ATTENTION : CONTENU RESERVE A UN PUBLIC AVERTI

Les images et textes à caractère érotique, pornographique ou violent contenus dans cette page peuvent choquer certaines sensibilités. En consultant cette page, vous attestez être majeur au regard de la loi française et vous prenez vos responsabilités par rapport à son contenu.

CONSULTER QUITTER

8/10Eros et Thanatos - Art Book

/ Critique - écrit par Maixent, le 11/09/2022
Notre verdict : 8/10 - Oeuvre au noir (Ecrivez votre critique)

Tags : livres art jeux book thanatos eros caceres

Art book d'amour et de haine

Depuis la fin du siècle précedent, l’oeuvre de Raulo Caceres s’étend peu à peu sur le monde. En France, nous le connaissons grâce à quatre magnifiques albums, tous publiés chez Tabou : Elisabeth Bathory (2021), Légendes perverses (2017), Les Saintes Eaux (2020) et Justine et Juliette de Sade (2013). Mélange d’ésotérisme, de pop culture et bien sûr de beaucoup de sexe, ses histoires sont empreintes d’un style qui lui est propre et dont la qualité a été reconnue par les grands noms de la bande dessinée tels que Warren Ellis (Transmetropolitan), Garth Ennis (The Boys) ou Alan Moore (Watchmen). Il est donc légitime de publier un Art Book qui permet en trois grands thèmes d’offrir un aperçu de cette œuvre surprenante.


Daenerys

 

L’art book Eros & Thanatos, nommé ainsi pour une raison évidente tant les deux thèmes sont toujours inextricablement liés chez Caceres, est centré sur sa production récente, soit des dessins réalisés entre 2018 et 2021. On peut donc affirmer qu’il s’agit de planches matures avec une griffe affirmée et donc débarrassées des légères maladresses que nous avions pu remarquer dans Elisabeth Bathory dont la première publication date des années 90. D’autant que ne s’agissant pas d’un album ordinaire, le texte est absent, laissant la pleine mesure au dessin pour exploser sur la planche et mieux apprécier encore le foisonnement de détails dont Caceres est friand. Un album en noir et blanc qui met en avant les noirs profonds et les zones d’ombres, car comme on le disait concernant le titre lui-même, Caceres est dans l’opposition des extrêmes tant dans ses thèmes que dans son dessin, permettant aux forces de se confronter et laissant naître de ces forces immuables la quintessence de son art.

L’ouvrage est ici divisé en trois grands thèmes aux titres évocateurs : "Donjons humides", "Horreurs sensuelles" et "Turgescences cosmiques".

Dans le premier, on retrouvera l’intérêt de Caceres pour l’univers des jeux de rôles avec les incontournables de l’héroïc-fantasy. Ainsi, nous trouverons des illustrations inspirées de Game of Thrones, Conan, Red Sonja, de la mythologie grecque ou encore du Seigneur des Anneaux. Évidemment, Daenerys, même si elle avait des scènes d’une extrême sensualité dans la série, est d’autant plus mise à nue ici.
Frankenstein

 

Suivent ceux liés directement à l’horreur et à la mort avec toute l’excitation sensuelle morbide dont est capable l’auteur. On creuse toujours les grands thèmes de l’auteur avec son attirance pour les « Universal Monsters », ces films d’horreur produits entre les années 20 et 30 par Universal Pictures, avec un petit côté suranné de nos jours mais ayant marqué durablement les esprits et fortement impacté plusieurs générations d’artistes de genre, du cinéma à la bande dessinée. Dans ces pages se glisseront aussi Lady Death, plus sexuelle encore que le personnage dessiné par Steven Hughes dans les années 90 dans le comic du même nom ainsi que Swamp Thing qui ne contente pas de faire la cour en offrant des fleurs. Évidemment, on trouvera également comme référence H.P. Lovecraft dont le bestiaire monstrueux et mystique, est très proche de celui de Caceres qui nous convie également à sa façon dans une forme d’horreur cosmique.


Ripley

 

Pour finir, on partira dans les étoiles avec la sensuelle Ripley et son cher monstre xénomorphe ainsi qu’une relecture des grands du comics, Marvel et DC et un Batman en mauvaise posture (ou pas selon le point de vue) face à Poison Ivy.

Tout au long de l’album on voit donc bien les influences qui ont pu nourrir Caceres, ce qui n’empêche pas de dévoiler aussi une œuvre qui n’est pas directement référencée et de mettre en avant son originalité. Les grandes planches permettent de mieux décerner l’abondance de détails mais aussi la composition des scènes qui dégagent toute une forme de force torride et violente. On n’est pas cependant à l’abri d’y trouver une sorte d’humour dans la surabondance et l’exagération comme avec cettes scène dans un cimetière où les morts se branlent en regardant deux femmes se fister et s’uriner dessus, notamment par des vulves placées au niveau de leurs téton. Ce qui est sûr cependant, c’est que l’excitation qui se dégage de l’ensemble de l’album est palpable ainsi que cet érotisme fou né de l’excès.

Un très bel ouvrage de collection même si un peu frustrant tant on aurait envie de posséder toutes ces planches en grand format et d’en tapisser les murs d’une pièce qui deviendrait l’antre de la folie et du stupre.