8.5/10Le temps des Mitaines

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 19/01/2014
Notre verdict : 8.5/10 - Les copains d'abord

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Saupoudré de touches d'humour candide et un brin absurde, pétillant grâce à ses personnages mignons et attachants, et haletant grâce à un rythme équilibré et efficace, Le Temps des Mitaines se laisse grignoter en douceur.

Outre les albums, les éditions Didier Jeunesse éditent aussi désormais des bandes dessinées, comme on a pu le voir avec les différents opus de Tétine Man. Ce mois-ci, l'éditeur publie la seconde collaboration en BD du duo Anne Montel et Loïc Clément (déjà à l'origine d' un premier ouvrage à quatre mains : Shä et Salomé : Jours de pluie), le Temps des Mitaines, une aventure trépidante et animalière pour les enfants, mais pas que. Dans un petit microcosme fantaisiste, le village des Mitaines, le petit ours Arthur débarque et découvre ses nouveaux amis à l'école locale. Seulement voilà : simultanément, débute une série de disparitions d'enfants mystérieuses et inquiétantes. Un peu à la manière d'un Club des cinq, Arthur et ses quatre amis vont enquêter et élucider une vérité insoupçonnée de la majorité des adultes des Mitaines.

Illustrations d'Anne Montel, issues du Temps des Mitaines, texte de Loïc Clément, Editions Didier Jeunesse 2014

Un monde délicat, poétique et plein d'humour avait déjà vu le jour dans la première bande dessinée d'Anne Montel et Loïc Clément, Shä et Salomé : jours de pluie : album personnel, prometteur et malheureusement peu relayé. Avec Le temps des Mitaines, un travail encore plus abouti se profile, doté d'un panel de personnages vraiment attachants et surtout d'une intrigue efficace, pleine de références et de clins d’œil. Dés les premières pages d'ailleurs, l'auteur Loïc Clément annonce la couleur en citant G.R.R Martin dans sa dédicace. Influence qui se vérifie immédiatement dans la construction de l'histoire, sous forme de chapitres racontés à travers le point de vue de chacun des cinq personnages principaux, une des marques de fabrique de l'auteur de la saga Game of thrones. Mais d'autres univers, comme Harry Potter, ont imprimé leur empreinte dans la trame du Temps des Mitaines : la multiplication des pistes et des théories, les petites scènes d'école anodines mais donnant le ton, l'attachement pour les détails et les personnages secondaires. Même si c'est un élément classique dans la littérature pour enfants et qu'ici il n'est pas central dans l'intrigue, l'apprentissage de la maîtrise d'un pouvoir magique nous rappelle, outre le sorcier de J.K.Rowling, le joli parcours initiatique dépeint par Philip Pullman dans A la croisée des Mondes. Autant de références populaires et d'ingrédients efficaces pour permettre aux fervents adeptes de ces mondes-là d'embarquer les yeux fermés dans les aventures d'Arthur et ses copains.

A cela s'ajoute une finesse dans la caractérisation des personnages, rendant le moindre des petits animaux infiniment attachant grâce à sa personnalité bien spécifique. Qu'on s'identifie à Arthur l'ours timide mais téméraire, Gonzague l'escargot geek au langage châtié, Willo la luciole lucide mais peureuse, Kitsu la renarde bad ass et intrigante ou encore à ma préférée, Pélagie la souris affectueuse et toujours à côté de la plaque, chacun trouvera rapidement son égérie et tremblera pour le sort incertain que leur réserve le mystère des Mitaines. Le rythme des différents points de vue tient particulièrement en haleine, on souhaite vraiment découvrir l'auteur et le motif de ces étranges disparitions. Tout cela raconté sur un ton tendre, souvent drôle et absurde qui parlera aussi bien aux enfants (à partir de 10-12 ans pour saisir le second degré) qu'à des adultes sensibles à cet esprit-là.

Illustrations d'Anné Montel, issues du Temps des Mitaines, Texte de Loïc Clément. Editions Didier Jeunesse 2014

Le graphisme doux et délicat caractéristique d'Anne Montel (Le Crafougna) se retrouve ici : son trait toujours aussi fin, rempli d'arrondis et de déliés qui répondent à sa calligraphie personnelle utilisée pour les lettrages, croque avec autant de tendresse que le texte les petites caractéristiques de ses personnages et les détails infimes du décor qui donnent au village des Mitaines son merveilleux et son mordant. Les légers lavis d'aquarelle aux tonalités tour à tour chaudes et acidulées, les touches de lumière et les effets de matière vaporeuse viennent rehausser un univers fourmillant d'éléments et de petits ornements sophistiqués : rien que le plaisir de promener son regard dans les vignettes plus fouillées (comme la vue en plongée du village, les moments d'école ou encore le salon de thé de la maman d'Arthur) peut se suffire à lui-même, tout comme celui d'espionner les agissements et les anecdotes des personnages secondaires. L'utilisation du miniature pour les bâtiments des Mitaines (théière, brique de lait, pot de confiture...) rappelle un peu l'univers d'Arrietty, et certains clins d'oeil visuels (notamment à Miyazaki) renforcent ce côté vraiment kawaii qui surplombe la bande dessinée. On appréciera le petit cadeau en fin d'album : quelques planches de recherches graphiques montrant l'évolution des personnages et des décors avant de prendre leur forme définitive.

Saupoudré de touches d'humour candide et un brin absurde, pétillant grâce à ses personnages mignons et attachants, et haletant grâce à un rythme équilibré et efficace, Le Temps des Mitaines se laisse grignoter en douceur aussi bien par de jeunes lecteurs (dès 10-12 ans donc) que par leurs aînés. Un bel objet graphique et une réussite narrative que l'on reliera avec plaisir. Une seconde collaboration par ailleurs pour Anne Montel et Loïc Clément qu'on espère vraiment renouvelée par la suite.

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