A vouloir regarder un album de Yakari par la lorgnette de la critique sérieuse et construite, avec des grands mots cherchés dans des dictionnaires que plus personne n'utilise, on arrive vite à la conclusion que c'est du foutage de trogne version GTI : l'histoire est inexistante, les dénouements surviennent aussi vite que les situations qui les appellent sont insignifiantes, les préoccupations des personnages ne résistent pas au degré d'analyse suffisant pour répondre à la question « fromage ou dessert ? », et sont généralement soldées en trois cases, quand elles durent un peu. Mais il serait assez malvenu de vouloir regarder un tel album de cette façon, tant tout un chacun sait à quel public il est destiné. Et à cet égard, c'est une vraie réussite. A ce point que, tacitement prévenu de l'attitude qu'il se doit d'adopter à son encontre, le lecteur fraîchement diplômé de l'ENA et habitué à réfléchir à des solutions pour équilibrer la balance commerciale malgache utilise cet alibi pour se plonger avec délice dans la simplicité de l'ouvrage et régler son espr
Malgré ton air niais...it sur « retour en enfance », avec l'envie dévorante de caresser Petit Tonnerre et toutes les autres bestioles, qui ont l'air si gentilles.
C'est avec la régularité d'une horloge suisse que le couple d'auteurs Derib et Job (et non, il n'y a pas de zeu de mots), produisent depuis 1983 un album de Yakari à l'année, sorti de préférence en septembre, certainement pour se laisser le temps d'engranger de quoi payer les impôts de l'année suivante. Le présent opus, trente-quatrième du genre, ne déroge pas à la règle et nous ressort du chapeau le lapin magicien géant, Nanabozo, dont ceux qui ont surtout connu le petit bout d'sioux en dessin animé (et qui pourront, s'il faut en croire le communiqué de presse, le retrouver dans ce format très prochainement sur la chaîne nationale française qui se trouve entre 4 et 6) se souviennent comme parlant à la manière d'un vieux sage indien qui, à la nuit tombée, raconte, au coin du feu qui brûle tel un îlot d'espoir dans un désert mystique et inhospitalier, comment il s'est fait chourave sa Pontiac toute neuve par un de ces salauds de jeune punk communiste, alors qu'il achetait de l'eau de feu entre la 33e et Lexington. Car, oui, les animaux ne parlent pas l'humain, mais bien « lapin » ou « castor » ou « butor étoilé » (qui ne sont que différents accents de « animal », sinon ils ne se comprendraient pas entre eux), et c'est Yakari qui comprend leurs langues, et c'est pour ça qu'il est gentil... ou inversement ? Allez savoir ! D'ailleurs, Arc-en-Ciel, la petite camarade de Yakari, elle aussi assez sympa, semble comprendre pas trop mal les bêtes, mais pas aussi bien. Toutefois et imperceptiblement au fil de l'album, les auteurs la rendront plutôt bilingue, car c'était vraiment fatigant de tout lui traduire.
Résolument posée comme éducative, même si elle s'en 
Pas glop !cache un peu pour ne pas rebuter, cette BD cherche à en apprendre le plus possible, au plus grand nombre possible. Bien sûr, l'essentiel de l'apprentissage se concentre autour de la culture indienne et de l'histoire du continent nord-américain, quand les différentes tribus indigènes étaient seules à parcourir les grands espaces. Sur ce point l'étendue des savoirs ne se limite pas à la culture indienne ou à la zoologie, mais va également gratter un peu du côté de la géologie, de la botanique, de l'archéologie et de la paléontologie. Pour cette partie, la recette est simple : il s'agit de notes de bas de page, intervenant de-ci de-là, développant certaines situations ou découvertes qui émaillent l'ouvrage.
Mais le parti-pris éducatif va un peu plus loin, et s'engage sur la voie de l'éducation des comportements sociaux, et le développement d'aspects qualitativement positifs du caractère : la patience, l'humilité, la tempérance, le respect. Mises en scène et généralement arrangées autour des interventions magiques de Nanabozo, ces qualités sont louées et encouragées par l'exposition des comportements leur étant contraire et les désagréments que ceux-ci sont susceptibles de causer. La leçon se fait ainsi simple et efficace. On balaie donc le plus largement possible la gamme des savoirs (être, vivre, faire) dans l'espoir de susciter la curiosité de l'esprit, sans jamais inciter à l'ingérence.
Rien de révolutionnaire donc, ni de franchement nouveau, mais le plaisir simple de retrouver des animaux sympas, dans des situations qui illustrent et enseignent, mieux que de long discours, ce que c'est qu'être plusieurs.
athanagor []

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