Après Arthur - Tome 1 - Le trône et l'épée
Epée cherche propriétaire
Après Arthur - Tome 1 - Le trône et l'épée figure parmi nos BD les mieux notées.
Arthur est mort. Excalibur est toujours là. Et tout le monde aimerait bien mettre la main dessus. Avec Après Arthur, Olivier Legrand et Álex Sierra prennent la légende arthurienne par le bout que les récits classiques ont soigneusement laissé de côté : que se passe-t-il quand le roi disparaît et que Camelot n’a plus personne pour tenir la baraque ? Réponse : ça complote, ça trahit, ça se massacre et ça convoite l’épée magique. Bref, la routine médiévale.
On connaît tous la chanson. Arthur, Excalibur, Merlin, les chevaliers de la Table ronde, Camelot, le Graal… La légende arthurienne a tellement été racontée, adaptée, revisitée et triturée qu’on pourrait légitimement se demander ce qu’il reste à raconter. Olivier Legrand a trouvé une réponse plutôt maligne : raconter l’après. Le premier tome de cette nouvelle série s’ouvre donc sur la mort d’Arthur à la bataille de Camlann. Le rêve d’une Bretagne unifiée disparaît avec lui, et le royaume se retrouve livré aux ambitions rivales.
L’épée mythique devient alors l’objet de toutes les convoitises. Les fils de Mordred, Melehan et Garran, se retrouvent notamment au cœur de cette lutte pour le pouvoir, tandis que d’autres figures emblématiques de la légende cherchent à préserver ce qui peut encore l’être du royaume d’Arthur. Morgane, Guenièvre, la Dame du Lac, Bedwyr… Legrand ressort une bonne partie du casting traditionnel, mais leur donne cette fois un problème assez inédit : que faire lorsque le personnage autour duquel tout le monde gravitait n’est plus là ?
Le Lombard présente l’album comme une fresque sombre et épique dans la veine de Game of Thrones. La comparaison est forcément tentante : royaume en morceaux, familles rivales, trahisons, alliances de circonstance, personnages qui peuvent disparaître brutalement… Legrand installe progressivement les différentes forces en présence. Chacun possède ses motivations, ses rancœurs et surtout sa propre vision de ce que devrait devenir la Bretagne. Le résultat est un récit choral qui demande néanmoins un minimum d’attention. Parce qu’entre les descendants de Mordred, les anciens compagnons d’Arthur, les personnages liés à la magie et les nouveaux prétendants au pouvoir, il faut parfois en grand sens politique pour anticiper qui veut poignarder qui.
Pour accompagner cette Bretagne post-Arthur, Álex Sierra déploie un dessin qui ne fait pas dans la dentelle. La bataille de Camlann donne immédiatement le ton : cadavres, boue, armures cabossées et Arthur agonisant au milieu des morts. Le récit ne commence donc pas exactement par une promenade champêtre autour du lac. Le dessin possède suffisamment de puissance pour donner de l’ampleur aux affrontements, mais Sierra ne se contente pas de faire exploser les cases. Son découpage se montre particulièrement dynamique et fonctionne aussi dans les scènes plus dialoguées. Les personnages sont expressifs, les costumes travaillés et les décors donnent au royaume cette dimension crépusculaire indispensable. Et il faut reconnaître que certaines scènes ont franchement de la gueule. Le genre de pages où l'on s'arrête quelques secondes avant de reprendre la lecture.
La principale difficulté de ce premier tome est peut-être aussi son ambition, celle de devoir présenter les survivants, les descendants, les ambitions et les enjeux, Après Arthur demande au lecteur de mémoriser pas mal de noms et de relations. Les amateurs de la légende arthurienne seront évidemment avantagés : connaître les personnages permet de rentrer plus facilement dans les enjeux. Pour les autres, l’entrée dans le récit peut s'avérer un peu plus laborieuse. Car Legrand ne semble pas avoir conçu son univers pour raconter une petite aventure de transition. Il veut construire une véritable saga.
Après Arthur transforme donc la fin d’un mythe en début d’aventure. Le scénario d’Olivier Legrand possède suffisamment de matière pour renouveler un univers pourtant largement labouré, tandis que le dessin d’Álex Sierra donne à cette Bretagne crépusculaire une vraie puissance visuelle.








