Il est courant de retrouver dans les vides-greniers de vieilles bandes dessinées aux papiers jaunis par le temps. Intrigués, vous feuilletez rapidement un de ces ouvrages poussiéreux et entendez une petite voix dans votre tête murmurer "toute mon enfance réside dans ces pages". L'émotion vous submerge et tentez d'acheter le livre en baissant son prix estimé - on n'est jamais trop près de ses sous. C'est après un débat acharné que vous obtenez le précieux bien. Une banale anecdote qui est sans doute devenue familière pour les couvertures renfermant les aventures des Timour.
C'est en 1955 que Max Mayeu, dit Sirius, présente au public le premier tome (La tribu de l'homme rouge) de ce qui allait devenir la saga des Timour. L'idée de base lui avait été soufflé par Xavier Snoeck, papa de L'Aile rouge, illustré alors par un certain André Franquin. L'objectif de Mayeu éta
it simple : utiliser des personnages en guise de repère chronologique. Ceci afin de découvrir les différentes périodes de l'Histoire. Ainsi, le public pouvait suivre des générations de Timour vivre les péripéties propre à leurs époques tout en s'imprégnant des connaissances et coutumes des peuples dominants.
Les protagonistes principaux sont toujours identiques malgré l'écoulement des siècles au point qu'ils pourraient combler un large lectorat raëlien. Silhouettes athlétiques, sourires éclatants et chevelures rouges vifs, la similitude des Timour n'est pas seulement décelable de par leur aspect physique. Ces derniers entretiennent la même philanthropie et partagent une notion identique de certaines valeurs humaines (le courage, l'honneur, la sincérité, la fraternité). Au delà de tous ces avantages, ces figures intemporelles peuvent cependant apparaître comme dépourvues de personnalité. Malgré leur opiniâtreté face aux épreuves qui leur font face, les Timour manquent cruellement de caractère. Une absence de défaut contribuant certes à l'idéalisation de l'homme parfait, mais qui les rend transparent et peu attachant. Vous l'aurez compris, Timour rejoint le schéma habituel des héros intègres. Pourtant, avouons qu'il aurait été difficile de construire une personnalité unique à chacun d'eux. Sirius aurait sans doute rencontré beaucoup de difficulté à développer individuellement le tempérament de ses personnages, et dérouté ses lecteurs à défaut de continuité.
Transmis de père en fils, chaque Timour possède le talisman familial. Une mystérieuse relique sur laquelle leur ancêtre commun avait gravé des motifs prônant un message universel. Au fil des épisodes, les héritiers recherchent leurs significations sombrées dans l'oubli. Mais avant d'aboutir à une interprétation personnelle, les Timour sont témoins et acteurs d'événements riches en enseignement. En effet, au delà d'une série contant les aventures de ces guerriers-nés, Sirius utilise ses personnages surtout tel des figurants pour jouer les professeurs d'Histoire. Les intrigues dans lesquelles sont plongés les Timours varient très peu dans le fond. Durant leurs périples, ils rencontreront toujours des âmes charitables qui leurs viendront en aide et sauront les conseiller pour éviter de recourir systématiquement à la force. En contre-partie, les grands gaillards rouquins devront affronter la colère et la jalousie d'esprits corrompus. Traversant les batailles et complots malfaisants, défiant les lois de la nature, partant à la rencontre de grandes figures emblématiques (Alexandre de Macédoine, César, Attila...), l'existence d'un Timour équivaut à celle d'un Pape avide de conquête faisant 38 fois le tour de la Terre. Un élément non négligeable au vu des difficultés à mettre en scène une vie bien remplie et qui se ressent graphiquement.
Dessiné dans un style réaliste, le tr
ait engraissé par l'encrage demeure figé comme cela est souvent le cas. Bien qu'elle ait son charme, la coloration d'époque ne facilite guère les jeux d'ombres et lumières. De plus, elle n'accentue guère la fluidité du mouvement. Il est courant d'apercevoir le dessin complété par un encadré résumant une action qui aurait dû être développée en plusieurs vignettes. L'auteur avait préféré réserver cet espace pour y ajouter des références historiques importantes au risque sinon de se retrouver avec des albums de 100 pages. Sa recherche de documentation pour donner un aperçu exact de la période retranscrite est facilement palpable. C'est sans doute dans ce dernier point que réside tout l'intérêt et l'originalité des Timour. Chaque occasion est propice à l'instruction. Sirius n'hésite pas à faire un petit aparté d'une case de temps à autre où il approfondit, à l'aide de croquis, un détail particulier rencontré par ses héros.
Au final, on se retrouve avec un récit riche en rebondissements mais ponctué de quelques longueurs. Le manque de complicité entre le lecteur et le personnage instaure une certaine distance. La faute sans doute au tempérament des protagonistes et d'un graphisme trop rigide. Pourtant, au delà de tous ces défauts, les Timour sont de formidables tuteurs prenant les enfants par la main pour leur faire partager une expérience ludique.
Le succès fut au rendez-vous au vu de la longévité de la série. Le dernier volume, La fin des temps, fut édité en 1994. On peut facilement imaginer l'engouement qu'ont suscité les Timour auprès de la génération du baby-boom. Les points négatifs ici soulignés trouvent peut-être leur explication du fait que je n'en suis pas issue et au vue de l'évolution actuelle de la bande dessinée. Cela n'enlève en rien le charme de ce voyage d'un demi-siècle en arrière où les support cartonnés renferment un étrange parfum d'époques révolues.

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