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9/10La Belle et la Bête - Tome 1 - Le château des mille roses

/ Critique - écrit par Maixent, le 11/02/2018
Notre verdict : 9/10 - Pas si bête... (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - laisser un commentaire

Quand la Belle rencontre la Bête.

Après deux adaptations réussies de fameux contes, Cendrillon et Blanche-Neige, Trif et Celestini persistent et signent en revisitant cette fois-ci La Belle et la Bête, mais comme dans les deux premiers cas on est bien loin des versions Disney qui ont pu bercer notre enfance.


Les voyages, les rencontres...

 

Comme ils l’ont déjà fait avec brio dans les précédents opus, les auteurs reprennent les codes traditionnels du conte, et même la trame narrative de la version originale en ne modifiant que très peu d’éléments, le faisant glisser subtilement vers un érotisme diffus. Le lecteur reste donc dans sa zone de confort, face à une lecture qu’il maîtrise et est guidé dans des voies acceptées.

On reprend la même situation initiale. La belle Mirabelle est issue d’un milieu pauvre et paysan mais présente des caractères ne correspondant pas à un cadre rustre et vulgaire : beauté, intelligence, bonté et vivacité d’esprit. Les premières pages sont donc consacrées à son enfance. Et si Gaston n’est pas présent, pèse tout de même un machisme ambiant et une bêtise dont il était l’incarnation dans la version animée. Mirabelle est logiquement éloignée de ce milieu abêtissant et est envoyée chez un oncle. Hélas, sur la route, elle est attaquée par des brigands qui eux ne s’intéressent pas à d’autres qualités que sa beauté, dissimulée (mais pas pour longtemps), sous ses jupons. On reste dans la forme du conte originale,  avant une tentative de viol, les jupes relevées sur une croupe offerte devant les rires gras et vulgaires des assaillants, quand apparaît une ombre salvatrice, le fameux adjuvant des contes.
En fuite

 

Ici, on ne s’embarrasse pas de la relation au père, qui vole une rose et une fille qui se sacrifie par devoir filial, n’en déplaise à Bruno Bettelheim et son attrait pour la vision psychanalytique du conte. Les deux héros se débrouillent très bien tout seuls et Belle découvre le château de la Bête après avoir suivi son monstre de sauveur qui s’empresse de la renvoyer d’où elle vient avant de la rattraper et de la ramener, inerte et épuisée d’avoir erré dans la forêt. Les deux protagonistes apprennent ensuite à se découvrir dans une vision assez tendre, teintée d’érotisme et de fascination réciproque. Chacun prend soin de l’autre dans cette bulle coupée du monde et il n’y a même pas de perturbateurs agaçants qui seraient un frein à une idylle naissante, briseraient la quiétude d’un amour fragile et auraient pour nom ridicule Lumière, Big Ben ou Mrs Samovar. De l’intimité nait les confidences et l’on apprend ainsi les origines de la malédiction qui pèse sur la Bête.


Le romantisme d'un feu de bois

 

Là on reprend la structure du conte (dont on ne s’était en fait que peu éloigné). La malédiction est dûe à la punition d’une fée. En effet, autrefois jeune prince adoré des femmes et apprécié de ses courtisans, ce qui veut dire dans le cadre d’une bande dessinée érotique qu’il passait son temps à se taper tout ce qui bouge, il fait la rencontre d’une jeune femme qui le bouleverse. Celle-ci l’attend chaque jour et chaque jour le prince reçoit la même réponse : « Je suis au regret de vous dire que mes sentiments divergent des vôtres ». Orgueilleux et aussi stupide qu’un homme puisse l’être, il ne comprend pas qu’elle l’aime, mais lui est incapable de partager cet amour. Et que fait on quand on est con et qu’une femme semble se jouer de vous ? La solution c’est le viol. Mais dans les contes de fée la justice est tout de même assez efficace et la punition encore plus dure qu’une petite peine de prison. Le prince est condamné au confinement, défiguré, et devant trouvé une vierge amoureuse de lui pour s’en sortir. Autant dire que la remise de peine, ce n’est pas gagné.

L’histoire est donc celle que l’on connaît avec de menus changements et il faut imaginer Emma Watson reprendre le rôle mais sans ses vêtements. Quant au dessin, il est toujours aussi efficace, permettant de séparer nettement les différentes ambiances. La froideur de la forêt, les couleurs chaudes d’une intimité de plus en plus proche, la luminosité d’un château enchanté… Autant de tableaux parfaitement bien rendus qui correspondent à un certain manichéisme du conte et des éléments très tranchés.

On se doute de ce qu’il se passera dans le second tome prévu, mais peu importe, l’histoire fonctionne toujours aussi bien et le rendu est tout ce que l’on peut attendre. Et même si on peut parler maintenant d’un système, qu’est l’adaptation des contes, celui-ci est parfaitement au point. 

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