8/10Connie la barbare - Tome 1 - La nuit du gloriole

/ Critique - écrit par Maixent, le 11/12/2022
Notre verdict : 8/10 - Red Connie (Ecrivez votre critique)

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Pastiche héroïc-fantasy

Il doit y avoir un lien entre érotisme et heroïc-fantasy tant la production en bande dessinée est abondante sur ce thème. On peut y voir toutes les nuances dans un moyen-âge onirique et fantasmé peuplé souvent de créatures mythiques, de démons et de monstres. La question se pose mais sans doute faut il remonter à 1932, première publication de Conan le Cimmérien qui a ouvert avec d’autre la voie à la fantasy mais aussi à une culture du corps libre et puissant dont l’incarnation par Arnold Schwarzenegger sera l’apogée. A la même époque nait le pendant féminin, Red Sonja qui alimentera un nouvel imaginaire érotique lié au « barbare ».  


La sorcière

 

Il faut aussi sans doute prendre en considération l’appétence actuelle de la culture geek pour ces personnages de fiction dont le statut d’icone ne peut être entièrement détaché de la sexualité. Il n’y a qu’à voir le nombre de cosplays sexy de Red Sonja sur internet. D’autant qu’une sexualité débridée passe beaucoup mieux dans le monde de la fantasy comme l’a prouvé Game Of Thrones, les tabous étant relégués à un monde lointain et imaginaire donc mieux admis. Concernant la production bd érotique actuelle, il est donc cohérent que beaucoup de titres paraissent dans cette thématique. On pensera bien sur aux Orgies Barbares ou encore à Akelarre de Manolo Carot sorti en même temps ou presque. Connie La Barbare s’inscrit dans cette mouvance en surfant également sur l’humour tout en gardant cet esprit chevaleresque de quête et bien sur cet érotisme libre .  

Dans ce premier tome de la trilogie annoncée, nous allons faire la connaissance de Connie. Une apparition remarquée de notre héroïne que l’on découvre pissant sur un brigand du haut d’un promontoire afin de sauver des bonnes sœurs en détresse. Les bandits mis en fuite, les cinq belles sauront d’ailleurs remercier leur bienfaitrice durant une nuit de plaisirs saphiques dans la forêt. Mais l’aventure principale commence véritablement le lendemain quand notre belle rousse aux yeux verts et au corps menu arrive dans un village quasi abandonné. Là, à l’appel du comte Frémi, elle partira sauver sa promise, Yolande de Lunefendue, kidnappée par la méchante sorcière et sa disciple, Fouffe. Yolande et sa virginité sont les pièces maîtresses d’un rituel visant à faire revenir C-Chozla le démon sur Terre. Heureusement l’invocation sera interrompue, au grand damn de C-Chozla qui n’avait réussi qu’à passer son sexe à travers le portail, ce dernier se retrouvant tranché lorsqu’il se refermera brutalement, Connie ayant trouvé une idée simple mais d’une efficacité absolue pour rompre l’enchantement. 
C-Chozla le démon castré

 C-Ch

Le synopsis est plutôt classique pour cet album d’ouverture mais laisse inaugurer certains rebondissements. Surtout, il nous familiarise avec cet univers qui ne se prend pas vraiment au sérieux et tend vers le grivois avec des jeux de mots un peu cons sans jamais vraiment tomber dedans. Du coup c’est un pastiche assumé et assez réussi qui se permet quelques réflexions plutôt bien senties comme le fait de ne pas avoir à assurer comme une bête lors d’un plan à trois, une tierce personne pouvant prendre le relais, ou encore cette phrase féministe de Connie pleine de bon sens à l’encontre de Frémi : « Tu dois bien traiter les femmes non pas parce qu’elles sont faibles mais parce que tu les respectes… Par contre si l’une d’elle veut détruire le monde, casse-lui la gueule ! ». 

Qui plus est, les scènes de sexe s’intègrent parfaitement à l’histoire et ne viennent pas comme un cheveu sur la soupe. On est alors vraiment pris par le récit qui devient d’autant plus excitant. Avec ces grands aplats de couleur, ce trait rond et presque juvénile on aurait pu penser qu’il n’y aurait pas matière à de bonnes scènes érotiques, mais on est vraiment embarqué par ce dessin faussement naïf qui ne manque pas de qualités. Les couleurs très pop et tape à l’œil auraient pu nuire à la narration mais l’utilisation régulière par exemple d’un fond uni dans une teinte pétante permet au contraire de recentrer le lecteur sur l’action.  

Gianluca Maconi prouve que l’on peut présenter un travail de qualité tout en restant fun, en jouant avec les codes du genre mais aussi sur le découpage des planches (et des bites dans le cas présent). Un ouvrage fripon et agréablement surprenant qui aurait sans doute même mérité mieux qu’un format souple. 
Le petit comte Frémi et la duchesse Yolande de Lunefendue