8/10Boboland - Tome 1 - Bienvenue à Boboland

/ Critique - écrit par riffhifi, le 29/05/2008
Notre verdict : 8/10 - Bobo glacé (et sophistiqué) (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 2 réactions

Dupuy et Berbérian épinglent les bobos à leur manière, avec subtilité et intelligence. Et se tirent avec grande classe d'un sujet pourtant casse-gueule.

Les bobos, personne ne sait trop ce que c'est. A part l'étymologie du terme (Bourgeois-Bohême), on ne sait jamais ce que recouvre la définition d'un tel individu. Consommateur mais écolo, artiste mais friqué, humaniste dans les mots mais égoïste dans les faits, le bobo est souvent représenté comme un être en contradiction fondamentale, animé d'un besoin trop superficiel de bien faire. Et comme nous le rappelait récemment Cyril Pedrosa dans son interview, les bobos ce sont les autres, jamais soi...

Dupuy et Berbérian, tout le monde sait ce que c'est. Et pour les rares qui l'ignoreraient, le rappel est simple : Philippe Dupuy (aucun rapport avec l'éditeur Dupuis, d'ailleurs ça ne s'écrit pas pareil) et Charles Berbérian (frère du réalisateur Alain Berbérian) sont comme les deux doigts d'une main palmée ; ils écrivent et dessinent comme un seul homme, et sont connus pour leurs
chroniques ancrées dans un quotidien tendre et fantasque, notamment la série Monsieur Jean. Ils ont reçu le Grand Prix de la ville d'Angoulême lors du festival de cette année.

Ici, pas de personnage central, l'œuvre est chorale et se fait fort de n'épargner personne. Certains sont pourtant récurrents, comme Jean-No l'inventeur angoissé du « Vertical eye », ou Jean-Jean le journaleux irresponsable, odieux et briseur de cœur. Mais aucun ne suscite véritablement l'empathie, ils sont tous victimes de leur propre nombrilisme, de leurs lubies. Déphasée, la jeune fille qui pose son livre sur un banc pour qu'un inconnu puisse le lire ne comprend pas qu'un éboueur ait pour mission de jeter l'objet ; dépressif, le Jean-No précédemment cité s'accroche à une idée pourtant bête comme chou qui consiste à filmer verticalement au lieu d'horizontalement... Tous vivent dans le culte des paillettes et l'illusion de participer à l'amélioration du monde grâce au commerce équitable.

On peut bien entendu rapprocher Boboland de Auto Bio, également publié par Fluide Glacial, où Cyril Pedrosa se met lui-même en scène dans sa quête
quotidienne de l'écologie et du développement durable. La démarche de Dupuy et Berbérian, s'il lui manque cette auto-dérision qui rendait l'album de Pedrosa plus attachant, reste particulièrement percutante, et racontée avec le talent bien connu des compères. Le dessin, en mode épuré/stylisé, alterne selon les histoires entre le gaufrier strict sans intervalles blancs et l'option freestyle où les auteurs se passent des cases. A la couleur, Ruby privilégie les tons verdâtres, reflétant ainsi l'oppression glauque à laquelle les bobos sont réduits par leur mode de vie mentalement étriqué.

Drôle et pertinent, l'album présente des personnages délibérément archétypaux, auxquels on peut difficilement s'identifier mais à qui on peut facilement tout pardonner, à l'exception du mari soûlard ou du journaliste coucheur. On leur pardonne, parce qu'à y bien réfléchir, on n'a pas trouvé de communauté plus appréciable que les bobos dans le monde d'aujourd'hui...

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