8.5/10Yoko Tsuno - Tomes 8, 10 et 13

/ Critique - écrit par riffhifi, le 18/10/2007
Notre verdict : 8.5/10 - Leloup n’est pas méchant mais il est grand (Ecrivez votre critique)

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Que vous soyez ou non un adepte de la littérature issue de Spirou magazine, vous pouvez difficilement passer à côté d'une bande dessinée culte comme Yoko Tsuno.

Encore une occasion ratée de caser un jeu de mots dans l'esprit Krinein. Car si Yoko Tsuno avait été une mauvaise série, on se serait fait un plaisir de titrer "Yoko l'est laid". Pas de chance, c'est un classique irréprochable, un des plus beaux fleurons d'un genre trop souvent boudé par le monde francophone (au cinéma comme en bd) : la science-fiction.
Tome 4 de l'intégrale
Tome 4 de l'intégrale
Depuis juin de l'an dernier, Dupuis a entrepris de rééditer l'intégrale des albums de Yoko Tsuno (24 de 1972 à 2005) en les regroupant par trois selon une logique thématique et non chronologique : ce mois-ci, le quatrième volume intitulé Vinéa en péril contient les tomes 8, 10 et 13. Etoffées de dossiers d'une vingtaine de pages, de dessins inédits, de commentaires et d'indications de Roger Leloup lui-même, ces éditions sont la preuve que les éditions intégrales ne sont pas seulement l'occasion de payer les albums moins chers (16 euros le volume, ça vaut le coup) et de gagner de la place sur les étagères, mais également d'appréhender l'œuvre avec un regard nouveau.
Les trois premiers volumes parus ont été titrés De la Terre à Vinéa, Aventures allemandes et A la poursuite du temps ; les quatre qui restent à paraître s'intituleront Sous le ciel de Chine, Robots d'ici et d'ailleurs, Sombres complots et Menaces pour la Terre.

Tome 8 - Les Titans (1978)

Dans l'espace, personne ne vous entend crier. Dans les marais non plus.
Dans l'espace, personne ne vous entend crier.
Dans les marais non plus.
L'origine de cet album, il faut la chercher quelques années plus tôt, à l'époque où Leloup dessine la série Jacky et Célestin pour Peyo (l'auteur des Schtroumpfs) ; contacté par un fanzine, il réalise une planche que l'on retrouvera presque telle quelle dans Les Titans, montrant deux jeunes filles enlisées dans un marais, aux prises avec une sauterelle géante équipée d'éléments métalliques. Arrivé au huitième tome des aventures de Yoko Tsuno, Leloup décide de développer cette idée en montrant l'invasion de Vinéa, la planète peuplée de gens tout bleus (l'influence de Peyo ?), par ces simili-sauterelles que l'on surnommera Titans.
Plus subtil que le blockbuster américain de base, l'album s'attache à montrer les tentatives de Yoko pour comprendre le peuple envahisseur, qui ne fait qu'obéir à un instinct bien légitime et ne pense pas un instant que les êtres qu'il rencontre puissent être traités avec intelligence. Elle se lie avec l'un des leurs, nommé Xunk (« le faible »), et déploie des trésors d'ingéniosité pour sauver ses amis des griffes des Titans tout en n'attisant pas les flammes du conflit. Cette approche raisonnée et humaniste de la science-fiction (par opposition au bourrinage sans foi ni loi d'un Independence day par exemple), n'est pas sans rappeler l'esprit de Star Trek, qui est d'ailleurs cité dans le dossier d'introduction par Leloup comme une source d'influence. Un premier album efficace pour entamer le volume.

Tome 10 - La lumière d'Ixo (1980)

La bd, le monde des bulles
La bd, le monde des bulles
En terme de récit, ce deuxième album est peut-être le moins excitant des trois, mais il recèle finalement l'intrigue la plus recherchée, et la plus directement en relation avec l'attitude et le sort de notre bonne vieille Terre, le thème de l'écologie étant de plus en plus d'actualité. Ici, les Vinéens ont pris l'habitude d'expédier sur une planète voisine leurs déchets toxiques ; une des expéditions chargées de cette tâche s'est égarée quelques centaines d'années plus tôt, et les membres en présence ont dû développer une colonie sur place. Khâny, accompagnée de Yoko et ses amis, font par hasard la rencontre des descendants de ces Vinéens, qui ont fondé leur propre société régie par le mysticisme et l'entretien de certaines peurs. Il sera difficile de faire changer les mentalités de ces gens vivant en autarcie...
Le point fort de cet album, outre son histoire complexe, est sans doute l'architecture ultra-léchée de la planète, représentée avec un souci du détail qui n'est pas sans rappeler le Edgar P. Jacobs de Blake et Mortimer. Ce soin et cette qualité sont par ailleurs notables dans tous les albums de Yoko Tsuno.

Tome 13 - Les archanges de Vinéa (1983)

Un archange bleu aux cheveux blonds, ça fait penser à Marvel
Un archange bleu aux cheveux
blonds, ça fait penser à Marvel
Le meilleur morceau de cette trilogie vinéenne, pour peu qu'on soit sensible aux ambiances marines et sous-marines. Amenée au fond de l'océan local par un "archange" (après les Titans, Leloup confirme son goût pour les références mythologiques), soit un mystérieux Vinéen qui peut respirer sous l'eau sans équipement, Yoko fait la rencontre de la reine cruelle d'un empire immergé...
Paysages sublimes, intrigue exaltante bien qu'usant de thèmes connus du récit d'aventure et de science-fiction, cet épisode permet de suivre Yoko sans la présence parfois encombrante de ses deux amis Pol et Vic.


Que vous soyez ou non un adepte de la littérature issue de Spirou magazine, vous pouvez difficilement passer à côté d'une bande dessinée culte comme Yoko Tsuno. A moins d'être totalement hostile au style de la ligne claire classique franco-belge ou à la science-fiction sous toutes ses formes, la série se doit d'orner vos étagères : 128 euros au total pour tous les volumes, c'est un budget qui se défend facilement (d'autant plus que le huitième ne paraîtra sans doute pas avant la fin de l'année prochaine).

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