LE LOMBARD : Edwin, Clochette au pays des merveilles, Golias T3, Duelliste T2

/ Critique - écrit par plienard, le 29/10/2014

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Golias, tome 3 – note 7/10

Serge Le Tendre et Jérôme Lereculey sont le scénariste et le dessinateur de cette drôle de bande dessinée. Mais pourquoi drôle, me direz-vous ?


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Serge Le Tendre est célèbre pour être celui par qui l’héroïc fantasy a acquis ses lettres de noblesses dans la bande dessinée avec La quête de l’oiseau du temps (avec Régis Loisel). Jérôme Lereculey, quant à lui, a acquis sa réputation avec la série Arthur chez Soleil (9 tomes, série terminée) et dernièrement la série Wollodrïn chez Delcourt est une petite pépite (5 albums, série en cours). On peut donc penser que le duo peut faire des étincelles.

On n’ira pas jusque là pour l’instant. Les deux albums précédents ne nous ayant pas amenés jusqu’à l’extase, on est en droit de lire ce troisième livre avec un minimum de retenue. Le pitch du début n’est d’ailleurs pas forcément emballant. Golias et ses amis – sa sœur Aéréna, le mage Sarhan et l’athlétique Konios – sont embarqués sur un petit bateau et doivent accoster sur une île gardée par une gigantesque statue de la déesse Hécate. La terreur règne sur cet endroit où des vierges sont données en sacrifice à une bête féroce après que la sorcière Athoos ait bu leur sang.

L’intrigue est assez conventionnelle mais rapidement vous vous trouvez plongé dans l’engrenage. Les personnages sont sympathiques, et les auteurs réussissent encore une fois à sortir des sentiers battus. On regrette bien que l’opposition entre les gentils et les méchants soit un peu rapide, ce qui fera dire à Golias : « finalement ça a été plus facile que je ne le pensais » (p40). On ne lui donne pas entièrement tord. Mais le charme agit quand même et on se prend au jeu de cette odyssée qui ne dit pas son nom.

 

Clochette au pays des merveilles – note 6/10

Le plus disneyen des auteurs de bande dessinée, je veux parler de Crisse, nous propose un mélange plutôt alléchant de classique de la littérature britannique avec Alice au pays des merveilles avec le personnage de clochette de Peter Pan. Pour cela, il s’associe à l’espagnol Roberto Pena qui tente une nouvelle expérience de bande dessinée après l’illustration.


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L’intrigue est, somme toute, assez légère. Clochette, à la poursuite de Peter Pan, va se retrouver écrasée entre les pages du livre de Lewis Caroll par un bibliothécaire excédé. La voilà propulsée dans un autre monde qu’elle ne connaît pas. Sa seule envie est donc d’en sortir, sachant qu’elle a perdu tous ses pouvoirs magiques.

Nous allons donc retrouver tous les personnages emblématiques du pays des merveilles, du chat mystérieux à la reine de cœur en passant par le lapin toujours en retard. N’oublions pas Alice qui va guider Clochette jusqu’à la sortie car sa présence met en danger l’ordre des mondes imaginaires. Mais où est réellement cette sortie ?

Une belle couverture épaisse avec une clochette très sexy en bas résille nous invite ardemment à ouvrir cet étrange album. On n’est pas déçu du style tant on sait à quoi s’attendre. On retrouve d’ailleurs les traits d’Atalante – une héroïne de Crisse – dans ceux d’Alice. Outre le style graphique clairement identifiable et un peu trop sucré à mon goût, on reste assez époustouflé par la qualité des dessins. Il y a aussi une certaine excitation (sans mauvaises pensées) à tenter de recouper les personnages avec leurs univers respectifs. Enfin, la fin assez ouverte de l’album peut laisser à penser qu’une suite est possible.

 

Duelliste, tome 2 – note 6/10

On continue de découvrir la verve et le talent d’Antoine Velayne en pleine enquête sur les raisons pour lesquelles un alchimiste s’est fait agresser par de mystérieux individus qui l’ont laissé pour mort. Lié au roi Soleil, l’alchimiste a sans doute découvert le secret de la pierre philosophale. Antoine et ses amis vont alors entamer une chasse au trésor qui va les emmener dans les sous-sols de Paris.


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Emmanuel Herzet, le scénariste, nous propose de suivre un autre genre de série de cape et d’épée avec une pointe de fantastique. S’il est fait mention de la pierre philosophale, elle est aussi mise en scène avec cet œuf qui semble s’emballer avant d’exploser.

Le dessin d’Alessio Coppola d’une grande finesse et au trait marqué réussit à donner un semblant de suspens au récit. Le lecteur reste dans l’inconnu, ne sachant pas dans quel sens les auteurs vont l’emmener : pur récit de cape et d’épée, dans le fantastique et l’ésotérique ?

C’est le petit piment dont il avait besoin pour qu’il soit complètement happé par l’album.

 

Edwin, le voyage aux origines – note 7/10

Edwin est un gentleman passionné par les origines de l’espèce humaine en plein XIXème siècle. Il échafaude même des thèses farfelues, allant jusqu’à croire et énoncer que l’homme serait originaire d’Afrique et descendrait du singe. Cela est tout bonnement inaudible pour l’auditoire qui l’écoute dans le salon anglais qu’il fréquente. En particulier pour Sir Butler un colonialiste qui part prochainement à bord de la Pibole pour Zanzibar.


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Manon Textoris et Julien Lambert ne sont pas des auteurs dont vous avez du entendre parler. Ce ne sera plus le cas avec ce premier album Edwin, le voyage aux origines, prix Raymond Leblanc 2013 dont la récompense est une publication en album aux éditions du Lombard. La fondation Raymond Leblanc a pour vocation de promouvoir et soutenir la création à de jeunes auteurs de bande dessinée. Si ce prix est gage d’une belle et bonne qualité, la lecture de l’album vous le confirme largement. Un brin historique, un brin poétique, cet album nous fait découvrir un personnage un peu lunaire et rêveur. On démarre sur des réalités – l’Angleterre du XIXème en pleine industrialisation, l’ambiance colonialiste – pour finir en pleine fiction. Le récit n’est pas sans rappeler Les voyages de Gulliver de Jonathan Swift avec Lemuel Gulliver qui va découvrir des mondes fantastiques et être victime de l’incroyance de ses contemporains. Il n’est pas anodin, non plus de voir dans Edwin une sorte de portrait de Darwin, raillé aussi par ses contemporains.

Énormément de satisfaction pour ce premier album qui parvient à nous étonner et nous émouvoir jusqu’à la fin en passant du monde réel au monde fantastique. On a hâte de découvrir une autre BD de ces deux auteurs.

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