Le Dessinateur de Drancy. Journal de Georges Horan-Koiransky 1942-1943
Il existe des bandes dessinées qui racontent l’Histoire et Le Dessinateur de Drancy d’Hervé Duphot appartient sans hésitation à cette catégorie.

© Delcourt 2026
L’album s’appuie sur le journal et les croquis réalisés clandestinement par Georges Horan-Koiransky lors de son internement au camp de Drancy entre 1942 et 1943. Dessinateur avant-guerre, il utilise son crayon comme d’autres auraient tenu une caméra. Au milieu de la faim, des humiliations, de l’attente et de la peur, il dessine. Non pour faire œuvre d’artiste, mais pour témoigner. Pour laisser une trace. Pour empêcher l’oubli.
La force de cette BD tient précisément dans cette origine documentaire. Hervé Duphot ne cherche pas à romancer l’histoire ni à en amplifier artificiellement l’émotion. Il redonne vie à un témoignage brut, qui porte le poids du réel. Son dessin sobre aux couleurs sombre, épouse parfaitement le récit. Loin des effets spectaculaires, il privilégie la justesse et l’humanité.
La comparaison avec La Muette. Drancy, un camp aux portes de Paris, publiée chez La Boîte à Bulles (article ici), s’impose naturellement. Les deux ouvrages explorent le même lieu, ce camp de transit devenu le principal rouage de la déportation des Juifs de France, des non aryens, des quotas à remplir tout simplement. Pourtant, leurs approches diffèrent profondément et se complètent admirablement.
La Muette adopte une perspective chorale. À travers plusieurs destins, l’album reconstitue le fonctionnement du camp, son organisation et le quotidien des internés : des femmes, des vieux, des condamnés, des médecins, des gendarmes, des familles... Il offre une vision panoramique, de cette mécanique concentrationnaire installée aux portes de Paris.
© Delcourt 2026
Le Dessinateur de Drancy, lui, resserre son regard sur un homme. Là où La Muette raconte le camp, Duphot raconte le témoin. Là où l’un construit une fresque historique, l’autre plonge dans l’expérience intime de celui qui observe, note et dessine pour transmettre. Un témoignage concentré sur les hommes quasi unqiuement.
Ces deux albums illustrent à merveille ce que la BD peut apporter au travail de mémoire, un outil pédagogique de premier plan. Parce qu’elle associe le texte et l’image, elle rend accessibles des réalités complexes sans les simplifier, qui parleront à tous. Elle permet d’incarner les chiffres, de donner des visages aux victimes, de transformer les archives en récits humains.





