Chroniques de fer et d’écailles - Tome 1 - Le vol des gobelins
Quand les elfes ont le pouvoir, les nains ont les idées
Chroniques de fer et d’écailles - Tome 1 - Le vol des Gobelins figure parmi nos BD les mieux notées.
Bienvenue à Rhina-Balanborg, cité cosmopolite où humains, elfes, nains et gobelins cohabitent dans une paix fragile. Avec Le Vol des gobelins, Régis Hautière et Xavier Fourquemin imaginent une fantasy où la magie côtoie la mécanique, où les privilégiés regardent les autres de haut et où deux cerveaux mis de côté pourraient bien faire décoller tout ce petit monde. Une nouvelle série qui mélange aventure, humour et lutte des classes sans avoir besoin de sortir le dragon toutes les trois pages.
Après les guerres anahmiques, Elendhar connaît une paix toute relative.Car à Rhina-Balanborg, les différentes races vivent ensemble, mais pas vraiment sur un pied d’égalité. Les elfes occupent les sommets de la société, les humains disposent de leur puissance maritime et les nains sont plutôt priés de s’occuper des tâches ingrates. Quant aux gobelins, disons qu’ils ne bénéficient pas exactement des meilleures relations publiques.

© Le Lombard 2026.C'est au milieu de cette société inégalitaire que la jeune étudiante, Noéline, passionnée de sciences, arrive à l’Académie, institution plutôt habituée à accueillir l’élite elfique. Elle y rencontre Quirin, un nain féru de mécanique et d’aéronautique, qui connaît lui aussi les joies de la discrimination. Deux laissés-pour-compte, deux cerveaux qui fonctionnent à plein régime et, forcément, une idée qui pourrait mettre un joyeux bazar dans l’équilibre de la cité.
Et c'est une nouvelle BD d’heroic fantasy avec des elfes arrogants, des nains qui bricolent des machines et des gobelins qui complotent dans l’ombre. Du déjà-vu, surement, mais Régis Hautière propose autre chose avec Chroniques de fer et d’écailles. Il n'empile pas simplement les clichés du genre. Il s’amuse avec eux pour construire un univers où les rapports de pouvoir sont au cœur du récit. La fantasy devient presque un terrain de jeu pour parler de société, de privilèges et de ceux qui sont condamnés à rester en bas de l’échelle.

© Le Lombard 2026.Le premier moteur de ce premier tome, c’est la rencontre entre Noéline et Quirin. La première apporte sa curiosité scientifique, le second son obsession pour la mécanique et l’aéronautique. Ensemble, ils forment un duo suffisamment attachant pour que l'on ait envie de les suivre tout au long de cet album.
Le second moteur est de découvrir Rhina-Balanborg. Une cité suffisamment travaillée pour donner envie d’en savoir davantage. Ses neuf collines, ses quatre districts et ses différentes communautés offrent un terrain de jeu particulièrement riche. Hautière installe rapidement les tensions entre les différentes populations sans se contenter d'opposer les « gentils » opprimés aux « méchants » privilégiés. Les rapports entre les communautés sont plus complexes et la situation politique semble suffisamment instable pour alimenter de futures aventures. Ce premier tome est l'occasion de découvrir un monde, sans pouvoir en faire le tour.

© Le Lombard 2026.Au dessin, Xavier Fourquemin retrouve Régis Hautière après Révolutionnaires. Et leur complicité saute assez rapidement aux yeux. Le trait de Fourquemin convient parfaitement à cette fantasy qui ne se prend pas systématiquement au sérieux. Les personnages possèdent des trognes expressives, les différentes races sont facilement identifiables et l'ensemble conserve un petit côté aventure classique qui rend la lecture immédiatement agréable. Et le dessinateur sait donner de la personnalité aux décors. Rhina-Balanborg n'est pas juste un décor posé derrière les personnages : c'est une ville qui grouille, qui s'organise, qui oppose ses quartiers et ses populations. Et quand la mécanique entre en scène, le dessinateur parvient à nous faire croire que Jules Verne s'est trompé d'époque.
L'album possède suffisamment d'idées pour installer une véritable identité, tout en conservant les ingrédients qui rendent le genre immédiatement accessible : aventure, humour, créatures fantastiques et personnages attachants. Le scénario prend également le temps de poser une réflexion sur les inégalités entre les peuples avec cette idée réjouissante que les grandes avancées de ce monde ne viennent pas forcément des classes supérieures.
Il y a du cœur, de l'aventure, de l'humour et surtout une vraie envie de faire vivre cet univers. Avec Chroniques de fer et d’écailles, Régis Hautière et Xavier Fourquemin ne réinventent pas la fantasy. Ils font mieux : ils lui bricolent un moteur.






