M.A.D. - Tome 3 - Lana
Une soeur fantôme cachée dans le placard
M.A.D - Tome 3 - Lana figure parmi nos BD les mieux notées.
Le monde de M.A.D. n’est toujours pas un endroit où l’on partirait volontiers en vacances. Dans ce troisième tome, Daïa croit enfin tenir une piste sur sa sœur disparue. Mauvaise nouvelle : dans cet univers post-apocalyptique ravagé par la guerre contre les mechams, une bonne nouvelle est forcément suivie d’une catastrophe. Nicolas Jarry et Thomas Legrain plongent encore davantage leur héroïne dans les secrets du M.A.D., avec un album plus intime, plus tendu et surtout beaucoup plus révélateur.
Depuis la guerre contre les mechams, l’humanité survit tant bien que mal sur quelques îlots perdus au milieu d’un océan de rouille. Un décor charmant, donc. Daïa, elle, a une obsession : retrouver sa petite sœur disparue.
Dans Lana, cette obsession devient enfin le moteur principal du récit. Et forcément, retrouver quelqu’un dans M.A.D., c’est rarement aussi simple que de taper son nom dans un annuaire. Si les deux premiers albums avaient surtout permis d’installer l’univers, ses enjeux politiques et ses fameux mechams, ce troisième tome permet de recentrer l’histoire sur Daïa.

© Le Lombard 2026.
Daïa découvre une piste qui pourrait enfin la conduire jusqu’à sa sœur. Cette recherche personnelle va cependant l’entraîner au cœur des secrets les plus sombres du M.A.D. Le récit fonctionne alors sur deux niveaux : d’un côté, une quête intime et émotionnelle ; de l’autre, une intrigue beaucoup plus vaste qui concerne l’avenir de cette société en ruines. Le procédé reste classique et efficace : on ne cherche pas seulement à savoir où est Lana, on en arrive à se demander pourquoi elle a disparu.
La quête de Daïa permet de mieux comprendre ce qui la motive, mais aussi les blessures qu’elle traîne depuis la disparition de sa sœur. Le troisième tome est ainsi plus personnel que les précédents et donne à l’héroïne une véritable profondeur. Elle doute, elle souffre, et avance malgré tout. Bref, elle devient enfin plus qu'un simple rouage dans la grande mécanique dystopique de M.A.D.
Évidemment, Nicolas Jarry n'a pas décidé de tout nous expliquer. Ce serait beaucoup trop simple. Le scénariste continue de jouer avec une intrigue complexe où se mêlent destinée personnelle et enjeux politiques, tout en évitant l'indigestion. Les révélations arrivent progressivement et permettent surtout de recontextualiser certains événements précédents. Le lecteur comprend que la disparition de Lana n’est probablement pas un simple drame familial et que les secrets entourant le M.A.D. sont beaucoup plus importants qu’il n’y paraît. On est donc davantage dans la révélation progressive que dans l’exposition massive.

© Le Lombard 2026.
Visuellement, Thomas Legrain reste l’un des gros atouts de la série. Son univers post-apocalyptique est particulièrement convaincant. Les décors métalliques, les machines, les ruines et les environnements hostiles donnent une véritable identité à M.A.D.. Les scènes d’action profitent d’un découpage dynamique et d’un trait qui donne une vraie sensation de mouvement. Mais Legrain sait également ralentir lorsqu’il s’agit de faire monter la tension ou de travailler les expressions des personnages.
Le principal mérite de ce tome 3 est finalement de faire évoluer la série. Après deux albums consacrés en grande partie à la découverte du monde et de ses mécanismes, Lana apporte une dimension plus émotionnelle et se contente pas de répondre aux questions. Il en pose de nouvelles.
La conclusion joue d'ailleurs ouvertement la carte du cliffhanger et laisse le lecteur avec une furieuse envie de connaître la suite.
Avec Lana, M.A.D. franchit un nouveau cap. Le récit devient plus intime sans abandonner ses ambitions de science-fiction et de thriller. Daïa s’impose davantage, la disparition de sa sœur prend une importance nouvelle et les mystères entourant le M.A.D. commencent à sérieusement se dévoiler.
Tout n’est pas encore limpide — et c’est volontaire. La complexité de l'intrigue peut parfois demander un petit effort au lecteur, mais elle s’accompagne ici de révélations suffisamment solides pour donner envie de poursuivre l’aventure.
On referme l’album avec une seule envie : connaître la suite. Ce qui, pour une série en cours, est plutôt bon signe.





