Le pouvoir des innocents est une histoire en cinq tomes parue entre 1992 et 2002. Joshua, le premier opus de la série, est le tout premier scénario de Luc Brunschwig, qui se révélera dans les années suivantes comme étant un scénariste très talentueux, avec la réalisation de séries comme Makabi, Vauri
ens ou L'Esprit de Warren. Le Pouvoir des Innocents se distingue des autres séries du genre thriller par son honnête uniformité. Les cinq tomes qui composent la série forment une histoire complète : pas de temps mort ni d'album à rallonge.
L'histoire
New York, fin du 20ème siècle. En pleine campagne électorale, une flambée de violences embrase l'ensemble de la ville. Derrière l'explosion, un complot mafieux, des arrières pensées politiques et une mécanique bien huilée...
Un contenu très dense
Le Pouvoir des Innocents brille par un scénario complet et complexe. Le rythme, t
rès soutenu et angoissant, ne baisse pas d'un cran du premier au dernier tome. Symbole de cette continuité, la nomination des tomes un et cinq, à dix ans d'intervalle, au Festival d'Angoulême. Une véritable régularité qualitative. Lorsqu'on lit Le Pouvoir des Innocents, on a l'impression de tisser une gigantesque toile : on ne peux prendre du recul et réaliser ce que l'on vient de vivre qu'après avoir terminé sa lecture. Le Pouvoir des Innocents propose une affaire de manipulation politique de très grande envergure. Le lecteur doit digérer un nombre considérable d'informations, ce qui renforce, au fil des albums, un important sentiment de crédibilité. Le plus gros des atouts du scénario de Brunschwig est très certainement la teneur des personnages. Le Pouvoir des Innocents présente une multitude de personnages différents mais ne s'attarde réellement que sur quelques uns. Les flash-back sont nombreux. Le passé de tous les personnages principaux nous est dévoilé. Dans Le Pouvoir des Innocents, pas de manichéisme. Les personnages ont tous leurs faiblesses, leurs angoisses, leurs dérives. En fin de lecture, on a vraiment l'impression de tous bien les connaître. Brunschwig dévoile beaucoup au lecteur les pensées de ses personnages. Très fréquemment, des encadrés restituent les songes des différents protagonistes. Ces monologues, qui s'apparentent à la voix-off au cinéma, sont souvent beaucoup plus présents dans le récit que les dialogues. On apprend réellement à connaître les personnages de l'intérieur. Ainsi, Le Pouvoir des Innocents est à la fois très individuel (le récit est canalisé narrativement par un personnage) et multiple (le récit ne se centre jamais sur la même personne).
Virtuosité du découpage
Les thèmes abordés sont multiples : la manipulation politique e
t médiatique, les luttes de pouvoir, l'exclusion, la pauvreté, les ghettos, l'american dream, la corruption... Une série de réalités sociales qui fait beaucoup référence à la société contemporaine, d'où une importante sensation de malaise, à la lecture. Ce fond très angoissant est mis en forme d'une manière efficace. Avec Le Pouvoir des Innocents, Brunschwig a beaucoup fait penser à Alan Moore pour la récurrence des flash-backs et l'importance de la narration parallèle. Le scénariste ne cache d'ailleurs pas cette forte influence. Le scénario de Brunschwig est foisonnant et très ficelé. Incessamment, on passe d'un personnage à l'autre, d'une époque à l'autre : il s'agit d'un gigantesque puzzle à reconstituer. Mais, contrairement à ce qu'on peut penser, on n'a pas l'impression d'un ensemble désordonné. Les transitions sont subtiles. Malgré le foisonnement des informations et des observations sur cinq tomes, Le Pouvoir des Innocents est un récit d'une grande clarté narrative.
Une évolution graphique de dix années
La qualité du scénario est telle qu'on en oublierait presque de parler du graphisme. Du premier au d
ernier tome, le dessin de Hirn évolue beaucoup. Hésitant et peu abouti en 1992, il atteint sa pleine maturité en 2002. Hirn, au fil des tomes, apprend à mieux gérer la représentation des hommes et décors dans l'espace. Les visages gagnent aussi en constance et en expressivité. Le style de Hirn est réaliste mais pas dépourvu de style. On pense fortement à des dessinateurs comme Boucq ou Béhé. Les couleurs évoluent elles aussi beaucoup. Laurent Hirn assure la coloration des deux premiers albums de la série ; Joshua et Amy. Pour le troisième tome, Hirn abandonne la coloration qui est confiée à Claude Guth. L'album marque une scission. La couleur, sur les deux premiers albums, s'inscrivait dans des tons extrêmement froids. Joshua nous laisse une impression d'apocalypse, avec une lumière sans cesse bleutée et orageuse. La coloration des tomes 3 et 4, effectuée par Claude Guth, est beaucoup moins angoissante, plus chaleureuse. Le meilleur niveau est finalement atteint avec le tome 5, dont la coloration est à nouveau assurée par Laurent Hirn qui a effectué, en dix ans, de sérieux progrès. Hirn réussit à donner une âme aux rizières et forêts vietnamiennes et à sublimer les visages de ses personnages pour un final surprenant et machiavélique.
Une grande portée...
Le Pouvoir des Innocents est plus qu'un simple thriller. Le contenu de cette histoire, très en rapport avec l'Améri
que d'aujourd'hui, soulève des questions importantes, ayant trait à la société et au monde contemporain. Le final du cinquième et dernier tome, énigmatique, a laissé beaucoup de monde rêveur. Il laisse entrevoir les possibilités d'une suite, qui, fort heureusement, n'est pas pressentie par le scénariste comme directe. « Cela ne s'appellera plus le "Pouvoir des Innocents" mais il est possible qu'une série voit le jour dans quelques années qui s'appellera "Les enfants de Jessica" et qui racontera ce que sont devenus Joshua, Jessica, Amy, ... » explique le scénariste à BDParadisio.
Alors que le dernier tome du Pouvoir des Innocents n'est paru qu'il y a quelques années, la série se compte déjà parmi les grands indispensables de la bande dessinée franco-belge. Une reconnaissance presque immédiate et amplement méritée.
Tome 1 - Joshua (1992)
Tome 2 - Amy (1994)
Tome 3 - Providence (1996)
Tome 4 - Jessica (1998)
Tome 5 - Sergent Logan (2002)
iscarioth []

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