ses dessins. A ce sujet, on note dans cet album, de loin le meilleur des trois, la reconstitution du cuirassé Yamato, scrupuleusement reproduit comme le rappelle le dossier d'ouverture.

La proie et l'ombre (1982)

Retour en Europe : Yoko et son pote Pol (sidekick glouton et rouquin qui se contente généralement de faire tapisserie, à l'instar de son confrère Vic le beau gosse) se font des vacances écossaises pour se soulager du poids de leurs petits soucis (c'est ce qu'on appelle « écosser les petits poids »), et tombent en pleine conspiration familialo-surnaturelle via la rencontre d'une jeune femme folle dans sa tête et pleine de taches de rousseur. Chacun sait, grâce au visionnage répété de Fantômas contre Scotland Yard, que les châteaux écossais abritent tous des Yoko quête
Yoko quête
fantômes, mais n'y a-t-il pas une intrigue plus humaine à trouver dans les pierres de Loch Castle ?

L'ambiance est évidemment savoureuse pour qui apprécie les histoires de châteaux hantés, et Leloup privilégie les séquences nocturnes pour coller à son sujet, mais n'évite pas dans son final l'irruption d'une explication trop « série B » pour être vraiment satisfaisante. On se contentera d'admirer les décors, comme toujours parfaitement reconstitués (bien que le château soit fictif, comme l'explique l'auteur), et de sourire à l'idée que le lieu se prête parfaitement à un crossover avec Blake et Mortimer, le deuxième ayant probablement l'habitude de dégourdir ses jambes dans le coin, une flasque de whiskey dans la poche.

L'or du Rhin (1993)

Le Rhin est, pourrait-on dire, l'eau de Cologne. C'est justement dans la cathédrale de cette ville que commence l'album, avec la rencontre entre Yoko Tsuno et une curieuse femme asiatique qui vient de se faire agresser dans la crypte. Décidément, où qu'elle aille, Yoko se fait rattraper par le Japon : il ne lui faut pas longtemps pour découvrir la présence en ville du redoutable Ito Kazuky, emmitouflé Yoko médit
Yoko médit
dans un train privé appelé le Rheingold. Il y a du sombre complot dans l'air ; ça tombe bien, on est là pour ça...

Sévèrement capillotractée, l'intrigue ne manque pourtant ni de rythme ni de souffle, et le fait qu'elle soit localisée principalement à bord d'un train lui confère un côté hitchcockien plutôt attrayant. Dommage que la fin se révèle à la fois trop rapide et paradoxalement trop bavarde, comme si Leloup avait mal évalué l'espace dont il avait besoin pour conclure. On se console avec le portfolio qui clôt le volume, laissant à voir quelques dessins originaux de l'artiste, ainsi que ses traditionnelles indications de couleurs à l'usage de Vittorio Leonardo. Neuf pages reposantes avant de refermer cette tranche de bande dessinée au classicisme incontestable.

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