Devenu Khalife grâce aux pouvoirs du Djinn de la lampe, Al-A-Din apprend de ce 
Bagdad by nightdernier que sa mort surviendra de la main de son propre fils. Un peu troublé par cette révélation œdipienne et sur un malentendu dans la chaîne de commandement, ses femmes et ses enfants sont tous massacrés. Seule Daïna en réchappe et parvient à mettre son fils hors de danger, au prix bien sûr de son abandon.
Arrivé à l'âge adulte, Sinbad, car il s'agit de lui, quitte Merkes, marin qui le recueillit et l'éleva, pour découvrir ses véritables origines. Fort d'une collection d'objets magiques amassée au cours de ses voyages sur le bateau de son père adoptif, et de sa connaissance en la matière, il entreprend de se rendre sur l'île de Turabah la magicienne, détentrice du cratère d'Alexandrie, un vase qui saura lui apprendre ce qu'il veut savoir.
Très vite à la lecture de cet album, on est surpris et un peu retourné par la violence qui enveloppe le tout et qui se manifeste dès les premières pages par le massacre des épouses d'Al-A-Din. On est alors confronté au style de l'ouvrage qui, contrairement à ce que pourrait laisser supposer la couverture, n'est pas une
Dirty blue Djinn gentille comédie pour les grands et les petits, et constitue bien plus ce qu'on pourrait appeler « une BD pour adultes ». Non pas que l'on trouve des positions scabreuses exécutées par des monsieurs et des madames dans le plus simple appareil, mais plutôt du fait de la franchise de ton sur lequel tout le travail est mené, mêlant le sérieux et la dérision. Ainsi, le Djinn, serviteur d'Al-A-Din, loin d'une représentation romancée et amusante qui s'est développée au fil des ans dans les diverses versions des Mille et une nuits, est ici un être purement maléfique, qui profite des faiblesses et des lacunes dans l'expression des souhaits de son maître pour assouvir ses désirs démoniaques, illustrés par des cases à la frontière du comique et de l'atroce. Sinbad lui-même n'est pas un gentil aventurier propre sur lui qui voyage pour tromper son ennui, mais, comme on est en droit de s'y attendre, car il s'agit tout de même d'un marin, un personnage qui n'est certes pas foncièrement méchant, mais pas non plus toujours très net. Voleur, séducteur et donc beau-parleur cherchant à atteindre le but que l'on imagine, sans se soucier trop trop longtemps du devenir et du probable déshonneur de ses conquêtes, se rangeant ainsi dans la catégorie des rustres dont il démontre aussi certaines attitudes, il sait également se faire (du moins est-ce suggéré) meurtrier quand cela est nécessaire. Loin du personnage édulcoré que l'on a coutume de voir, celui-ci est courageux, certes, mais honnête, non.
Le tout est donc traité à la fois sur le ton du réalisme et des probables mœurs et coutumes du Bagdad d'alors, et mélangé aux ficelles comiques que l'on est habitué
Sinbad by night à trouver dans les BD qui font rire, ficelles permises aussi par la nature singulière des divers personnages en présence, et exploitées sur ce mode. Ainsi, de la concupiscence du pauvre pécheur solitaire, amadoué par Sinbad grâce à une boule de cristal dans laquelle on voit une femme exécuter un strip-tease ; des faunes joueurs de flûtes-sarbacanes et gardiens de l'île de la magicienne, représentés plus comme des soudards grandes gueules (bref comme la garde) que comme des êtres magiques et majestueux ; et aussi de la magicienne qui exprime ouvertement son énervement et le peu de considération qu'elle porte à l'intelligence de Sinbad, comme l'aurait dessiné Turk s'agissant de Clifton.
Ce parti-pris adopté pour la construction et pour le genre de l'ouvrage, le tandem Arleston-Alwett déroule une histoire haletante qui ne laisse pas une seconde de répit et enchaîne l'action à des dialogues très bien menés, n'hésitant pas à les mêler pour le plus grand bonheur du lecteur. La succession des événements saute de tableau en tableau, et c'est un véritable voyage auquel on est convié, agrémenté par le ravissement inspiré, non seulement par les lieux, mais également par les diverses créatures qu'on y trouve, dont certaines revêtent une personnalité m
Sinbad tripélancolique touchante, et d'autres, improbables, poussent à sourire. En effet parmi les pièges du labyrinthe encerclant le palais de Turabah on trouve un troupeau d'oies ( ? ) complètement inoffensif et dont la présence n'est requise que pour la blague, mais on trouve aussi des perruches carnivores, et là c'est moins drôle !
Big up également pour le dessin de Pierre Alary, qui porte un style très particulier entre la simplicité des traits humains et ceux de certains animaux, sans pourtant en perdre la moindre qualité, et la complexité de certaines cases, notamment la toute première, montrant et évoquant un Bagdad plus vrai que nature. Il y a également une assez belle astuce, mais peut-être est-ce un classique, qui consiste à utiliser, à la façon d'une portée musicale pour la musique, la calligraphie arabe pour donner corps à l'éther magique qui confère aux êtres qui s'en servent, ou en sont esclaves, leurs pouvoirs. L'utilisation qui en est faite ici est terriblement esthétique et habite l'ensemble de l'ouvrage avec autant de naturel et d'évidence que les plis des étoffes.
On est heureux en définitive que cet album fasse 56 pages, car 48 quand on prend autant de plaisir, c'est trop peu.
athanagor []

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