Anita Conti, Mafalda, Madeleine résistante, Omula et Rema

/ Critique - écrit par plienard, le 24/09/2024

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Dans la BD, qu'ils soient réels ou imaginaires, les personnages féminins sont devenus forts et entreprenants.

Anita Conti - note : 7/10

Après Kiki de Montparnasse, Olympe de Gouges, Joséphine Baker et Alice Guy, José-Louis Bocquet et Catel Muller font entrer Anita Conti (1899-1997) parmi "les Clandestines de l'Histoire". Une collection aux éditions Casterman qui vient combler les oubliées d'une Histoire de France un peu trop masculine et patriarcale, en précisant l'importance que ces femmes ont eue dans l'Histoire française.


© Casterman 2024.

 

Il est à noter aussi, que les deux auteurs ont toujours été un peu les précurseurs dans la mise en lumière de ces personnages féminins. Alors venez découvrir la vie d'Anita Conti, femme libre, mariée à un homme dont elle se sépare sans jamais divorcer, et qui coupa les ponts avec son père (le rapport au père est d'ailleurs un point commun avec toutes les héroïnes de Catel et JL Bocquet).

Surnommée "la dame de la mer" par les marins, Anita Conti est une pionnière : première femme à monter à bord des Terre-neuvas, autodidacte, océanographe, essayiste, photographe, journaliste, cinéaste.

Un livre qui raconte l'itinéraire de cette femme, par séquence chronologique, hachant le récit, donnant l'impression d'une somme d'expérience, montrant une femme qui avance, libre de ses envies, de ses choix malgré les épreuves. Mais en a-t-elle rencontrées ? C'est peut-être le point négatif du récit. On suit cette vie qui semble ne trouver aucun obstacle. L'existence heureuse et sans contrariété d'une femme qui choisit sa vie comme elle l'entend. On peine à croire qu'elle n'ait pas rencontré plus d'opposition dans la société du XXème siècle ou dans les milieux professionnels qu'elle a côtoyé. On voit une sorte de vie idéale qu'il est difficile à admettre.

 

Madeleine, résistante - Tome 3 : Les nouilles à la tomates - note : 8/10

À l'occasion de la sortie du tome 3 de Madeleine, résistante, les éditions Dupuis fêtent un double anniversaire, celui des 100 ans de Madeleine Riffaud et des 80 ans de la libération de Paris.


© Dupuis 2024.

 

Jean-David Morvan et Dominique Bertail continuent le biopic sur la vie de Madeleine. On l'avait quitté à la fin du tome 2 après avoir abattu un nazi. On la retrouve ici captive, tout d'abord des brigades spéciales (la police française), puis la Gestapo. Torturée, elle ne parlera jamais, tiendra tête à ses bourreaux, échappera par miracle au peloton d'exécution et au déportement - une véritable trompe-la-mort - pour finir par reprendre la lutte et participer à la libération de Paris. Une femme dont le rôle et le courage sont reconnus par tous les résistants.

Les auteurs parviennent à raconter les atrocités vécues et subies par la jeune femme qui n'a pas encore 20 ans, sans vulgarité ou voyeurisme. Le parti pris graphique offre à la foi de la justesse, de la précision, de la beauté (le dessin de D Bertail est quand même très élégant) sans empêcher le réalisme de s'exprimer et amoindrir la cruauté des actes subis par Madeleine.

Ce troisième tome est peut-être le plus expressif sur le formidable engagement et la volonté de cette femme qu'on découvre si tard. Mais sa vie ne s'arrête pas là, et d'autres albums sont encore à venir …

 

Mafalda, mon héroïne - note : 7/10

13 autrices de bande dessinées, parmi les plus célèbres, rendent hommage à Mafalda, le personnage emblématique de l'argentin Quino (1932-2020) en proposant quelques strips, quelques récits pour la mettre en situation dans notre société moderne. Ces Mafalda modernes trouveront-elles un monde meilleur ?


© Glénat 2024.

 

Florence Dupré Latour ouvre le bal des hommage en mettant en scène un dialogue avec l'héroïne de papier. Un récit en deux parties où elle commence une liste de point commun de la petite fille qu'elle a été avec Mafalda, puis une présentation de notre société et de son évolution par rapport à celle fustigée par l'héroïne argentine.

Le récit de Maëlle Reat rejoint la seconde partie de Florence en enchainant les strips et les gags en une page.

Vero Cazot et Maud Begon offrent l'histoire colorée d'une Mafalda transportée au 21ème siècle, découvrant les évolutions de la condition féminine, lui confirmant qu'il ne faut pas arrêter de se plaindre …

Autre duo, Agathe de Lastic et Soledad Bravi enchainent les réflexions "made in Mafalda" en une ou deux pages avec un graphisme résolument personnel.

Marie Bardiaux-Vaïente et Gally s'inscrivent peut-être dans un graphisme le plus fidèle à l'original avec un récit où les concepts de vie scandinave, de liberté, de l'étranger provoquent la zizanie dans le groupe d'amis de Mafalda.

Anne Simon scénographie une Mafalda, ses réflexions et ses idéaux, dans un monde actuel et le tout sur une page.

La Mafalda d'Emilie Greason se trouve sur une Terre où les adultes ont disparu et où elle peut mettre en action tous ses principes, avant de revenir à une réalité plus grise.

La Mafalda d'Aude Picault est devenue grande. Une belle jeune femme qui n'a pas perdu son esprit contestataire.

Florence Cestac signent deux dessins originaux quand Pénélope Bagieu signe la couverture.

Il est amusant de voir que toutes ces autrices ont imaginées le personnage de Quino dans notre monde moderne, la confrontant à des problématiques qui n'ont pas forcément beaucoup évoluées, quoique …

Mais on s'interroge de savoir pourquoi seules des autrices ont participé à cet ouvrage collectif.

 

Omula et Rema - Tome 2 : La naissance d'un empire - note : 7/10

Yves Sente et Jorge Miguel réinvente le mythe de Romulus et Remus, mariant à la fois le fond historique à celui de la science-fiction. Par certains côtés, on pourrait même y voir un hommage au Thorgal de Jean Van Hamme et Grzegorz Rosinski.


© Rue de Sèvres 2024.

 

Les conflits entre Romula et Rema se font de plus en plus vifs. Élevées par Lupavia qui leur a inculqué les rudiments de la vie de mercenaires, elles savent se battre et continuent de laisser croire à leur mère adoptive leur origine royale.

En prenant le mythe original à contre-pied, Yves Sente et Jorge Miguel donnent à leur récit une résonnance féministe ans l'aire du temps et inversent les choses jusqu'au bout comme le viols des Sabines transformé en viols des Sabins.

Des symboles qui passeront sans doute inaperçus pour les lecteurs qui ne sont pas des spécialistes du sujet. Mais peu importe, le récit se lit avec plaisir, avec un Jorge Miguel qui saute d'un genre narratif à l'autre sans problème et qu'il justifie en déclarant avoir d'abord dessiné toute la partie science-fiction du premier tome avant d'enchainer sur le péplum.

 


Les couvertures des 4 albums - © Casterman - © Dupuis, © Glénat - © Rue de Sèvres.