An 2050.
Travis est beau, Travis est fort, Travis est aventureux, Travis est intelligent, Travis n'est pas prise de tête, Travis a la classe, Travis est camionneur spatial (ou pilote de navette), Travis a une jolie copine.
Mais Travis a des emmerdes : un groupe terroriste surpuissant s'en prend à ses amis et met le souk un peu partout sur la planète. Travis n'est mandaté par aucun organisme, mais Travis est un héros et comme tout héros qui se respecte, il se doit de sauver le monde, même s'il n'en retire aucune gloire.

Le grand méchant. La classe non ? Travis, une caricature ? Bien sûr ! Et ce côté est assumé, et fait à lui tout seul une bonne partie de l'intérêt de cette série. D'ailleurs Delcourt ne s'y est pas trompé : ce premier cycle est sorti dans la collection "Série B", et c'est sans doute là le meilleur des qualificatifs. Cependant, la simplicité de l'intrigue et la non-profondeur des personnages ne sont qu'apparentes : très vite l'histoire se fait moins manichéenne, on s'intéresse aux méchants, le héros se révèle pas si infaillible que ça, les seconds rôles ont eux aussi un vrai passé aussi chargé que le héros, et sont souvent plus attachants ou plus intéressants. Preuve en est, le second cycle des aventures de Travis comporte un volume complet dédié à Vlad, et un spin off appelé Karmatronics raconte les tribulations de Pacman. Sous ses aspects de bande dessinée de gare, Travis est pourtant une oeuvre qui va très rapidement dépasser les (maigres) attentes que l'on pouvait avoir.
Plus qu'une bande dessinée de science-fiction, Travis est une oeuvre d'anticipation. Loin de nous présenter un space opera classique, on a entre les mains une vision relativement crédible (et caricaturale) de ce que pourrait être notre bonne vieille Terre dans 50 ans (le premier volume est sorti en 1997). Pas d'énorme révolution en vue, juste une métamorphose de la société sous le coup du développement des technologies numériques et de la mondialisation. Les stations orbitales habitables par le tout un chacun sont une jolie idée, tout comme le super-internet permettant une immersion totale. En revanche les super corporations alimentaires (pun inside) aux pieds desquelles rampe le monde, la maîtrise du climat ou encore les implants numériques sont eux plus crédibles et donnent une consistance à un monde qui comporte par ailleurs une grande part de fantasme.

Le grand gentil. La classe non ? Un univers rendu sur le papier grâce à un dessin en parfaite adéquation. Ni réaliste ni caricatural, il est pour beaucoup dans le plaisir du lecteur. Les décors fourmillent de détails inutiles et légèrement flous, insufflant ainsi à l'univers un petit côté Mad Max, qui nous préserve de l'aspect totalement lisse qu'on a tendance à nous faire avaler dès que l'on parle de bandes dessinées. On apprécie aussi à sa juste valeur le travail effectué sur les couleurs. Flashy dans les bas-fonds d'une méga cité brésilienne ou sobres dans une station spatiale, elles ne tombent jamais dans un ton général qui serait répété tout au long de l'album.
Côté mise en page et cadrage, on n'est pas en reste. En effet, Travis emprunte un peu au manga en perturbant quelquefois la mise en page classique (4 lignes, et plus ou moins 3 cases par lignes) : les cases se chevauchent un peu, les dessins vont jusqu'au bord de la page, certaines planches sont constituées d'une énorme case prenant tout l'espace sur laquelle prennent place deux ou trois cases accessoires. Rien de particulièrement innovant, mais cela ajoute un certain dynamisme à cette BD. Les traits signalant les grandes vitesses dans le manga sont aussi présents, tout comme une sorte de rémanence pendant les combats (le personnage est dessiné dans plusieurs positions dans la même case). Que les intégristes de la bande dessinée franco-belge ne crient pas au scandale, il ne s'agit que d'un artifice particulièrement agréable à l'oeil servant lui aussi l'impression de mouvement. Dans la même optique, Travis ne comporte pas (ou peu) de plans fixes : la caméra est toujours en mouvement, et les angles de vue sont souvent ceux que l'ont pourrait trouver dans un film d'action.
Le premier cycle de Travis est une réussite sur tous les plans, que ce soient ceux du dessins, des couleurs, du scénario ou du succès commercial. Ce qui a motivé la création de deux autres cycles, de cross over entre Travis et Carmen Mc Callum et d'un spin off.
Liste des albums :
Tome 1 - Huracan (1997)
Tome 2 - Opération Minotaure (1998)
Tome 3 - Agent du chaos (2000)
Tome 4 - Protocole Oslo (2001)
Tome 5 - Cybernation (2002)
Kei []

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