8.5/10Le Journal - Une histoire vraie !

/ Critique - écrit par riffhifi, le 21/02/2008
Notre verdict : 8.5/10 - Hurlant de vérité (Ecrivez votre critique)

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La chronique hystérique et subjective de la vie du journal Métal Hurlant, par un de ses artisans les plus étonnants, réinventeur de la ligne claire à la sauce barjote.

Métal Hurlant, c'est tout un monde. La « machine à rêver » fait partie de ces titres phares de la presse des années 70-80, offrant une bande dessinée destinée à un public adulte, conscient de l'histoire du neuvième art et amateur libertaire de sexe et de violence. Là où L'écho des Savanes puis Fluide Glacial exploraient la voie de l'humour (et du sexe), Métal Hurlant empruntait celle de la science-fiction (et de la violence) (avec du sexe) (et de l'humour aussi). Serge Clerc, têtard à l'époque du lancement, ne tarde pas à rejoindre l'équipe dont il devient un pilier sous le nom du « dessinateur espion ». Aujourd'hui, vingt ans après, Clerc retrace l'histoire chaotique du journal, véritable guérilla passée à la moulinette déformante d'une mémoire sélective assumée et d'un esprit rock'n'roll de bon aloi. On s'amusera de constater qu'il y a quelques mois, La véritable histoire de Futuropolis de Florence Cestac sortait, non pas chez Futuropolis mais chez Dargaud, et qu'aujourd'hui ce Journal ne sort pas chez les Humanoïdes Associés (les éditions créées en
complément du magazine Métal Hurlant) mais chez Denoël Graphic. L'essentiel, c'est qu'il sorte.

Le héros de l'histoire s'appelle Jean-Pierre (Dionnet) ; touché par la grâce divine en même temps que François Mauriac (enfin presque, sauf que... non, laissez tomber), il fonde un magazine de BD avec ses petites mimines en recourant à l'aide (décrite comme anecdotique) de Jean ‘Moebius' Giraud et de Philippe Druillet, reconnus aujourd'hui comme deux piliers de la bande dessinée de SF (entre autres). Dionnet, qui signe la préface du Journal, annonce lui-même que les évènements sont romancés (27% de fiction complète, annonce-t-il) et que les rôles alloués à chacun dans l'album ne sont pas forcément ceux de la réalité. A en croire les pages de Clerc, effectivement, Métal Hurlant aurait été porté quasi-exclusivement par Dionnet sur toute son existence, assisté du seul Phil Man (Philippe Manoeuvre) et de sa folie alcoolico-rock tumultueuse mais irrésistible.


Le "troisième homme" de l'histoire, c'est Serge Clerc lui-même, ramant comme un forcené pour se faire une place dans la bande dessinée, admirateur fou de Hergé et de la ligne claire, un courant qui est loin d'être partagé par tous à Métal... Arrivé aujourd'hui, on sent cette volonté de respecter envers et contre tout l'école de la ligne claire ; pourtant, l'auteur se l'est furieusement réappropriée (la "ligne Clerc" ? ouais c'est facile, et déjà fait mille fois à ce pauvre homme), usant de son trait ultra-lisible comme prétexte à surcharger ses cases et ses pages, donnant à voir un fourmillement complètement hystérique d'informations sans jamais rendre le résultat fouillis. Formellement, le texte rendrait fou n'importe quel prof de français. Pas seulement à cause des fautes d'orthographe (il y en a, tant pis), mais surtout par la propension de Serge Clerc à ne pas formuler de phrases complètes, constituées d'un sujet, d'un verbe et d'un complément. Le bonhomme préfère les petits bouts de phrases, les exclamations, les mots jetés aux quatre coins de la case pour évoquer une idée, un sentiment, ou simplement accompagner l'image en l'explicitant ou en la soulignant. On rigole, mais rendre un bouquin intelligible sur plus de 200 pages avec cette méthode foutraque relève du tour de force. Réussi.

Le Journal est une grande bouffe, une BD véritablement épuisante à lire à cause de son énergie constante (lisez-la avec du rock 70s très fort dans les oreilles) et son flux continu d'informations. Pour le classer sur une étagère entre deux parutions récentes, on vous proposera l'espace vacant entre La véritable histoire de Futuropolis et Le petit livre rock. Le Journal constitue un excellent trait d'union entre les deux.

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