8.5/10La Caste des Méta-Barons - L'intégrale sous coffret

/ Critique - écrit par plienard, le 17/12/2011
Notre verdict : 8.5/10 - Méta arbre généalogique (Ecrivez votre critique)

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Un héros sans tête, un autre sans nom, un androgyne qui s’autoféconde, des pères qui mutilent leurs enfants, des incestes, des tueries (de monstres), les nonnes-putes, la guerre, des destructions, l’argent roi, la convoitise, mais aussi l’Amour, vous l’aurez peut-être compris, on va vous parlez des Méta-barons et de l‘intégrale sous coffret que les humanoïdes associés ont sorti. Un incontournable !...

En cette fin d’année 2011, les humanoïdes associés mettent les petits plats dans les grands en sortant bon nombre d’intégrales. Dans le désordre, citons le réseau Bombyce, Sanctuaire, Tout Chaland, Pietrolino, Millénaire, Lou Cale, Avant l’Incal ... et j’en oublie. Le choix est hétéroclite, mais de qualité. Il restait donc une bande dessinée fétiche, s’il en est,  pour les humano et pour la bande dessinée en général : la caste des méta-barons. Regroupant les huit albums en un seul volume avec 30 pages inédites (dont un passage inédit dans Othon le trisaïeul), l’objet vaut son pesant de cacahuètes. Le tout est présenté avec une couverture noire décorée par une image argentée, dans un coffret de la même couleur. Sobre mais sombre à l’image de la série, l’objet va attirer l’œil, à n’en pas douter. Petit retour dans les années 90, sur une bédé qui a marqué son époque et son art.


La couverture de l'intégrale.
1 – Othon le trisaïeul

2 – Honorata la trisaïeule

3 – Aghnar le bisaïeul

4 – Oda la bisaïeule

5 – Tête-d’Acier l’aïeul

6 – Dona Vicenta Gabriela l’aïeule

7 – Aghora le père-mère

8 – Sans-nom le dernier Méta-baron

 

 

On débute l’épopée en suivant la conversation entre deux robots, dans un futur fantasmé et cataclysmique, dans un méta-bunker (comprenez le bunker du méta-baron). Lothar et Tonto, les deux robots, vont alors nous narrer l’histoire d’une famille, celle des von Salza, qui va engendrer la dynastie des méta-barons. L’un racontant (Tonto), l’autre écoutant (Lothar), le lecteur se retrouve par un féérique moment de transposition inconsciente dans les circuits d’un méta-robot, celui qui écoute. Ses chamailleries avec Tonto parsèment le récit et donne le tempo.


Oda et Aghnar.
Othon von Salza, ex-pirate, est mariée avec Edna, fille du baron Bérard de Castaka. Au cours du découpage d’un bloc de marbre pour une livraison à un magnat de l’empire, Othon va se précipiter et provoquer la chute du méga-bloc sur lui. La seule solution pour qu’il en réchappe est d’utiliser l’huile secrète pour soulever l’immense pierre. Préférant sauver son mari, son père, leur ami, tous obligent Bérard à montrer aux spectateurs de l’empire l’existence de l’épyphite qui va provoquer la convoitise de tout l’empire et sonner le glas de son peuple. Ne voulant pas voir ce cataclysme annoncé, il lègue son pouvoir à son gendre sauvé qui va devoir affronter l’endogarde noire et écrire une des premières pages des exploits de sa famille. Il y perdra sa femme, ses amis, et handicapera son fils. La légende est en marche.

Après s’être émasculé, Othon prend conscience que sa dynastie va prendre fin. Alors que les généticiens de l’empire créent un fœtus hermaphrodite nommé Janus-Jana, avec les gènes de l’empereur et de l’impératrice, afin d’unifier l’univers autour d’un même être, Othon ressent le besoin de procréer. Les circonstances vont l’amener à écrire une nouvelle page de ses exploits en libérant le fœtus volé par une armée de 100 000 voleurs. L’impératrice, redevable au désormais méta-baron, va lui offrir une prêtresse Shabda-oud, Honorata, qui va engendrer un enfant, Aghnar, avec une goutte de sang. Une période calme et heureuse où Othon va découvrir l’amour mais après laquelle il va initier le rite de la mutilation chez les descendants de sa caste pour prouver sa compétence à devenir un méta-baron.


Tête-d'Acier et Aghora.
Chaque album commence par un retour au présent de Lothar et Tonto. Ils attendent le méta-baron, lui vouant une adoration sans-failles (de la part de Tonto, en tout cas). Pourtant Lothar se demande qui a pu infliger la cicatrice sur l’arcade de son maître. En s’identifiant à Lothar, le lecteur devient prisonnier de l’histoire et de son scénariste (Tonto / Jodorowsky). On voudrait tout savoir. Il va, pourtant, falloir attendre d’arriver à la fin de la chronologie pour tout savoir, c’est à dire le huitième album.

Les malheurs d’Othon et des siens ne sont pas finis. Une mission de nonnes-putes Shabda-oud vient voir l’enfant engendré par une des leurs, Honorata. Elles viennent vérifier qu’elle a réalisé leur complot et qu’Aghnar est bien hermaphrodite. L’enfant n’a pas d’autres choix que de les éliminer avec l’aide de ses parents. Et pour éviter les représailles du peuple des prêtresses avec leurs cétacyborgs, les deux mâles von Salza vont trouver refuge sur une planète inhospitalière entre des singes flottants, des champignons géants et des limaces plates. Le premier parricide va avoir lieu, Othon voulant cette dernière épreuve pour être sûr que son fils saura venger la mort de sa mère par les prêtresses.

Après avoir trouvé l’amour en la personne d’Oda – dont l’enlèvement était prévu par les prêtresses pour enfanter un hybride parfait par leur monstre Jejoh – Aghnar va pouvoir préparer sa vengeance et affronter les nonnes-putes. Dans la bataille, Oda y perdra son esprit, mais Aghnar y retrouvera sa mère sauvée de la mort grâce à une brèche dans le temps (merci le scénariste !). Les malheurs du fils d’Honorata et d’Othon ne font alors que commencer (inceste, décapitation) et engendrent un fils qu’il haïra jusqu’au bout, Tête-d’Acier, futur méta-baron le plus controversé. En effet, sans tête, le mercenaire ne peut connaître les secrets de l’amour. Et ses actions, pour le moins peu chevaleresques, font qu’on lui refuse toute honorification. Il part donc à la recherche de la connaissance de ce sentiment et trouvera la tête d’un paléo-poète, Krleza, qu’il se greffera pour devenir Malmoth et tomber amoureux de Dona Vicenta Gabriela de Rokha.


Sans-nom.
Dans les tomes 4 et 5, une montée en puissance de l’horreur dans la formation des méta-barons est de plus en plus visible. À l’image de leur personnage, Jodorowsky et Gimenez semblent atteint de frénésie et de folie tant les situations scabreuses et quelquefois un peu tirées par les cheveux s’enchevêtrent (un bébé décapité avec une tête de robot, une brèche dans le temps pour faire revenir Honorata, l’inceste spirituel d’Honorata). La violence des situations est aussi à la limite de l’acceptable et du supportable. Mais Ginenez en profite pour casser les cases habituelles de la bande dessinée pour nous faire des pleines pages de combats spatiaux et déstructure les découpages pour faire du récit un space-opéra où les sentiments de lecteur vont osciller entre rejet et fascination.

Dans les tomes 6 et 7, la montée en puissance continue, mais le processus de filiation à la caste va se trouver un peu bouleversé. Tête-d’Acier, devenu Melmoth, a un conflit de personnalités à la vue de son aimée Dona Vicenta Gabriela aux yeux bioniques et sans plus aucun charme (elle s’est arrachée les yeux pour une raison que je vous laisse voir !). Le poète Krleza ne peut supporter cette vision et Tête-d’Acier, qui a découvert l’amour, ne se soucie pas de ce regard mécanique. De l’union entre Dona Vicenta Gabriela et Melmoth naîtra Aghora, le garçon-fille. Jumeaux à la naissance, Tête-d’Acier devra choisir entre le garçon et la fille. Les événements l’obligeront à « panacher » son choix pour créer Aghora. Il en fera un mercenaire des plus sanguinaires, élevé par une tarentulouve, Deyanira. Aghora tuera des milliers de monstres, détruira un univers complet et aura quelques remords (ah, quand même !). Voulant, au moins une fois dans son existence, donner la vie, elle s’autofécondera (je vous l’assure !) et donnera naissance à Sans-nom, le dernier méta-baron qui verra son père-mère anéantir des milliards de Zembra (femme capable de se décupler à l’infini) et l’aidera à sauver l’impéroratriz des quatre dernières nonnes-putes vivantes.

Le dernier tome est peut-être le moins violent, le plus « doux ». Sans-nom est le dernier Méta-baron et après avoir tué son père-mère comme le veut la tradition, il devra affronter son grand-père (!). C’est aussi l’occasion de découvrir la véritable identité du robot Lothar. Et après quelques années de tueries et d’anéantissement, l'amour va pouvoir gagner l’univers. Il faudra pour cela une dernière guerre.

Huit albums cultes, cette intégrale sous coffret arrive un peu avant noël et va être difficile pour les fans de Jodorowsky, de Gimenez, des Méta-barons de ne pas se laisser tenter. D’autant que les albums sont complétés de deux histoires courtes retraçant l’historique de la caste des Castaka et le tatouage blanc qui orne leur torse et liant le Méta-baron à l’incal. Et en dernier cadeau, les planches des couvertures américaines. La bible des Méta-barons est enfin parue, âmes sensibles s’abstenir.


Un joli tableau de famille.

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