Futuropolis : Au-delà des mers, Un certain Cervantès, The Four Roses

/ Critique - écrit par plienard, le 06/07/2015

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La poésie de Kokor, l’esprit chevaleresque de Christian Lax et le rock à Billy de Baru et Jano, c’est le programme éclectique et de qualité que je vous propose de découvrir chez Futuropolis.

Au-delà des mers – note : 8/10

Si je vous dis que Kokor rime avec poésie, vous allez penser qu’il faut que je révise mes cours de français en profondeur. Je vous répondrais de lire Supplément d’âme et Au-delà des mers et vous comprendrez sans difficulté où j’ai voulu en venir.


© Futuropolis 2015.

Alors que l’humanité célèbre sa nouvelle doyenne après la disparition du béninois Papadouh Yéyé à l’aube de son 149ème anniversaire, au Havre, quelques personnes s’apprêtent à fêter l’anniversaire du plus vieil habitant de cette planète : Matelot, un poisson, veuf de sa compagne depuis le jour où ils ont marché pour la première fois sur Terre, il y a plusieurs millions d’années.

Alain Kokor est auteur de bande dessinée, certes, mais c’est aussi un poète. Car, pour faire, d’une histoire d’amitié entre un poisson vieux de milliers d’année et une jeune fille en pleine crise d’adolescence, un récit captivant, il faut un certain talent. Et Kokor le possède.

De la douceur, une certaine joie de vivre, de la bonté, un poil de tristesse et de mélancolie, ses albums ne sont pas seulement jolis parce qu’ils sont bien dessinés, il en ressort des valeurs humanistes et d’amour par vagues entières. Et les quelques grincheux qui s’y trouvent se font balayer par ce bonheur.

Lire Kokor, ce devrait être remboursé par la sécurité sociale tellement ça fait du bien.

 

Un certain Cervantès – note : 7.5/10

Un album de Christian Lax, c’est toujours un petit événement. Le pain d’Alouette (2 tomes en 2009 et 2011), l’écureuil du Vel d’Hiv (2012) et Echappées belles (2013) sont parmi ses dernières créations aux éditions Futuropolis. Il revient ici avec le même éditeur, mais délaisse la petite reine pour une sorte de road-movie emballant.


© Futuropolis 2015.

Il signe l’aventure d’un super-héros de l’injustice sociale. Rien à voir avec un Superman ou un Batman ou n’importe quel autre héros classique du comics. Il s’appelle Mike Cervantès, du même nom que le fameux auteur espagnol qui créa Don quichotte. Mais la comparaison n’est pas anodine et ne s’arrête pas là. Car si Mike découvre son célèbre homonyme un peu par hasard, il va y voir dans leur parcours personnels respectifs un parallèle qui va l’emmener sur le chemin de la chevalerie sociale.

Christian Lax signe un road-movie plein d’imagination et d’une grande force. Un Don Quichotte du XXIème siècle, à la fois romanesque et pathétique, un homme manchot se prenant pour l’homme de la Mancha. C’est le combat du petit contre le grand, du chevalier contre des moulins à vent.

Christian Lax nous raconte à merveille le cheminement de Mike, à la limite de la folie. Si son combat est sain et vise à lutter contre les ravages de la société, son mode de fonctionnement reste tout de même violent. Et en plaçant son héros dans l’Amérique actuelle, C. Lax donne de la crédibilité au comportement de son personnage.

Le dessin est sublime. Et si l’album nous invite à découvrir ou à redécouvrir Don Quichotte, il est aussi une ode à la culture littéraire et à cet art précieux qu’est la littérature. Et il est malheureux de noter qu’à notre époque il est encore nécessaire de le préciser.

 

The Four roses – note : 6.5 /10

Fan de rockabilly, cet album est pour vous. Sortez un vieux teppaz – au pire un tourne-disque – et en avant la lecture au son du rock’n roll.

Après la mort de sa grand-tante Marie, Jérémie alias King automatic, décide d’accepter la proposition d’une tournée en Louisiane. Pourquoi accepte-t-il ? Le chagrin ? Pas du tout. En vidant le grenier de sa tante, lui et son frère sont tombés sur un 45 tour et une carte postale de Johnny Jano adressée à une Rose, leur grand-mère, censée être disparue. C’est l’occasion rêvée de percer à jour un secret de famille !


© Futuropolis 2015.

L’album commence par une mise au point. Ce n’est pas une biographie. Johnny Jano n’a aucun lien avec le dessinateur de cet album. Ce n’est pas, non  plus, la vie de King automatic qui nous est racontée là. C’est une fiction, signée Baru, le président 2011 du FIBD.

Si ce tome n’est pas une biographie, c’est surtout un hommage à tous les rockab et leur musique. Au travers de cette enquête familiale, on plonge dans un univers de fête et d’amitié. En dessinant leurs personnages avec des têtes d’animaux, les auteurs empêchent encore plus l’envie de rapprochement avec des personnages réels. Par contre, on sent une réelle déclaration d’amour pour un style de musique.

Si Christophe Blain avait réussi un fantastique livre-CD avec La Fille, Baru et Jano réussissent un superbe album-vinyle. Car avec l’album, vous aurez la joie de trouver un vinyle à l’intérieur, à vous passer en bande-son. Vous n’avez pas de tourne-disque ? Qu’importe ! Il y a internet et pour connaître l’adresse de la bande-son, il n’y a plus qu’à vous procurer l’album.

 

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