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Bande dessinée Critique

13 jours, 13 nuits dans l'enfer de Kaboul

Notre note : 3,5/5

Kaboul en mode survie

Votre note pour 13 jours, 13 nuits Dans l'enfer de Kaboul :

Le 15 août 2021, les talibans reprennent Kaboul tandis que les forces occidentales achèvent leur retrait d'Afghanistan. La capitale bascule, les institutions s'effondrent et des milliers de personnes convergent vers l'aéroport dans l'espoir de quitter le pays.


© Delcourt 2026.

Au milieu du chaos, le commandant Mohamed Bida, responsable de la sécurité de l'ambassade de France, demeure sur place avec une poignée de policiers d'élite. Autour d'eux se pressent plusieurs centaines de civils menacés par le nouveau régime. Il faut les protéger, les ravitailler et surtout trouver un moyen de leur faire traverser une ville devenue imprévisible jusqu'à l'aéroport.

L'album retrace ces treize jours et treize nuits presque sans sommeil durant lesquels les protagonistes doivent composer avec la foule, la peur, les barrages talibans et l'incertitude des décisions politiques. Le récit provient du livre autobiographique publié par Mohamed Bida en 2022, qui avait déjà inspiré le film de Martin Bourboulon sorti en 2025. La bande dessinée en propose une nouvelle interprétation, fondée sur les ressources propres au neuvième art. 

Jean-Claude Bartoll connaît bien les récits où se croisent géopolitique, espionnage et action. Son adaptation repose sur une structure de compte à rebours : chaque heure passée dans l'ambassade rapproche les réfugiés du danger, mais ne garantit jamais leur évacuation. Le titre lui-même devient une mesure dramatique, presque physiologique, de l'épuisement.


© Delcourt 2026.

Le scénariste privilégie une narration directe. Les informations politiques sont intégrées à l'action sans transformer l'album en dossier historique. Le lecteur comprend les enjeux à travers les décisions que doivent prendre les personnages : ouvrir ou fermer une porte, accepter de nouvelles personnes, négocier un passage, organiser un convoi ou choisir un itinéraire.

Cette efficacité constitue la principale qualité de l'ouvrage. Plutôt que de reconstituer l'ensemble de la chute de Kaboul, l'album adopte un point de vue resserré, essentiellement français, policier et opérationnel. Ce choix favorise la tension, mais délimite aussi son champ : il ne s'agit pas d'une histoire globale de l'Afghanistan ni d'une analyse exhaustive de l'échec occidental.

Le travail de Renato Arlem répond à une difficulté majeure : représenter une foule paniquée tout en maintenant la lisibilité de l'action. Son dessin réaliste, solidement charpenté, convient particulièrement aux scènes de crise, aux mouvements de véhicules et aux confrontations armées.


© Delcourt 2026.

La mise en scène alterne les plans larges, qui donnent la mesure du désastre collectif, et les cadrages plus serrés sur les visages. Les regards, la fatigue et la tension corporelle deviennent alors des éléments narratifs à part entière. Dans les scènes de négociation, une attitude ou un silence peuvent peser autant qu'une arme.

L'approche visuelle demeure spectaculaire, mais évite généralement de transformer Kaboul en simple décor exotique. La ville apparaît comme un espace saturé, parcouru de barrages et de flux humains, dont la géographie se recompose sans cesse. Cette représentation donne à l'album une véritable dimension de thriller urbain.

L'existence du film 13 jours, 13 nuits, avec Roschdy Zem dans le rôle de Mohamed Bida, rend la comparaison inévitable. Pourtant, la bande dessinée ne se contente pas d'en reproduire le découpage. Elle revient au témoignage à travers un autre régime narratif.

L'album met incontestablement en avant le courage de Mohamed Bida et de ses hommes. Pourtant, son propos le plus convaincant réside moins dans la fabrication d'une figure héroïque que dans l'observation d'un groupe soumis à une responsabilité démesurée.

Les policiers ne maîtrisent ni le contexte politique ni le calendrier militaire. Ils ne disposent que d'informations incomplètes et doivent improviser avec des moyens limités. Le suspense naît précisément de cet écart entre l'ampleur de leur mission et la faiblesse de leurs ressources.

13 jours, 13 nuits dans l'enfer de Kaboul appartient à cette veine de la bande dessinée documentaire dont l'efficacité repose sur une narration claire, un dessin réaliste et un sens maîtrisé du rythme.

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