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Bande dessinée Critique

Falstaff

Quand le théâtre classique débarque en BD : empruntez les bottes de Falstaff !

Oubliez la poussière des manuels littéraires et les heures de français. Avec l'album Falstaff signé Pierre Boisserie et Goho (chez Delcourt), on plonge directement dans l'Angleterre médiévale. C'est le genre d'adaptation graphique qui nous donne presque envie de lire du théâtre moyen ageux. Car entre nous une adaptation quand elle est réussie coche dans notre liste mentale ces classiques que nous ne prendrons jamais le temps de lire... 

Et puis Falstaff à la base ça ne donne pas beaucoup d'indices ...à l'origine, le bonhomme n'était pas censé s'appeler ainsi. William Shakespeare l'avait d'abord affublé du patronyme de Sir John Oldcastle, un noble ayant réellement existé au XVe siècle... sauf que la puissante famille des descendants d'Oldcastle l'a très, très mal pris. Face à la levée de boucliers de ces nobles vexés, le dramaturge a dû rebaptiser en urgence sa grosse barique à xérès en Falstaff, en s'inspirant cette fois d'un autre personnage historique un peu moins susceptible (Sir John Fastolf, un capitaine de la guerre de Cent Ans accusé de lâcheté)... et là on touche de près au caractère du personnage : voleur, radin, peureux, couard et renommé gras double. Le compagnon idéal qui vous poignardera à la première occasion pour une pinte bien fraiche.


© Delcourt 2026

Dans cette adaptation en bulles et en cases, le scénario insuffle une énergie à la rivalité entre ce vieux brigand et le futur roi Henri V. Hum pardon les rivalités, c'est un peu Game of Thrones là dedans : des clans, des familles, des tromperies, une succession, des rois, des batailles, des plans plus ou moins foireux. Et Falstaff croit manipuler le futur Prince pour s'assurer une retraite dorée aux frais du Prince, mais ... mais lisez et vous saurez. C’est rythmé, les vannes fusent, certaines cases sont très bien vues et c'est sans les lourdeurs du théâtre.

Visuellement, le trait ultra-expressif, presque grimaçant, qui croque les tronches burinées par l'alcool, la vérole et les conspirations. Ajoutez à cela une palette de couleurs bien callée qui passe des lueurs ambrées des tavernes aux teintes de plomb de la guerre, et vous obtenez un cocktail royal.

Bref, c'est savoureux, c'est intelligent, et ça permet de connaître ses classiques.

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