10/10V pour Vendetta

/ Critique - écrit par Val Lazare, le 16/03/2003
Notre verdict : 10/10 - Anarchie joyau de mon coeur... (Ecrivez votre critique)

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Sur six actes, Moore nous sert une profonde réflexion sociale et philosophique absolument puissante, une pièce de théâtre en règle d'un lyrisme stupéfiant...

V pour Vendetta. Nous sommes en 1997 en Angleterre, les saisons s'écoulent paisiblement et... Non, les saisons ne s'écoulent pas paisiblement, mais qu'importe les saisons quand on vit sous une dictature. Quelques problèmes géopolitiques aidant, l'Europe et l'Afrique ont été rayées de la carte, à grands coups de gomme nucléaire. L'Angleterre, elle, a été épargnée, mais en a néanmoins subi les contrecoups. L'économie et la société du royaume insulaire ont été minées. Et devant cette situation désespérée, un gouvernement fasciste a pris les rênes du pouvoir. 'Le système' tient le pays sous sa coupe et contrôle implacablement les moindres faits et gestes de ses citoyens. Plus de noir, plus de socialiste, plus d'homosexuel, plus d'opposition et plus encore...

... une nuit, à quelques pas du pont de Westminster, une jeune fille au visage peinturluré propose à un passant de coucher avec elle, contre de l'argent. Le quidam lui répond qu'il est un agent des moeurs, délit de classe H, Evey couchera avec le policier, avec ses collègues qui planquaient, puis ils la tueront, c'est la loi, c'est leur prérogative... terreur dans les yeux d'Evey... puis brisant l'horreur pesante du moment, jaillissent d'une gorge quelques vers shakespeariens. Un singulier personnage sort de l'ombre, revêtu de pieds en cape de frusques médiévales, un masque rieur en guise de visage. Un instant plus tard, plusieurs agents de la 'main' gisent au sol, malmenés dans leur intégrité physique. Evey voudrait savoir quel est le nom de son sauveur, celui-ci répondra plus tard 'Je n'ai pas de nom. Mais tu peux m'appeler V', entre-temps, de l'autre côté du pont, le Parlement s'embrase.

V pour Vendetta est l'un des nombreux chefs-d'oeuvres d'Alan Moore. Le meilleur ? Scénario dantesque, dessins au premier abord contestable mais finalement efficaces par leur réalisme, V pour Vendetta c'est deux trames, index et majeurs dressés: La destruction d'un état fasciste par un justicier au masque rieur et l'enquête de ce même état pour comprendre où veut bien en venir le terroriste psychopathe qui se fait appeler V.

L'histoire paraît simple, alors pourquoi V pour Vendetta est-elle une bande dessinée géniale ? Entre autre, parce qu'Alan Moore brouille ces cartes. Son oeuvre est un message, ces planches des symboles. Moore nous sert un scénario complexe qui nous invite, tout comme les enquêteurs serviteurs de l'état fasciste, à comprendre ce que veut V, et par analogie, à comprendre qui est V. V porte un masque rieur, est-ce à dire que V est un symbole ? Lequel ? La justice ? L'anarchie ? La liberté ? La culture ? ou plus simplement la vendetta ? Une chose est sûre, V tue, et V détruit les symboles d'un état (ici oppresseur). V est-il réellement un 'gentil', ou ses desseins complexes cachent-ils quelque horrible dénouement ? Ne croyez pas que je vous en ai trop dit car je ne vous ai rien dit.

Sur environ 270 pages, Alan Moore nous démontre encore une fois que la BD peut être plus qu'un bout de papier vite lu et vite oublié. Sur six actes, Moore nous sert une profonde réflexion sociale et philosophique absolument puissante, une pièce de théâtre en règle (et donc avec coups de théâtre et dénouement à en pleurer) d'un lyrisme stupéfiant... qui, dit plus simplement, vous laissera sur le cul.

A lire absolument. Objectivement 10 sur 10.

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