9/10Les mille et une nuits - Tome 1 & 2

/ Critique - écrit par Maixent, le 21/03/2021
Notre verdict : 9/10 - Les délices de l'orient (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - laisser un commentaire

Adaptation charnelle et réussie des fameux contes

Après Cendrillon, Blanche Neige ( en intégrale depuis le 26 janvier 2021) et La Belle et la Bête, quoi de plus naturel que d'adapter les Mille et une nuits. En seulement deux tomes (Le parfum de Shéhérazade et Le paradis aux 40 vierges), Trif et Celestini parviennent à capturer le sel d'un récit mythique en faisant le choix de mettre en avant quatre histoires parmi les nombreux contes enchâssés et personnages mis en miroir du matériel originel. Conservant bien évidemment la trame de base, soit Shéhérazade en tant que narratrice qui, chaque nuit, doit apporter une nouvelle histoire au sultan Shahriyar afin de ne pas avoir la tête tranchée le lendemain.


Une sorcière cruelle

 

Ce procédé narratif qui a fait ses preuves à travers les siècles permet de suivre avec attention le récit. L'histoire de Shéhérazade n'étant dévoilée qu'en dernier, tenant en haleine le lecteur et permettant de glisser des réflexions philosophiques sur les relations entre les êtres et les femmes en particulier. Car si la fille du Vizir ne parvient pas à faire évoluer les pensées du sultan, blessé par sa première épouse, le massacre se perpétuera. En effet, après que Zaïda l'ait trompé avec plusieurs de ses esclaves et avoir décapité femme adultère et participants, ce dernier prendra une femme différente chaque nuit, qui sera exécutée au matin. On suivra donc avec attention cette tension de chaque instant, entrecoupée des autres histoires, toutes aussi prenantes.
Un génie violent

 

Bien sûr, tout le monde connaît l'histoire merveilleuse d'Aladin, d'Ali Baba ou de Sinbad le marin, il n'était donc sans doute pas nécessaire de s’appesantir dessus, d'autant plus que ce ne sont pas celles au caractère érotique le plus affirmé, ce qui reste une préoccupation principale des auteurs. Ils ont ainsi décidé d'illustrer, La favorite et le marchand Ghanim, Les deux sorcières et le prince Badr, L'histoire de la fille, de l'esclave et du tigre et L'histoire d'Agib et des 40 vierges et s'ils ne s'agit pas des titres originaux, on conserve l'esprit des Mille et une nuits et de l'âge d'or d'un Islam à la fois cruel et progressiste où les corps libres s'enivrent de parfums capiteux, de soies bigarrées, de mystères troublants et d'un érotisme de chaque instant.


Un harem endormi

 

Sans revenir sur le détail de chaque passage pour laisser au lecteur le plaisir de découvrir chaque nouvelle page et chaque corps, on peut tout de même révéler la trame de chacune. On garde toujours en tête que ce sont des histoires rhétoriques, créées par Shéhérazade pour sauver sa tête. Chaque jour elle doit insuffler à ses récits de la passion, un peu de magie, de l'érotisme à même d'exciter le sultan et beaucoup d'empathie afin qu'ils aient un impact sur le subconscient, l'emmenant à réfléchir à sa cruauté et le ramener vers le chemin de l'amour et de la bienveillance. Apparait ainsi un procédé littéraire quasi alchimique, la recette absolue de l'imaginaire avec ce postulat : la littérature fait ressortir le bien dans l'homme et le fait grandir. Mais est il vraiment nécessaire de rappeler que les Les Mille et une Nuits est un chef d’œuvre de la littérature ? Ce qui est plus surprenant c'est le travail des auteurs qui ont su en garder le fond tout en mettant l'accent sur l'érotisme.
Une beauté absolue

 

 

 

Il s'agit ici d'un érotisme presque désuet tant les corps sont parfaits et que les fragrances enivrantes émanent à chaque instant. Avec ces couleurs chaudes et ces paysages d'un Orient rêvé rappelant les tableaux orientalistes d'Ingres et Delacroix - certes emplis de clichés et poncifs - on est transporté dans une fantasmatique où tout devient amour et sensualité. Et même si la violence est parfois présente comme lorsque Fleur se coupe le pied pour fuir un Djinn violent qui l'a condamnée à une vie de viol et de servitude ou que les têtes volent sous les coups des sabres, tous les récits concourent à mettre à avant la puissance de l'amour et de la sexualité. Les corps se donnent avec fièvre rappelant que l'Amour est un délicieux tourment.

Cette version du fameux livre est une réussite à tous les niveaux. Le dessin est beau et envoûtant. L'érotisme diffus à travers les pages apporte une touche d'exotisme suave. La tension dramatique est palpable à chaque instant. Le récit est prenant. Les idées véhiculées d'amour et et d'épreuves sont rafraîchissantes. Trif et Celestini confirment encore une fois un grand talent pour amener les classiques dans la sphère de l'érotisme.

A découvrir

Vous pouvez aussi découvrir d'autres excellents articles sur Krinein, comme celui-ci : Androïdes – Tome 2 : Heureux qui comme Ulysse