8/10La Ligue des Gentlemen Extraordinaires - 1999-2003 - Volumes I et II

/ Critique - écrit par riffhifi, le 11/12/2009
Notre verdict : 8/10 - Volume I : Brassage culturel (Ecrivez votre critique)

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Panini réédite les deux premiers volumes du classique d'Alan Moore : un bon moyen de rappeler que le cinéma hollywoodien n'a pas inventé l'équipe formée de Nemo, Allan Quatermain et les autres.

En 2003, un public effaré découvrait le tonitruant nanar La Ligue des Gentlemen extraordinaires, interprété par un Sean Connery tellement dépité par l'expérience qu'il en abandonna définitivement les plateaux de cinéma. Quelques curieux ont su se procurer à l'époque la bande dessinée d'origine, scénarisée par l'homme de tous les succès Alan Moore (qui n'a jamais voulu participer aux adaptations ciné de ses œuvres : From Hell, V pour Vendetta, Watchmen se sont faits entièrement sans lui), mais les albums des Editions USA, joliment regroupés en un gros coffret fin 2004, n'étaient plus disponibles depuis lors que chez les libraires d'occasion. A l'horizon d'un troisième volume que l'on verra sortir en janvier prochain (en France : chez Delcourt), c'est Panini qui s'occupe de rééditer les deux premiers. Jolly good idea.


Nous sommes en 1898. Chargé de recruter une équipe d'individus hors du commun pour une mission qui ne l'est pas moins, le chef de l'Intelligence Service Campion Bond réunit sous une même bannière la charmante Wilhelmina Harker, le débris opiomane Allan Quatermain, le fier capitaine Nemo, l'invisible et lubrique Hawley Griffin, et le schizophrène Dr. Henry Jekyll. Il semblerait que de pareilles "Ligues" aient existé précédemment, l'une d'entre elles ayant compté Don Quichotte dans ses rangs, et une autre Gulliver... Notez bien, spectateurs du film, que Dorian Gray et Tom Sawyer sont absents du comic book, bien que le premier soit discernable sous forme d'allusions glissées dans le décor. C'est d'ailleurs le cas de bon nombre de personnages et d'éléments, puisque le malicieux Alan Moore ne conçoit son scénario que comme un terrain de jeu pour personnages issus de la littérature britannique fantastique ou d'aventure du XIXème siècle. Les cinq héros sont ainsi prélevés chez Bram Stoker, H. Rider Haggard, Jules Verne, H.G. Wells et Robert Louis Stevenson, mais la tea-party accueille davantage d'invités et de clins d'œil : leur mystérieux commanditaire, chef de Campion Bond, s'appelle M, et Wilhelmina le soupçonne d'être rien moins que Mycroft Holmes, frère de. Quant au vilain pas beau qui convoite la puissante cavorite, le métal qui fait voler, il semble qu'il s'agisse du tristement célèbre Dr Fu-Manchu... Evitant d'expliciter trop lourdement les allusions, truffant dialogues et décors de références allant de l'évident à l'obscur, les auteurs offrent également une approche réjouissante et atypique du concept rebattu de "groupe super-héroïque hétéroclite". Les protagonistes ne se supportent qu'à grand-peine, certains d'entre eux apparaissent comme de sérieux frappadingues, et leur attitude démythifie leur statut tout en respectant l'œuvre qui les a enfantés. On pourra s'insurger sans doute devant le traitement réservé à Jekyll et Hyde, ce dernier apparaissant davantage comme un simili-Hulk que comme la boule de haine rachitique du roman, mais le deuxième volume viendra éclairer ce point... Le dessin de Kevin O'Neill, avec son trait fin, arrive à marier l'indispensable élégance anglaise à une outrance quasi-caricaturale qui rappelle la dimension pratiquement parodique du concept.


En 2002, Moore et O'Neill frappent plus fort. Après une première histoire forcément ralentie par sa fonction d'introduction, le second volume surclasse incontestablement de très loin son prédécesseur à tous points de vue, y compris (dans la présente édition) au niveau des bonus truculents qui le complètent. L'intrigue est celle de La guerre des mondes de H.G. Wells (qui est définitivement l'auteur chouchou de cette aventure-ci, mais ne spoilons pas) : les Martiens attaquent, et la Ligue est appelée à la rescousse après une introduction démente située sur la planète Mars, présentée en version originale non sous-titrée. La suite des évènements relève du feu d'artifice, avec une intensification radicale des personnalités et des relations au sein du groupe (à l'exception assez notable de Nemo, d'un caractère toujours égal). L'humour et la férocité tournent régulièrement au trash, mais ça n'empêche pas les sentiments : les visions sont baroques, les références littéraires toujours omniprésentes. Et une fois la lecture achevée, le lecteur groggy et agenouillé se voit offrir une cinquantaine de pages retraçant l'historique des différentes ligues de 1690 à 1912. Et pour ceux qui estimeraient n'avoir pas encore amorti leurs trente euros (!), les dernières pages proposent une série d'illustrations et de jeux parodiant les pages des publications d'antan. Que du bon. Reste à savoir ce que réserve le troisième volume à venir, sous-titré Century et découpé en trois volets situés à trois époques différentes...

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