7.5/10Yakari - Tomes 6, 16 et 31

/ Critique - écrit par athanagor, le 22/05/2009
Notre verdict : 7.5/10 - Youpikari (Ecrivez votre critique)

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Nouvelle vedette de chez le Lombard à chercher son style dans le genre des intégrales, Yakari nous rappelle qu'il est le master du poutou sur la truffe.

Sans grande inventivité éditoriale, mais avec le désir évident, et pour un prix plutôt raisonnable, de faire profiter le plus grand nombre de lecteurs possible du plus grand nombre d'ouvrages possible, les éditions du Lombard continuent paisiblement de sortir, de-ci de-là, des intégrales dont voici la plus fraîche des moutures. Quoi qu'à y bien regarder, il ne s'agit pas ici d'une bête réédition en paquet collector des albumCouv.
Couv. "Yakari : l'ami des chevaux"
s tels qu'ils parurent dans leur ordre chronologique. On s'attache plus ici à tenter de faire un ouvrage thématique, ce que le sympathique héros dont il est question ici, permet tout naturellement. Yakari, c'est le grand copain des animaux de la prairie dont il maîtrise toutes les subtilités linguistiques. Du lapin fumeur de hash au hérisson contestataire, Yakari les a tous dans la poche, car il se tape régulièrement la discute avec chacun d'entre eux. Et le plus beau, c'est qu'on l'envie comme des fous. Chantre d'une philosophie écologique aux accents sociaux proéminents, Yakari instruit les tout-petits sur la tolérance et le bien fondé du respect des vieux qui balbutient d'incompréhensibles borborygmes entre des dents jaunes. Les enfants veulent être Yakari et se taper des séances de speed dans la prairie sur le dos de Petit Tonnerre (dont les initiales constituent déjà les prémisses d'une hilarité juvénile) et par un fait étrange, nombre d'assureurs et d'huissiers de justice, dans la solitude de leur cabinet où ils feuillettent en secret les opus sioux, rêvent à leur tour de chevauchées endiablées, d'égalité entre les hommes et de respect de l'autre. Etrange phénomène permis seulement par quelques modèles indémodables, qui de tout temps surent suppléer aux leçons de morale de parents défaillants, qui ne savaient que parler de ce qu'ils n'appliquaient pas. Yakari nous montre la voie et nous apprend la vie en reconnaissant ses erreurs et en s'appliquant à ne pas les réitérer, quand bien même cela lui serait profitable. Le petit Sioux est honnête et dans son monde à lui, ça lui ramène plein de potes à peaux et à poils, là où dans le monde réel ça rameute, généralement et surtout, des emmerdes. Mais comment lui en vouloir de réussir là où nous échouons, à lui qui n'a même pas d'écran 16/9.

Le Secret de Petit Tonnerre

Après de folles galopades dans la prairie, Yakari laisse son meilleur ami, Petit Tonnerre, dans l'enclos. Promesse est faite de part et d'autre de se retrouver le
lendemain pour remettre ça. Mais au matin, point de Petit Tonnerre. Selon le témoignage des autres chevaux (c'est quand même bien pratique de pouvoir leur parler), le jeune poney se serait enfui à la faveur de la nuit, sans un hennissement d'au revoir. Yakari va bien tenter de suivre son ami, mais la poursuite l'emmène trop loin de son campement et il doit abandonner. Nous nous concentrons alors sur l'aventure du petit poney et l'appel mystique qui va le pousser, lui et plein de ses congénères, à passer des épreuves sous l'inspiration du grand esprit équin. Cette aventure porte en elle une philosophie mystique de l'accomplissement d'un devoir pour aucune autre raison que l'inspiration divine, qui se traduit alors par des épreuves initiatiques de bravoures censées témoigner d'un respect envers les anciens et les traditions. Difficilement explicables, ces actions revêtent un aspect noble dont la poésie, sublimée par l'inutile danger auquel s'exposent les impétrants, renvoie à tout un système de valeurs, que la culture populaire a attribuée aux amérindiens et aux fondements animistes de leurs croyances.

Le premier galop

Il y a aussi des jours où Yakari, comme beaucoup, ne pense qu'à son croupion. Il ne fait pas gaffe du tout, mais il parle un peu à tout le monde comme de la bouse. Tout le monde tolère, cinq minutes... c'est quand même Yakari et d'habitude il est sympa... on verra demain et tout... Tout le monde ? Non ! S'il y en a bien un à qui y faut pas parler mal, c'est Petit Tonnerre. Si t'y cause de travers, t'en vois plus qu'le derrière. Après que le poney se soit cassé avec force hennissements injurieux, Yakari, réalisant son écart de langage et la forte indépendance que manifesta de tout temps son ami, indépendance foulée au pied par ses mots, se frappe la poitrine de chagrin. Epuisé par son torrent de larmes, Yakari, tombant dans un lourd sommeil, fait un étrange rêve concernant son ami noir et blanc. A son réveil il se met à la recherche de son poney au sabot duquel il est bien décidé à ramper pour se faire pardonner. Bâtie sur la compréhension de l'impact de ses paroles et sur le respect des aînés qui expliquent pourquoi c'est mal de parler aux gens comme ça, cette aventure va mettre en scène un Yakari tout contrit à qui on ne la fera plus. Guidé par le vieux du village, le chien du village et Grand Aigle, animal tuteur du héros par excellence (c'est quand même bien pratique de pouvoir leur parler), Yakari retrouvera son camarade et sans le savoir lui prouvera son grand amour.

Yakari et les Appaloosas

Yakari prend un bain dans la rivière. Et pourquoi s'en priverait-il, il nage comme un castor. Soudain Boule-de-Neige l'ours brun blanc et Petit Tonnerre viennent l'avertir qu'Arc-Tendu, pour lequel on nous prie de bien vouloir compulser un tom
e précédent, et qui de toute évidence est un chasseur, est dans le coin et prépare un mauvais coup. Suivant le maraud, Yakari et ses potes quadrupèdes découvrent que le vilain monsieur cherche à capturer un cheval sublime à la robe étoilée. Une rapide conversation avec ce spécimen et sa harde (c'est quand même bien pratique de pouvoir leur parler) apprendra à Yakari qu'ils sont des Appaloosas, chevaux dressés par les Neemepoo pour la chasse et la guerre, et que c'est le but de cet élevage et le peu de ménagement qu'on leur montra qui les poussèrent à s'enfuir pour retrouver leur liberté. Plus ludique que les épisodes précédent et se concluant sur un stratagème digne d'une cour de maternelle, cette aventure se range dans une autre catégorie des aventures de Yakari : le cours magistral sur les civilisations, les mœurs et les espèces animales du jeune continent avant son invasion par un dieu unique. Notons que cet album fut élu meilleur album jeunesse de l'année 2005.

Yakari se lira toujours avec énormément d'affection tant les messages qui y sont distillés sont charmants et inspirent tout un chacun, et il faudrait être un sick bastard soulé à la méchanceté gratuite pour manifester une quelconque et véritable envie de le savater. De plus le nombre considérable de renvois à d'autres tomes concernant quasiment tous les personnages témoignent d'un univers constant et structuré, marque d'un travail bien plus sérieux que la dissémination aléatoire de quelques pensées positives pour apprendre la vie aux enfants. On tente ici de fabriquer un monde idéalisé et rassurant, où les mauvais perdent à la fin sans pour autant finir jetés en pâture aux bisons. Ainsi le sanctuaire existe, et il n'est nul besoin de faire "cette taille" pour y rentrer.

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