Glénat : La Tour T3, Pendragon T3
La Tour – Tome 3 – note : 7,5/10
Avec ce troisième volume, les scénaristes Jan Kounen et Omar Ladgham concluent leur ambitieuse trilogie de science-fiction dystopique mise en images par Salvo. Depuis son lancement, La Tour s'est distinguée par son univers original, son approche sociale de la science-fiction et son impressionnante direction artistique. Ce dernier opus apporte les réponses attendues tout en offrant un final spectaculaire, à la hauteur des enjeux développés depuis le premier tome.

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L'histoire se déroule en 2072, dans un futur où une bactérie a quasiment anéanti l'humanité. Pour survivre à la contamination qui règne à l'extérieur, les derniers humains vivent regroupés dans une gigantesque structure verticale appelée la Tour. Cette mégalopole fermée est devenue le dernier refuge de la civilisation. Mais derrière cette apparente protection se cachent des fractures profondes entre les différentes castes qui composent la société.
Dans le premier tome, les auteurs installaient avec efficacité les fondations de cet univers oppressant. Le lecteur découvrait une société gouvernée par la peur, où les privilèges sont inégalement répartis et où les tensions entre les dirigeants et les habitants des niveaux inférieurs ne cessent de croître. L'intrigue introduisait notamment Aatami, jeune membre de la génération des « Intras », dont la destinée allait rapidement devenir centrale.
Le deuxième tome faisait monter la pression. Les divisions internes s'accentuaient tandis que les certitudes sur lesquelles reposait l'organisation de la Tour commençaient à vaciller. Les manipulations politiques, les révélations sur l'origine du système et la disparition d'Aatami renforçaient encore la tension dramatique. Les auteurs développaient alors davantage les thèmes de la transmission, de la révolte et de l'espoir dans un monde condamné à survivre en vase clos.
Ce troisième volume reprend alors que la situation semble proche du point de rupture. Les affrontements idéologiques entre les Anciens et les Intras atteignent leur paroxysme. Ingrid, profondément affectée par la disparition d'Aatami, se retire progressivement de la gestion des crises tandis que Caem prépare une contre-révolution susceptible de faire basculer définitivement l'équilibre des pouvoirs. Mais l'événement majeur survient avec le retour inattendu d'Aatami, désormais protégé par une intelligence artificielle énigmatique au cœur d'une mystérieuse forêt consciente. Immunisé contre la bactérie, il représente soudainement la possibilité d'un avenir que l'humanité croyait perdu.
Cette idée constitue d'ailleurs l'une des plus belles réussites de l'album. Là où de nombreuses dystopies contemporaines s'enferment dans un pessimisme permanent, La Tour choisit d'ouvrir une perspective plus lumineuse. Sans renoncer à la noirceur de son univers, le récit interroge la capacité de l'humanité à se réinventer après l'effondrement.
Depuis ses débuts, la série a toujours accordé autant d'importance à ses personnages qu'à son univers. Ce troisième tome poursuit cette approche en mettant au premier plan les choix individuels face aux bouleversements collectifs. Les conflits ne sont jamais uniquement physiques : ils sont également idéologiques, générationnels et moraux.
Graphiquement, Salvo continue de faire de la Tour un personnage à part entière. Les architectures monumentales, les espaces vertigineux et les niveaux superposés composent un décor fascinant qui évoque parfois les grandes références de la science-fiction européenne.
Les planches alternent efficacement entre scènes intimistes et séquences de grande ampleur. Les décors conservent un niveau de détail remarquable tandis que la mise en scène demeure claire malgré la densité de certains passages. Cette maîtrise visuelle contribue largement à l'immersion et renforce la crédibilité de cet univers post-apocalyptique. Plusieurs séquences liées à la forêt consciente apportent en outre une dimension presque organique qui contraste habilement avec la froideur métallique de la Tour.
Comme souvent avec les récits de science-fiction ambitieux, certaines pistes auraient probablement mérité davantage de développement. Quelques révélations interviennent rapidement et certains personnages secondaires disparaissent un peu derrière les enjeux globaux. Néanmoins, les auteurs parviennent à refermer l'essentiel de leurs intrigues tout en conservant une cohérence d'ensemble appréciable.
Le principal mérite de ce troisième tome est de rester fidèle aux thématiques qui ont fait la force de la série depuis le début. Loin de privilégier uniquement le spectaculaire, il conserve une véritable réflexion sur la survie, la mémoire collective et la reconstruction.
La Tour – Tome 3 constitue une conclusion solide et convaincante à une trilogie de science-fiction qui aura su développer une identité propre au sein de la production franco-belge récente. Porté par un univers riche, une réflexion sociale pertinente et un dessin particulièrement immersif, cet ultime chapitre apporte une fin cohérente à l'aventure d'Aatami et des habitants de la Tour. Sans être exempt de quelques raccourcis narratifs, l'album réussit à conjuguer émotion, spectacle et réflexion, offrant ainsi une conclusion à la hauteur des ambitions affichées depuis le premier volume.
Pendragon – Tome 3 : Le roi-Griffe – note : 8/10
Avec Le Roi-Griffe, troisième volet de la série Pendragon, le scénariste Jérôme Le Gris poursuit sa relecture du mythe arthurien en s'éloignant toujours davantage de la légende traditionnelle pour l'ancrer dans une fresque historique, politique et guerrière. Après l'accession d'Arthur au rang de Haut-Roi d'Alba, ce nouvel album s'intéresse moins à la conquête du pouvoir qu'à son exercice, un terrain souvent plus complexe et plus passionnant.

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Le récit s'ouvre sur le couronnement d'Arthur, désormais détenteur de Calibùr et symbole de l'unité des royaumes. Mais derrière cette victoire se cachent déjà les premières fissures : rivalités entre souverains, tensions amoureuses, ambitions contrariées et menace grandissante des Pictes rassemblés sous la bannière du mystérieux Roi-Griffe. L'album développe ainsi une idée forte : devenir roi est une épreuve, mais le rester en est une autre.
L'une des grandes réussites de ce troisième tome réside dans la maturité de son écriture. Le Gris délaisse quelque peu la dimension initiatique des débuts pour privilégier les enjeux politiques. Arthur apparaît moins comme un héros providentiel que comme un dirigeant confronté à des choix impossibles. Cette approche donne davantage d'épaisseur au personnage et éloigne la série des adaptations arthuriennes plus conventionnelles.
Graphiquement, le travail de Paolo Martinello impressionne toujours autant. Les paysages sauvages d'Alba, les montagnes battues par les vents et les scènes de batailles bénéficient d'une mise en scène spectaculaire. Les planches affichent une ampleur cinématographique renforcée par le découpage dynamique conçu avec Benoît Dellac. Les couleurs de Martina Pignedoli participent également à cette immersion en opposant les ambiances froides et minérales des terres du nord aux éclats plus chaleureux des scènes de cour.
On pourra toutefois regretter que certains personnages secondaires demeurent encore en retrait malgré leur potentiel dramatique. L'album, relativement court, privilégie l'efficacité du récit au détriment de certains développements qui auraient mérité davantage d'espace.
Avec Le Roi-Griffe, Pendragon confirme néanmoins son statut de l'une des relectures les plus ambitieuses du cycle arthurien en bande dessinée actuelle. Plus politique, plus sombre et plus épique que ses prédécesseurs, ce troisième tome marque un véritable tournant dans la série et laisse entrevoir un conflit majeur pour la suite.

Les couvertures des 2 albums - © Glénat 2026.





