Sylvain Runberg s'annonce comme le scénariste "espoir" du moment. On l'a tout d'abord découvert avec sa série de genre quotidien Les colocataires. Avec Orbital, Runberg nous prouve ses capacités à passer d'un univers à l'autre ; du quotidien à la SF. On annonce aussi Runberg comme le repreneur de deux grandes séries : Kookabura chez Soleil et Mic Mac Adam chez Dargaud. Si Les colocataires a présenté Runberg aux bédéphiles, Orbital l'aura véritablement révélé. La série s'annonce en effet comme le nouveau petit bijou SF.
La terre n'est pas le nombril de l'univers
Le contexte géopolitique est fort. La terre est entrée dans une confédération interplanétaire. Un grand bond technologique a été réalisé au contact des extraterrestres. De nouveaux problèmes et une nouvelle ère historique ont aussi émergé. C'est dans l'invention de ce contexte que Runberg fait fort. Le scénariste se base sur des ressorts communs du passé et qui feront certainement aussi partie de notre avenir : la course à la puissance, la haine, la peur de l'autre, les conflits d'intérêt, la guerre. Exit les clichés sur une population extraterrestre menaçante et toute concentrée sur notre petite planète bleue. Dans Orbital, la terre n'est qu'un monde parmi beaucoup d'autres et les êtres humains ne sont ni les plus puissants, ni les plus exemplaires créatures de l'univers. Les quelques congénères que Caleb, notre héros, rencontre, sont des brutes épaisses, des hommes vicieux, gras et stupides.
Géopolitiquement et ethnologiquement fort

Le background ethnologique est aussi très important. Les différentes races se distinguent entre elles par leur physique mais aussi par leur essence, leur mode de vie. On nous explique que les "sandjarrs" sont des êtres difficiles à identifier sexuellement, ayant tous la même apparence féminine. La densité scénaristique est si forte, l'univers présenté est si riche, que l'on peine à croire que l'histoire pourra être bouclée dès le deuxième tome sans aucune frustration. A la lecture de Cicatrices, on a plus l'impression d'assister au lancement d'une longue et fourmillante série plutôt que de parcourir simplement la moitié d'un récit. En fait, Orbital s'annonce être une série de diptyques et pas un simple diptyque. Orbital, si tout se passe bien, comportera plusieurs tomes et une nouvelle aventure débutera tous les deux albums. C'est un parti scénaristique déjà investi par des séries comme Luka ou Imago Mundi.
Un univers qui déborde de son cadre

Le seul véritable reproche que l'on peut pressentir découle du fait que l'histoire contée ne le sera qu'en deux albums, malgré une trame générale. Les personnages et situations nous sont parfois présentés très artificiellement. Les dialogues expositionnels sont plutôt nombreux et les personnages se révèlent assez facilement. Les premières pages sont clairement introductives, avec une discussion très artificielle qui plante le décor. De manière aussi peu naturelle, certains personnages secondaires se dévoilent entièrement en quelques vignettes. C'est le cas de Nina Liebert, mise à nue en seulement huit vignettes (page 30). Peut être Runberg aurait-il dû articuler ses idées à foison sur un nombre autrement plus important de pages. Les mondes développés par le scénariste sont un peu à l'étroit dans le cadre des très académiques quarante-huit pages de la collection Repérages.
Serge Pellé, un dessinateur à suivre
Gardons le meilleur pour la fin. Si le scénario de Runberg étonne par sa richesse, le dessin de Pellé se hisse au même niveau d'excellence. Serge Pellé signe ici son premier album mais n'a vraiment rien d'un débutant. Ses vignettes sont foisonnantes de détails et de touches de couleur. La physionomie des extraterrestres est assez classique (de type humanoïde). En revanche, les paysages matériels, les vaisseaux et autres endroits imaginaires impressionnent par leur esthétique et leur importance en détails. Le ton de chaque planche est brun, les costumes un peu rétros. L'ambiance globale, les couleurs, nous renvoient un peu aux albums de Bilal, notamment la trilogie Nikopol, avec cette impression de « rétro-futur ».
Cicatrices est un album tellement riche qu'il en devient frustrant, de par certains de ses thèmes et personnages qui ne sont qu'effleurés et dont on aimerait en connaître davantage. Avant de rehausser encore la note, on attendra la parution des prochains tomes et le dénouement que nous réserve déjà Runberg pour le second. Une très bonne surprise que ce premier opus, en tous cas.
iscarioth []

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