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Bande dessinée Critique

Obscurius - Tome 1 - Lucy

Notre note : 3,5/5

Lucy in the sky with demons

Votre note pour Obscurius - Tome 1 - Lucy :

Paris est en ruines, le ciel est rouge, les démons ont envahi les rues et les survivants se terrent. Bref, tout va très bien. Dans Obscurius, Éric Corbeyran, Alex Lins et Natália Marques revisitent l’apocalypse à la sauce démoniaque. Avec Lucy, jeune résistante capable d’absorber les créatures infernales, le trio livre un premier tome spectaculaire, sombre et parfois franchement poisseux. Reste maintenant à transformer cette efficace mise en bouche en véritable histoire.

Il faut reconnaître une chose à Obscurius : le décor ne donne pas vraiment envie d’y passer ses prochaines vacances. Paris est morte ou presque. Les rues sont envahies par les fantômes, les démons ont pris possession des vivants et les humains encore debout se sont réfugiés dans quelques zones protégées. Au-dessus de tout cela, un ciel écarlate semble avoir décidé que le gris parisien était décidément trop déprimant. Dans ce bazar plutôt déprimant, Lucy se balade en absorbant les démons. et oui, absorberParce qu’après les chasseurs de vampires, les exorcistes et autres spécialistes du surnaturel, Corbeyran invente le videur de boîte de nuit de l’enfer.


© Soleil 2026.

Le point de départ est assez simple : une brèche s’est ouverte entre notre monde et celui des démons. Résultat, la capitale française est devenue un gigantesque terrain de chasse. Corbeyran ne perd pas beaucoup de temps en explications interminables. Quelques pages suffisent pour comprendre que la civilisation a pris une sacrée claque et que les survivants ont d’autres préoccupations que de savoir qui sera maire de Paris l’année prochaine. 

Le choix d’une ville familière fonctionne particulièrement bien. Reconnaître certains lieux tout en les découvrant complètement défigurés donne immédiatement une dimension inquiétante au récit. Paris n’est plus la ville romantique des cartes postales. C’est une carcasse. Elle est transformée en décor de film d'horreur.


© Soleil 2026.

Lucy constitue évidemment le principal argument de ce premier tome avec son pouvoir suffisamment original pour attirer immédiatement l’attention. Elle ne se contente pas de combattre les démons : elle les absorbe. Et attention à l'indigestion ! Le scénario distille progressivement les informations sur son pouvoir et sur son passé et dépasse le simple concept horrifique qu'on pourrait attendre.

Éric Corbeyran n’est évidemment pas un débutant lorsqu’il s’agit de fantastique. Son parcours, de Le Chant des Stryges au Clan des Chimères, en passant par Le Siècle des Ombres, montre qu’il connaît parfaitement les ficelles du genre. Le scénariste sait comment lancer une histoire, installer un mystère et terminer un album au moment précis où le lecteur commence à avoir suffisamment de réponses pour se poser encore davantage de questions.

Alex Lins apporte une vraie personnalité visuelle au projet. Son expérience dans l’univers des comics américains se ressent immédiatement : anatomies puissantes, personnages très expressifs, découpage dynamique et goût prononcé pour les scènes qui explosent dans tous les sens. Il a notamment travaillé sur Immortal HulkNew Mutants et HellcatLes créatures sont inquiétantes sans tomber systématiquement dans le grotesque. Les scènes d’action possèdent une vraie énergie et le trait musclé de Lins colle parfaitement à cette ambiance de fin du monde.


© Soleil 2026.

La colorisation de Natália Marques accentue encore cette impression avec une dominante rouge omniprésente. Le procédé est parfois un peu appuyé mais il participe efficacement à l’identité de l’album. Mais l'omniprésence de cette couleur de l'enfer finit par peser mais altère en rien l'envie de lire la suite. Le premier tome pose suffisamment de questions pour que l’on ait envie de savoir ce qui se cache derrière Lucy et derrière cette apocalypse.

Obscurius est un premier tome efficace et généreux, qui assume pleinement son mélange d’horreur, d’action et de fantastique. Son Paris en ruines possède une vraie gueule, Lucy constitue une héroïne intrigante et Alex Lins livre des planches particulièrement dynamiques.

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