6.5/10Spider-man - 1990 - Tourments

/ Critique - écrit par riffhifi, le 02/05/2007
Notre verdict : 6.5/10 - Tout dans la patte, rien dans les mandibules (Ecrivez votre critique)

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Tout dans la patte, rien dans les mandibules : Todd McFarlane soigne le trait de crayon mais pas le trait d'esprit.

A l'heure où Venom gagne le grand écran dans Spider-Man 3, il est bon de se souvenir que celui-ci n'a pas été créé dans les années 60 par Stan 'The Man' Lee, mais à la fin des années 80 par le scénariste David Michelinie et le dessinateur Todd MacFarlane. Ce dernier, fort de sa popularité auprès des lecteurs, s'est vu proposer de lancer son propre titre en 1990. Venant d'ajouter à The Amazing Spider-Man, The Spectacular Spider-Man et Web of Spider-Man, celui-ci s'intitulerait tout simplement... Spider-Man ! Les 5 premiers numéros forment l'histoire de Tourments, chroniquée ici.

L'histoire tient sur un ticket de métro : le Lézard cherche à casser la gueule de Spider-Man, mais il s'avère qu'il est en fait contrôlé par un autre méchant qui (surprise) souhaite également casser la gueule de Spider-Man. Sans rire, sur 110 pages, ça ne raconte rien d'autre.

A ce stade de sa carrière, Todd Mc Farlane est tout-puissant. En deux ans, il est devenu le dessinateur de comics le plus courtisé de la profession, essentiellement grâce à son travail sur The Amazing Spider-Man. En effet, brisant la représentation classique dans laquelle le Tisseur était enfermé depuis vingt ans, McFarlane eut la brillante idée de lui conférer le côté arachnéen qui lui avait toujours manqué : le voilà donc glué de toiles d'araignées dans les ruelles les plus sombres de New York, contorsionnant ses membres de façon improbable lors de ses déplacements aériens, et plongé dans un monde exceptionnellement violent. Le dessinateur est en effet connu pour son goût des créatures démoniaques et des bastons titanesques, qu'il étale à volonté sur plusieurs cases, voire plusieurs pages. Il popularise également la vision d'un Spider-Man meurtri, arborant un masque déchiré et un visage sanguinolent, image qui sera reprise dans les trois films de Sam Raimi (voir image ci-contre).
Ici, McFarlane a donc toute latitude pour donner libre cours à son génie graphique. Il ne s'en prive pas, et déverse sans vergogne les visions les plus infernales des bas-fonds de New York, des déambulations meurtrières du Lézard, des souffrances physiques de l'Araignée et des invocations mystiques de dieux vaudous. Visuellement, c'est impressionnant.

Du point de vue narratif, néanmoins, c'est pauvre. Voire faible. De la vie de Peter Parker / Spider-Man, que nous montre-t-on ? Mary-Jane qui sort en boîte lorsque son mari n'est pas à la maison. Point barre. Pas de J. Jonah Jameson, ni d'allusion quelconque à la vie de photographe de Peter. Pas de tante May, pas de Flash Thompson. Que dalle. Juste un affrontement sanglant et interminable entre le héros et ses adversaires du jour, une baston ininterrompue de la deuxième à la cinquième partie. Autant dire que Todd McFarlane scénariste ne se casse pas la tête pour intéresser le spectateur à une quelconque problématique : son seul souci est de lécher les images les plus sophistiquées possible, de montrer ses personnages sous toutes les coutures et de leur en mettre plein la tronche (en même temps qu'au lecteur). La quatrième partie, dont il assure lui-même la mise en couleurs, montre que même cet aspect de la création devrait lui être refusé. McFarlane est un dessinateur et (il le prouvera par la suite avec sa ligne de figurines) un homme d'affaires, mais clairement rien d'autre. Spawn et sa minable adaptation cinéma finiront de confirmer ce postulat, et de remettre à sa place un jeune artiste trop vite parvenu au firmament.

Bilan : si le visuel d'une bande dessinée se suffit à lui-même, Tourments est un chef-d'oeuvre. Si l'on a le malheur d'y chercher un peu de fond, mieux vaut se tourner vers les Amazing Spider-Man de la même époque...

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